Le plus ré­cent livre de Jacques Lus­sier.

Les al­go­rithmes fe­ront une par­tie du tra­vail des por­te­feuillistes.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR JEAN- FRAN­ÇOIS BARBE

au­teur de livres ma­jeurs sur le pla­ce­ment et co­fon­da­teur de la firme de ges­tion de por­te­feuilles Ip­sol Ca­pi­tal, Jacques Lus­sier est une étoile mon­tante de l’in­dus­trie québécoise de la ges­tion d’ac­tifs.

Moins de trois ans après la fon­da­tion de son en­tre­prise en 2014, Jacques Lus­sier a été lau­réat de la ca­té­go­rie So­cié­té de ges­tion in­dé­pen­dante du Top 25 de l’in­dus­trie fi­nan­cière du Qué­bec, cu­vée 2017, de Fi­nance et In­ves­tis­se­ment.

Cette firme mont­réa­laise de ges­tion de por­te­feuilles a fait sa place au­près des in­ves­tis­seurs inst itu­tion­nels comme les caisses de re­traite. Son pré­sident et chef des pla­ce­ments a éga­le­ment trou­vé le temps d’écrire un deuxième livre et de « créer du ca­pi­tal in­tel­lec­tuel pour l’in­dus­trie », comme le di­sait le ju­ry du Top 25.

In­ti­tu­lé Ra­tio­nal In­ves­ting : The Subt­le­ties of As­set Ma­na­ge­ment,

cet ou­vrage d’un peu plus de 200 pages vise à ré­su­mer l’état ac­tuel de la pra­tique et de la re­cherche uni­ver­si­taire en ges­tion d’ac­tifs. Gage de qua­li­té, il est pu­blié à la pres­ti­gieuse mai­son d’édi­tion new- yor­kaise Co­lum­bia Uni­ver­si­ty Press.

« Le pro­ces­sus d’édi­tion a du­ré une quin­zaine de mois, avec des re­lec­tures par des spé­cia­listes et des mo­di­fi­ca­tions sug­gé­rées par l’édi­teur » , pré­cise Jacques Lus­sier, qui a écrit ce livre avec Hugues Lan­glois, pro­fes­seur de fi­nance à HEC Pa­ris et co­fon­da­teur d’Ip­sol Ca­pi­tal.

« L’in­ves­tis­se­ment est à la fois une science et un art. La chance joue un cer­tain rôle, mais nous avons dé­sor­mais une meilleure com­pré­hen­sion des fac­teurs qui agissent sur les per­for­mances à long terme », dit Jacques Lus­sier.

En évo­quant de nom­breuses re­cherches uni­ver­si­taires, les au­teurs dé­montrent qu’il existe des ges­tion­naires d’ac­tifs ta­len­tueux. Mais gare aux conclu­sions ra­pides, car s’il était si fa­cile de re­pé­rer les ges­tion­naires ta­len­tueux, on de­vien­drait tous riches. Le pro­blème ré­side dans les coûts, la vo­la­ti­li­té et ce qu’on ap­pelle le « bruit sta­tis­tique ».

« Par exemple, on sait que les ges­tion­naires ta­len­tueux savent ti­rer leur épingle du jeu au­tant en pé­riode haus­sière qu’en pé­riode bais­sière. Dans le pre­mier cas, ils choi­sissent de bons titres et dans le se­cond, ils mettent da­van­tage l’ac­cent sur les sec­teurs dé­fen­sifs. Mais leurs sur­per­for­mances ne sont sou­vent pas de taille par rap­port aux frais de ges­tion », ex­plique Jacques Lus­sier.

Par ailleurs, pour­suit le di­ri­geant d’Ip­sol Ca­pi­tal, il y a peu de preuves dé­mon­trant que les pré­vi­sions d’évé­ne­ments tels qu’une ré­ces­sion ou une va­ria­tion du prix du pé­trole ou des taux d’in­té­rêt ex­pli­que­raient le suc­cès à long terme des ges­tion­naires. Ain­si, en no­vembre 2007, pas moins de 97 % des éco­no­mistes amé­ri­cains joints par son­dage pré­voyaient une crois­sance po­si­tive pour l’an­née 2008 !

Et fi­na­le­ment, par­mi plus de 300 fac­teurs de per­for­mance étu­diés par les cher­cheurs uni­ver­si­taires, un très pe­tit nombre se confirment par des preuves sta­tis­tiques constantes.

