Sau­ve­gar­der la confiance.

La confiance ne doit pas être aveugle.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR CAR­MEN CRÉ­PIN*

les 9 et 10 mai der­niers, la se­conde édi­tion du « Som­met in­ter­na­tio­nal de la confiance dans les or­ga­ni­sa­tions » se te­nait à Mon­tréal. Cet évè­ne­ment de ré­flexion et d’échange réunis­sant des confé­ren­ciers et des pa­né­listes na­tio­naux et in­ter­na­tio­naux a eu lieu grâce à l’Ins­ti­tut de la confiance dans les or­ga­ni­sa

tions ( ICO), qui existe au Qué­bec de­puis 2013.

Pour ceux qui ne connaî­traient pas l’ICO, il s’agit d’un or­ga­nisme sans but lu­cra­tif qui s’est struc­tu­ré sous la gou­verne de huit fon­da­teurs spé­cia­li­sés en éthique, en gou­ver­nance et en saine ges­tion. Il s’est don­né pour mis­sion de « contri­buer au dé­ve­lop­pe­ment et à la pro­mo­tion d’un cli­mat de confiance dans les or­ga­ni­sa­tions et dans la so­cié­té québécoise. »

QUEL EST LE LIEN AVEC LE SEC­TEUR FI­NAN­CIER QUÉ­BÉ­COIS ?

Le pre­mier élé­ment d’in­té­rêt est la ca­rac­té­ri­sa­tion de l’en­vi­ron­ne­ment ac­tuel dans le­quel oeuvrent no­tam­ment les so­cié­tés de pla­ce­ment et les conseillers. Lors du Som­met, la firme

E del­man a pré­sen­té son « Ba­ro­mètre de confiance 2017 ». Ce son­dage an­nuel, en ligne, réa­li­sé dans 28 pays de­puis 17 ans, est de­ve­nu une ré­fé­rence en ma­tière de me­sure de la confiance en­vers les en­tre­prises, les gou­ver­ne­ments, les mé­dias et les or­ga­ni­sa­tions non gou­ver­ne­men­tales ( ONG). Il en res­sort un dé­cl in gé­né­ral isé de la confiance et une per­cep­tion que le sys­tème a échoué ( 54 %). On peut no­ter une crois­sance de l’écart de conf iance de 9 à 15 points de­puis 2012.

Fait in­té­res­sant, le Ca­na­da fait main­te­nant par­tie des pays où la mé­fiance rem­place la confiance, et le Qué­bec est au dia­pa­son de ces ré­sul­tats.

Se­lon l’ICO, le ni­veau de confiance en­vers l’en­semble des mé­tiers a été de plus de 65 % en 2002, et a chu­té à moins de 51 % en 2013. Pour les gens d’af­faires, il est de 30 %.

EST- CE UNE SUR­PRISE ?

Eh bien non! L’in­dus­trie des ser­vices fi­nan­ciers, long­temps ca­rac­té­ri­sée par la pa­role don­née et la poi­gnée de main, a été l’un des pre­miers sec­teurs à connaître une crise de confiance ma­jeure et abon­dam­ment mé­dia­ti­sée au dé­but des an­nées 2000. Rap­pe­lons Bre-X, Nor­shields, Nor­bourg, Ca­role Mo­rin­ville, sans ou­blier Earl Jones, qui était pour­tant un cas de pra­tique illé­gale.

Mal­gré ce­la, toute l’in­dus­trie a été écla­bous­sée et dans un tel contexte, plu­sieurs se sou­vien­dront qu’ex­pli­quer ou nuan­cer était fort dif­fi­cile, si­non im­pos­sible. Et pour­tant, la confiance est au coeur de cette in­dus­trie puis­qu’elle s’adresse di­rec­te­ment à l’es­sence de la vie des in­ves­tis­seurs en leur pro­cu­rant des ser­vices qui visent à leur per­mettre de réa­li­ser leurs ob­jec­tifs et pour­quoi pas, leurs rêves.

ET À L’HEURE AC­TUELLE ?

