Les meilleures stra­té­gies dé­fen­sives pour in­ves­tir en Chine

Les spé­cia­listes re­com­mandent la pru­dence.

Finance et Investissement - - ÉCONOMIE ET RECHERCHE - PAR FRAN­ÇOIS NOR­MAND

alors que l’éco­no­mie

mon­diale re­prend des forces, la Chine pour­suit sa dé­crois­sance, confirme l’Or­ga­ni­sa­tion de co­opé­ra­tion et de dé­ve­lop­pe­ment

éco­no­miques ( OCDE). Quelles sont dans ce contexte les meilleures stra­té­gies dé­fen­sives pour les in­ves­tis­seurs ex­po­sés au mar­ché chi­nois ou qui veulent s’y ex­po­ser ?

Dans ses plus ré­centes pré­vi­sions, l’OCDE table sur un PIB chi­nois qui pro­gres­se­ra de 6,6 % en 2017, puis de 6,4 % en 2018. Les deux an­nées pré­cé­dentes, soit 2015 et 2016, l’éco­no­mie chi­noise avait aus­si dé­cé­lé­ré, pas­sant d’un rythme de 6,9 % à 6,8 %.

Tout un contraste avec l’en­semble des pays émer­gents, qui conti­nuent de pro­gres­ser mais à un rythme moins ra­pide que ce­lui de la Chine. Cette an­née, leur PIB cu­mu­la­tif aug­men­te­ra de 4,5 % pour at­teindre 4,8 % en 2018, se­lon le Fonds mo­né­taire

in­ter­na­tio­nal ( FMI). Mal­gré tout, les ges­tion­naires de por­te­feuille et les stra­tèges de­meurent très pru­dents vis-à-vis des mar­chés émer­gents, et au pre­mier chef de la Chine.

Le Mou­ve­ment Des­jar­dins re­com­mande par exemple aux in­ves­tis­seurs de sous- pon­dé­rer les ac­tions des pays émer­gents dans leur por­te­feuille, se­lon Mi­chel Doucet, vice- pré­sident et ges­tion­naire de por­te­feuille chez Va leur s mo­bi l ières Des­jar­dins. MRB Part­ners pro­pose quant à elle d’adap­ter les stra­té­gies d’in­ves­tis­se­ment se­lon le type de pays émergent. La firme de re­cherche mont réa laise sug­gère par exemple de sur­pon­dé­rer l’Inde, mais de sous-pon­dé­rer la Chine. Com­ment in­ves­tir en Chine dans ce contexte ?

In­ves­tir dans les so­cié­tés ca­na­diennes ex­po­sées à la Chine

Luc Val­lée, stra­tège en chef chez Va­leurs mo­bi­lières Banque

Lau­ren­tienne, ne re­com­mande pas d’in­ves­tir en ce mo­ment en Chine en rai­son de la mau­vaise conjonc­ture.

Par contre, pour les in­ves­tis­seurs qui, afin de réa­li­ser de meilleurs ren­de­ments, sont plus to­lé­rants au risque, il sug­gère d’in­ves­tir dans les ac­tions d’en­tre­prises ca­na­diennes ex­po­sées au mar­ché chi­nois.

On parle ici de so­cié­tés qui vendent des biens ou des ser­vices en Chine. C’est une fa­çon pru­dente, dit Luc Val­lée, de pro­fi­ter de la crois­sance éco­no­mique de la Chine, qui de­meure mal­gré tout su­pé­rieure à 6 %.

In­ves­tir dans la consom­ma­tion chi­noise

Ci­mon Plante, ges­tion­naire de por­te­feuille à la Fi­nan­cière

Banque Na­tio­nale, ne re­com­mande pas, lui non plus, d’in­ves­tir en Chine. « La forte pro­gres­sion du cré­dit, sur­tout en pro­ve­nance des so­cié­tés d’État, fait que le risque de cré­dit de­vient de plus en plus éle­vé », dit-il.

Pour les in­ves­tis­seurs qui veulent mal­gré tout s’ex­po­ser au mar­ché chi­nois, il faut évi­ter les banques chi­noises, l’im­mo­bi­lier ain­si que les so­cié­tés d’État, af­firme Ci­mon Plante, et ce, afin de mi­ser plu­tôt sur des va­leurs sûres.

Le ges­tion­naire sug­gère entre autres d’in­ves­tir dans le fonds né­go­cié en Bourse ( FNB) amé­ri­cain Chi­na Con­su­mer ETF ( CHIQ) de Glo­bal X. « Ce fonds per­met d’in­ves­tir dans des so­cié­tés de consom­ma­tion dis­cré­tion­naires chi­noises », dit-il.

