Quelle va­leur ajou­tée, le CIMmd ?

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR SO­PHIE STI­VAL

la ges­tion dis­cré­tion­naire à ho­no­raires a la cote. De plus en plus de conseillers en pla­ce­ment font le saut et dé­crochent le titre de Ges­tion­naire de pla­ce­ments agréé ( CIMmd), aus­si connu sous son ap­pel­lat ion an­glaise de Char­te­red

In­vest­ment Ma­na­ger. Pour­tant, bien peu de clients re­con­naissent la dé­si­gna­tion. Quant aux exi­gences de for­ma­tion conti­nue, elles semblent iden­tiques à celles que l’Or­ga­nisme ca­na­dien de

ré­gle­men­ta­tion du com­merce des va­leurs mo­bi­lières ( OCRCVM) im­pose à ses re­pré­sen­tants ins­crits. Cer­tains conseillers s’in­ter­rogent donc sur l’uti­li­té de payer 275 $ plus taxes chaque an­née au­près du Ca­na­dian

Se­cu­ri­ties Ins­ti­tute ( CSI) afin de

conser­ver le titre.

Pré­ci­sons d’abord qu’à l’au­tomne 2011, le titre de Ges­tion­naire de pla­ce­ment ca­na­dien ( GPC) a été rem­pla­cé par la dé­si­gna­tion de Ges­tion­naire de pla­ce­ments agréé ou CIM qui est dé­sor­mais une marque dé­po­sée. Les exi­gences de for­ma­tion sont de­meu­rées les mêmes, mais le GPC avait le choix de chan­ger ou non de titre pro­fes­sion­nel puis­qu’on lui re­con­naît des droits ac­quis. De plus, les GPC qui n’ont pas fait le trans­fert of­fi­ciel n’ont pas le droit d’uti­li­ser le sigle de CIM avec marque dé­po­sée.

« Il doit y avoir en­core plu­sieurs cen­taines de GPC au Qué­bec qui n’ont pas de­man­dé le trans­fert », es­time Marc Flynn, di­rec­teur prin­ci­pal, Af­faires ré­gle­men­taires et normes d’ac­cré­di­ta­tion au CSI. Ces conseillers ne paient pas la co­ti­sa­tion an­nuelle et n’ont pas à se confor­mer aux obli­ga­tions de for­ma­tion conti­nue autres que celles de l’OCRCVM. Le Ca­na­da compte plus de 5 000 CIM, dont en­vi­ron 800 au Qué­bec.

Fran­cis Sa­bou­rin fait par­tie de ces conseillers qui n’ont pas sou­hai­té chan­ger de titre. Le ges­tion­naire de por­te­feuille dis­cré­tion­naire chez Ri­chard­son GMP est de­ve­nu GPC en 2008. Il pré­fère conser­ver l’an­cien titre, car « ce­la ex­prime bien ce que je fais, et le CIM ne dit pas grand- chose à grand monde », sou­ligne-t-il.

« Nous re­nou­ve­lons nos voeux tous les ans en adhé­rant au Code

de dé­on­to­lo­gie des CIM et en payant nos droits de li­cence. La for­ma­tion pousse un peu plus loin le Cours sur le com­merce des va­leurs mo­bi­lières au Ca­na­da ( CCVM), mais le titre est beau­coup moins dif­fi­cile à ob­te­nir que pour les dé­ten­teurs de la charte CFA. Il y a peu de col­lé­gia­li­té et le CSI ne com­mu­nique pas vrai­ment avec nous. Il n’y a au­cune vie pro­fes­sion­nelle au­tour de la dé­si­gna­tion », dé­plore Vincent Cliche, CIM et conseiller en pla­ce­ment à la Fi­nan­cière Banque

Na­tio­nale. No­tons ce­pen­dant qu’il existe en ligne un por­tail ré­ser­vé aux CIM ain­si qu’un ré­per­toire de tous ses membres.

CIM ET GES­TION DIS­CRÉ­TION­NAIRE

Par ailleurs, une autre source de confu­sion vient du fait que plu­sieurs CIM ne font pas de ges­tion de por­te­feuille dis­cré­tion­naire. Cer­tains ne ré­pondent sim­ple­ment pas aux exi­gences de la firme de cour­tage qui les em­ploie. Pour d’autres, c’est un choix per­son­nel. L’OCRCVM im­pose éga­le­ment ses propres contraintes re­la­ti­ve­ment aux com­pé­tences et à l’ex­pé­rience re­quises afin qu’un conseiller soit au­to­ri­sé à exer­cer comme ges­tion­naire de por­te­feuille dis­cré­tion­naire. On doit ain­si ob­te­nir le titre de GPC ou CIM ou en­core, avoir réus­si les trois vo­lets du pro­gramme d’ana­lyste fi­nan­cier agréé du CFA Ins­ti­tute.