Même si ce ne sont plus les pro­fes­sion­nels de l’in­dus­trie des ser­vices fi­nan­ciers qui sont sur la sel­lette... Pen­sons ici à ceux du sec­teur de la construc­tion, et plus ré­cem­ment aux in­gé­nieurs, aux avo­cats et aux comp­tables, la crise de confiance est re­la­ti­ve­ment gé­né­ra­li­sée, comme l’in­dique le son­dage pré­sen­té.

EST- CE À DIRE QUE TOUT EST PER­DU ?

La note po­si­tive du Som­met est que la confiance per­due peut se re­trou­ver, mais que le che­min pour y par­ve­nir est ar­du. Les réf lexions s’ar­ti­culent main­te­nant sur la fa­çon de la ré­ta­blir, et non sur sa per­ti­nence. Ce ré­ta­blis­se­ment passe par des actes et des ac­com­plis­se­ments qui re­posent sur des va­leurs de base : le res­pect, l’in­té­gri­té, la trans­pa­rence, l’ex­cel­lence et le cou­rage.

CES VA­LEURS PEUVENTELLES SE RE­TROU­VER DANS LE SEC­TEUR ?

Le Do­cu­ment de consul­ta­tion 33- 404 des Au­to­ri­tés ca­na­diennes en va­leurs mo­bi­lières

« Pro­po­si­tions de re­haus­se­ment des obli­ga­tions des conseillers, des cour­tiers et des re­pré­sen­tants en­vers leurs clients » ( le Do­cu­ment) re­pose sur le pos­tu­lat que le cadre ré­gle­men­taire né­ces­site des amé­lio­ra­tions pour « conci­lier les in­té­rêts des per­sonnes ins­crites et de leurs clients, re­haus­ser les ré­sul­tats... Et cla­ri­fier la na­ture de la re­la­tion. »

Par­mi la liste des obli­ga­tions ex­pli­cites ab­sentes de la ré­gle­men­ta­tion ac­tuelle et que le Do­cu­ment pro­pose d’ajou­ter, on peut re­trou­ver ces va­leurs de base comme fon­de­ment à leur in­té­grat ion. Par exemple, les conflits d’in­té­rêts et leur gest ion se rap­portent à l’in­té­gri­té et à la trans­pa­rence, la connais­sance du client et l’in­for­ma­tion sur la re­la­tion se rap­portent au res­pect, la com­pé­tence, la connais­sance du pro­duit et sa conve­nance se rap­portent à l’ex­cel­lence.

Toutes ces obli­ga­tions visent à pré­ci­ser et à dé­tailler ce qui est cou­vert comme com­por­te­ments de la part des so­cié­tés et des conseillers. Il est cer­tai­ne­ment ré­con­for­tant que la ré­gle­men­ta­tion pré­cise les com­por­te­ments at­ten­dus ou les illustre. Tou­te­fois, il se­ra presque tou­jours im­pos­sible de tout pré­voir, alors que l’adhé­sion aux va­leurs offre un prisme à tra­vers le­quel on peut les qua­li­fier et sur­tout agir en consé­quence.

Se­lon l’ICO, le ni­veau de confiance en­vers l’en­semble des mé­tiers a été de plus de 65 % en 2002, et a chu­té à moins de 51 % en 2013. Pour les gens d’af­faires, il est de 30 %. — Car­men Cré­pin

Un der­nier point : le Do­cu­ment, à la page 7, cite une étude de no­vembre 2015 in­di­quant que 90 % des ré­pon­dants es­timent trop éle­vée la confiance qu’ils ac­cordent aux conseillers. Sans en­trer dans une po­lé­mique, di­sons que confiance et dé­pen­dance comme le note l’étude sont fort dif­fé­rentes. Et la confiance n’est pas aveugle : po­ser des ques­tions à un mé­de­cin qui pro­pose de vous cou­per les jambes ou de- man­der une autre opi­nion, n’est pas né­ces­sai­re­ment un manque de confiance... C’est peut- être là que l’in­for­ma­tion et l’édu­ca­tion prennent leur sens.

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