Ci­mon Plante croit aus­si qu’in­ves­tir dans la tech­no­lo­gie en Chine est une bonne stra­té­gie. C’est pour­quoi il re­com­mande d’ache­ter le FNB Gug­gen­heim Chi­na Tech­no­lo­gy ETF ( CQQQ). Il per­met de s’ex­po­ser au sec­teur tech­no­lo­gique avec des ac­teurs comme le géant du com­merce de dé­tail en ligne Ali­ba­ba ou le four­nis­seur de ser­vices In­ter­net

Bai­du, le Google chi­nois. « Ces en­tre­prises né­ces­sitent peu de ré­in­ves­tis­se­ment en ca­pi­taux, elles sont très ren­tables et elles sont près du consom­ma­teur », sou­ligne Ci­mon Plante.

Se­lon lui, l’achat de l’in­dice chi­nois CXSE est aus­si une voie in­té­res­sante, car il ex­clut les so­cié­tés d’État en Chine.

In­ves­tir dans les obli­ga­tions chi­noises

Keith Tay­lor, ges­tion­naire de por­te­feuille chez BMO Ges­tion

mon­diale d’ac­tifs à Hong Kong, af­firme pour sa part qu’il faut évi­ter de de­ve­nir trop conser­va­teur si l’on adopte une stra­té­gie dé­fen­sive en Chine.

Il sou­ligne que la crois­sance an­nuelle du PIB de la Chine a dé­pas­sé les 6 % de­puis des dé­cen­nies. C’est pour­quoi à ses yeux les in­ves­tis­seurs ne de­vraient pas ré­duire leur ex­po­si­tion au mar­ché chi­nois mal­gré la dé­cé­lé­ra­tion de l’éco­no­mie.

« Si l’on sou­haite ré­duire ses risques, il est pro­ba­ble­ment plus pra­tique de ré­duire le poids des ac­tions et d’aug­men­ter l’al­lo­ca­tion aux obli­ga­tions dans son por­te­feuille », dit-il.

À l’étran­ger, de nom­breuses en­tre­prises chi­noises émettent des obli­ga­tions en dol­lars amé­ri­cains ain­si qu’en yuans, la de­vise chi­noise. On peut ache­ter ces der­nières dans les centres de né­go­cia­tion du yuan aux quatre coins du monde, no­tam­ment au Ca­na­da.

Ce­la dit, de­puis le 3 juillet, il existe une troi­sième op­tion.

La Chine a dé­ver­rouillé son gi­gan­tesque mar­ché obli­ga­taire – le troi­sième en im­por­tance au monde après les États- Unis et le Ja­pon – afin d’of­frir aux inves- tis­seurs étran­gers la pos­si­bi­li­té d’ache­ter la dette chi­noise li­bel­lée en yuans di­rec­te­ment en Chine.

Les in­ves­tis­seurs y ont ac­cès par le mé­ca­nisme Bond Con­nect si­tué à Hong Kong.

Choi­sir mi­nu­tieu­se­ment ses ac­tifs

Pour ré­duire le risque pré­sen­té par l’in­ves­tis­se­ment en Chine, Marc La­rente, vice- pré­sident chez Ges­tion de pa­tri­moine TD, pré­co­nise une ges­tion mi­nu­tieuse de l’al­lo­ca­tion d’ac­tifs du por­te­feuille.

« La Chine, comme les autres pays émer­gents, a un rôle à jouer dans un por­te­feuille, dit-il. Ces mar­chés sont dé­sor­mais des in­con­tour­nables, puis­qu’ils re­pré­sentent, et vont conti­nuer de re­pré­sen­ter, une part im­por­tante du PIB mon­dial. »

La Chine est en pro­fonde re­struc­tu­ra­tion, in­siste Marc La­rente.

Le PIB chi­nois a af­fi­ché une crois­sance de plus de 8 % en moyenne de­puis les an­nées 1980. Un dy­na­misme qui rap­pelle ce­lui du Ja­pon après la Deuxième Guerre mon­diale.

Au­jourd’hui, le rythme de la Chine a di­mi­nué, car la crois­sance tend à se « nor­ma­li­ser » et à opé­rer une tran­si­tion vers une éco­no­mie plus « ma­ture », se­lon Marc La­rente.

« La crois­sance éco­no­mique, qui était nour­rie par la pro­duc­tion ma­nu­fac­tu­rière, en par­ti­cu­lier le tex­tile, s’est ré­orien­tée de­puis les der­nières an­nées vers la tech­no­lo­gie et les pro­duits à va­leur ajou­tée », dit-il.

La donne est donc en train de chan­ger pour les in­ves­tis­seurs.

« Dé­sor­mais, la Chine est la deuxième puis­sance éco­no­mique mon­diale. Elle re­pré­sente plus de 10 % de l’en­semble des ex­por­ta­tions mon­diales. Elle im­porte éga­le­ment énor­mé­ment. Sa nou­velle classe moyenne consomme de plus en plus, ce qui fait de ce mar­ché l’un des plus grands bas­sins de consom­ma­teurs au monde », af­firme Marc La­rente.

Le gou­ver­ne­ment chi­nois est aus­si un fac­teur de crois­sance, car il in­ves­tit des mil­liards de dol­lars en in­fra­struc­tures chaque an­née.

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