« Un conseiller peut donc ob­te­nir le titre de CIM, mais ce­la ne lui don­ne­ra pas au­to­ma­ti­que­ment l’aval de la so­cié­té pour avoir la dé­si­gna­tion de Ges­tion­naire de por­te­feuille », confirme Mar­tin Bou­lianne, di­rec­teur de suc­cur­sale chez Ri­chard­son GMP. Pour faire de la ges­tion dis­cré­tion­naire, on de­vra rem­plir un do­cu­ment d’une ving­taine de pages qui dé­taille la for­ma­tion et l’ex­pé­rience du conseiller. On ana­ly­se­ra la com­po­si­tion et la taille de la clien­tèle, y com­pris l’ap­proche de construc­tion des por­te­feuilles, la qua­li­té de l’équipe de sou­tien, etc.

« Nous avi­sons nos conseillers qu’ils de­vraient sa­tis­faire à nos exi­gences in­ternes avant d’ob­te­nir leur dé­si­gna­tion CIM afin que les cours réus­sis au­près du CSI n’ex­pirent pas avant d’avoir re­çu l’ap­pro­ba­tion de la firme et de l’OCRCVM. Les conseillers sont tou­te­fois res­pon­sables de faire le sui­vi de leur for­ma­tion conti­nue des dé­si­gna­tions qu’ils pos­sèdent », ajoute-t-il. Les can­di­dats au CIM doivent ef­fec­ti­ve­ment faire leur de­mande dans un dé­lai maxi­mum de cinq ans après avoir réus­si le cours de Mé­thode de ges­tion de por­te­feuille en plus d’avoir ac­cu­mu­lé deux ans d’ex­pé­rience pro­fes­sion­nelle per­ti­nente.

Chez BMO Nes­bitt Burns, les CIM qui sou­haitent faire de la ges­tion dis­cré­tion­naire de­vront no­tam­ment cu­mu­ler cinq ans d’ex­pé­rience à titre de conseiller en pla­ce­ment. « Il fau­dra aus­si avoir un mi­ni­mum de 50 M$ d’ac­tif sous ges­tion », pré­cise Syl­vain Bri­se­bois, pre­mier vice-pré­sident,

di­rec­teur gé­né­ral et di­rec­teur ré­gio­nal, Est- du- Ca­na­da, et ges­tion­naire de por­te­feuille chez

BMO Nes­bitt Burns. « Cer­tains de nos CIM vont pré­fé­rer ap­pe­ler les clients avant de né­go­cier afin de mieux les édu­quer sur les chan­ge­ments à ap­por­ter dans leur por­te­feuille. C’est une niche comme une autre et ces conseillers se­ront tout de même à ho­no­raires » , ajoute-t-il.

« La ges­tion dis­cré­tion­naire convient seu­le­ment à cer­tains pro­fils de conseillers, puisque les firmes se­ront da­van­tage ex­po­sées au risque de pour­suites. His­to­ri­que­ment, chez As­sante, on a da­van­tage em­bau­ché des pla­ni­fi­ca­teurs fi­nan­ciers puisque nous sommes plus orien­tés vers la pla­ni­fi­ca­tion fi­nan­cière que vers les in­ves­tis­se­ments », in­dique Éric

Lau­zon, vice-pré­sident ré­gio­nal, dé­ve­lop­pe­ment des af­faires, Ges­tion de pa­tri­moine As­sante.

Leurs conseillers en pla­ce­ment qui sont CIM ne font pas de ges­tion dis­cré­tion­naire ac­tuel­le­ment, puisque la firme n’a pas en­core de pla­te­forme de ges­tion de por­te­feuille qui le per­met. Ce de­vrait être le cas vers la fin de 2018.

FOR­MA­TION CONTI­NUE

Et qu’en est-il de la for­ma­tion conti­nue du CIM : est- elle vrai­ment iden­tique à celle des conseillers en pla­ce­ment qui sont des re­pré­sen­tants ins­crits au­près de l’OCRCVM ? Bien qu’il s’agisse dans les deux cas d’une for­ma­tion de 42 heures sur un cycle de trois ans ( 30 heures de per­fec­tion­ne­ment pro­fes­sion­nel et 12 heures de confor­mi­té), des nuances s’im­posent.