CYCLES DIF­FI­CILES À DÉ­FI­NIR

En ma­tière de per­for­mance de fonds, le pas­sé ré­cent – à sa­voir les trois à cinq der­nières an­nées – est loin d’être ga­rant de l’ave­nir, puisque le suc­cès s’ex plique en grande par­tie par la per­sis­tance de cer­tains cycles. Par exemple, le sec­teur fi­nan­cier pour­rait, pen­dant plu­sieurs an­nées, gé­né­rer de meilleurs ré­sul­tats que le sec­teur de l’éner­gie. Le ges­tion­naire qui en au­ra pro­fi­té pré­sen­te­ra de bonnes per­for­mances… mais sau­ra-t-il dé­ter­mi­ner le pro­chain cycle ?

« On ne peut pas pré­voir la du­rée des cycles. Mais on sait que sur une longue pé­riode d’au moins 10 ans, l’ha­bi­le­té des bons ges­tion­naires fi­ni­ra par s’im­po­ser. Leur ta­lent spé­ci­fique se­ra lar­ge­ment res­pon­sable de la sur­per­for­mance des fonds qu’ils di­rigent », af­firme Jacques Lus­sier.

FAC­TEURS DE SUC­CÈS

Se­lon les au­teurs de Ra­tio­nal

In­ves­ting qui y consacrent près de la moi­tié du livre, il est pos­sible de dé­fi­nir trois sources qui ali­mentent la sur­per­for­mance des gest ion­naires. La pre­mière consiste à di­ver­si­fier l’im­pact de la mal­chance, la deuxième à ré­duire les ef­fets des er­reurs de va­lo­ri­sa­tion dans les mar­chés fi­nan­ciers, et la troi­sième, à mieux équi­li­brer les sources de risque et de ren­de­ment au sein des por­te­feuilles.

« Les bons ges­tion­naires, qu’ils soient tra­di­tion­nels ou quan­ti­ta­tifs, ex­ploitent à leur fa­çon ces trois sources de per­for­mance », dit Jacques Lus­sier.

Le livre donne des exemples de construc­tion de por­te­feuilles in­té­grant ces fac­teurs de réus­site. Et on peut s’en dou­ter, ces exemples re­posent prin­ci­pa­le­ment sur des al­go­rithmes.

FRAIS EN BAISSE

Or, qui dit al­go­rithmes, dit ma­chine.

« Dans les an­nées 1990, la ges­tion quan­ti­ta­tive avait beau­coup moins de pro­fon­deur que la ges­tion tra­di­tion­nelle. Elle se dis­tingue au­jourd’hui par des ap­proches de plus en plus com­plètes alors que plu­sieurs bons ges­tion­naires tra­di­tion­nels com­mencent eux aus­si à in­té­grer des pro­ces­sus quan­ti­ta­tifs. Dans 5 à 10 ans, il se­ra de plus en plus dif­fi­cile de dis­tin­guer la meilleure ges­tion quan­ti­ta­tive de la meilleure ges­tion tra­di­tion­nelle », pré­voit Jacques Lus­sier.

Et avec la ma­chine vient la pres­sion à la baisse des frais de ges­tion.

« Les al­go­rithmes fe­ront de plus en plus une par­tie du tra­vail des ges­tion­naires. Plus de 60 % de leur per­for­mance peut s’ex­pli­quer par les sources de risque. Ce­la si­gni­fie qu’en prin­cipe, nous pour­rions re­créer syn­thé­ti­que­ment une bonne par­tie de leur per­for­mance. Et c’est ce qui ex­plique la ten­dance à la baisse des frais de ges­tion dans l’in­dus­trie du pla­ce­ment », note Jacques Lus­sier.

À en­tendre le co­fon­da­teur d’Ip­sol Ca­pi­tal, on se rend compte que l’in­dus­trie de la ges­tion d’ac­tifs a de longs jours de­vant elle, car elle sait comment s’adap­ter au chan­ge­ment, no­tam­ment de na­ture tech­no­lo­gique.

Les mi­lieux uni­ver­si­taires pro­duisent beau­coup de re­cherche, qu’il est dif­fi­cile de mettre bout à bout afin d’en dé­ga­ger le sens. Au fi­nal, et à la condi­tion d’y mettre du sien, car il ne s’agit pas d’une bande des­si­née, ce livre en­ri­chit notre com­pré­hen­sion des fac­teurs qui ex­pliquent la per­sis­tance de la réus­site dans le monde de la ges­tion d’ac­tifs.

Rappe lons qu’en 2013, Jacques Lus­sier avait pu­blié Suc­cess­ful In­ves­ting Is a Pro­cess : Struc­tu­ring Ef­fi­cient Port­fo­lios for Out­per­for­mance ( Bloomberg Press), tout juste après avoir été chef des stra­té­gies de pla­ce­ments de Des­jar­dins Ges­tion in­ter­na­tio­nale d’ac­tifs.

Les sur­per­for­mances des ges­tion­naires ta­len­tueux ne sont sou­vent pas de taille par rap­port aux frais de ges­tion. — Jacques Lus­sier

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