« Afin de sim­pli­fier la vie des conseillers en pla­ce­ment, le CSI a ali­gné son cycle de for­ma­tion conti­nue sur ce­lui de l’OCRCVM. Ce­ci a pu prê­ter à confu­sion. Il faut donc s’as­su­rer que ces heures de for­ma­tion ad­mis­sibles au­près de l’OCRVM le sont éga­le­ment pour nous », ex­plique Marc Flynn, di­rec­teur prin­ci­pal, Af­faires ré­gle­men­taires et normes d’ac­cré­di­ta­tion au CSI. Ain­si, cer­tains cours en pla­ni­fi­ca­tion fi­nan­cière ou en as­su­rance, par exemple, ne res­pec­te­ront pas les cri­tères de for­ma­tion conti­nue pour le CIM, mais pour­raient être ad­mis­sibles pour le re­pré­sen­tant ins­crit au­près de l’OCRCVM.

« Idéa­le­ment, on suit 42 heures de for­ma­tion qui sont comp­ta­bi­li­sées à la fois pour le conseiller en pla­ce­ment et pour le CIM afin de ré­duire les heures de for­ma­tion conti­nue à suivre par cycles de trois ans », ajoute- t- il. Une grande ma­jo­ri­té des for­ma­tions CSI sont d’ailleurs va­lables pour les deux en­ti­tés. Mais n’ou­bl ions pas que les conseillers suivent éga­le­ment plu­sieurs for­ma­tions à l’in­terne, sans ou­blier les confé­rences, sé­mi­naires et we­bi­naires of­ferts par des tierces par­ties. Ces ac­ti­vi­tés de­vront être re­liées aux com­pé­tences exi­gées pour l’ob­ten­tion du titre CIM. No­tons que le CSI vé­ri­fie aléa­toi­re­ment en­vi­ron 10 % des dé­ten­teurs du titre CIM au mo­ment du re­nou­vel­le­ment de l’adhé­sion. Ils doivent alors pré­sen­ter les do­cu­ments at­tes­tant les uni­tés de for­ma­tion conti­nue sui­vies ( UFC).

On peut éga­le­ment s’in­ter­ro­ger sur la per­ti­nence de la for­ma­tion conti­nue pour ceux qui font au quo­ti­dien de la ges­tion de por­te­feuille dis­cré­tion­naire et qui dé­tiennent le titre CIM. Nous avons po­sé la ques­tion à l’OCRCVM puis­qu’il fixe les lignes di­rec­trices qui ré­gissent le conte­nu, la du­rée et la dif­fi­cul­té des cours de for-

ma­tion conti­nue des per­sonnes au­tor i sées ( Règ le 2900) . « L’OCRCVM ne dé­cer ne, n’ap­prouve ni n’ava­lise au­cun titre pro­fes­sion­nel » , rap­pelle sim­ple­ment Pau l Ho­ward, di­rec­teur des com­mu­ni­ca­tions et des af­faires pu­bliques de l’or­ga­nisme.

Si l’OCRCVM ne se pro­nonce pas sur la va­leur des titres pro­fes­sion­nels des em­ployés du sec­teur des ser­vices fi­nan­ciers au Ca­na­da, le ré­gu­la­teur s’at­tend tou­te­fois à ce que les conseillers se tiennent à jour. L’OCRCVM fixe des normes de com­pé­tence pour les per­sonnes ins­crites tra­vaillant dans les so­cié­tés qu’il ré­gle­mente. De plus, « il re­voit conti­nuel­le­ment ces normes, avec l’ap­pui du Co­mi­té sur l’édu­ca­tion et les com­pé­tences, pour veiller à re­pé­rer et à don­ner suite aux oc­ca­sions d’amé­lio­rer le conte­nu des cours, en col­la­bo­ra­tion avec le CSI, et pour s’as­su­rer que ce conte­nu cor­res­pond aux réa­li­tés du mar­ché » , peut- on lire dans un bul­le­tin aux in­ves­tis­seurs pu­blié par l’OCRCVM.

« Il y a en­vi­ron deux ans, nous avons ré­vi­sé le pro­fi l de com­pé­tences des CIM en or­ga­ni­sant deux groupes de ré­flexion ( focus group) au­près de gens du dé­tail et de l’ins­ti­tu­tion­nel », pré­cise Marc Flynn. La for­ma­tion conti­nue est éga­le­ment fonc­tion de l’ex­per­tise qui est sous- ja­cente aux com­pé­tences né­ces­saires pour ob­te­nir le titre de CIM et elle va s’adap­ter au fil du temps.

Il doit y avoir en­core plu­sieurs cen­taines de GPC au Qué­bec qui n’ont pas de­man­dé le trans­fert. — Marc Flynn

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