As­su­rance col­lec­tive au Qué­bec : un biais do­mes­tique im­por­tant

Le mar­ché est tou­jours aus­si concen­tré et concur­ren­tiel au Qué­bec.

Finance et Investissement - - L’ASSURANCE AU QUÉBÉC - PAR MA­RIE- CLAUDE FRENETTE

en ob­ser­vant les ten

dances du mar­ché de l’as­su­rance col­lec­tive au Qué­bec illus­trées dans le « Rap­port an­nuel sur les ins­ti­tu­tions fi­nan­cières 2016 » de l’Au­to­ri­té des mar­chés fi­nan

ciers ( AMF), un constat s’im­pose : les me­neurs sont pour la plu­part qué­bé­cois et es­sen­tiel­le­ment les mêmes de­puis cinq ans. De plus, leurs parts de mar­ché de­meurent as­sez stables.

Le rap­port in­dique qu’au 31 dé­cembre 2016, quelque 92 as­su­reurs sont au­to­ri­sés à exer­cer au Qué­bec. De ce nombre, 46 sont ré­gis par une charte ca­na­dienne ou d’une autre pro­vince.

Les as­su­reurs qué­bé­cois conti­nuent d’ac­ca­pa­rer plus de la moit ié du mar­ché de la Bel le Pro­vince, avec 53,4 % des parts de mar­ché. En ce qui a trait au sec­teur de l’as­su­rance accidents et ma­la­die col­lec­tive, il est lar­ge­ment do­mi­né par les as­su­reurs qué­bé­cois, avec 60,4 % des parts de mar­ché. Ces der­niers do­minent éga­le­ment le sec­teur de l’as­su­rance vie col­lec­tive.

« Bien que les parts de mar­ché des as­su­reurs qué­bé­cois aient connu une lé­gère baisse de 0,6 point de pour­cen­tage en 2016, il convient de rap­pe­ler qu’en 2015, celles- ci s’étaient ac­crues de 1,8 point de pour­cen­tage. De­puis les 10 der­nières an­nées, les parts de mar­ché des as­su­reurs qué­bé­cois se sont ac­crues for­te­ment, puis­qu’en 2006, elles re­pré­sen­taient moins de la moi­tié du mar­ché qué­bé­cois avec 48,7 % », sou­ligne le rap­port.

Quant aux as­su­reurs ca­na­diens, ils do­minent le sec­teur de l’as­su­rance vie in­di­vi­duelle, avec 65,3 % des parts de mar­ché.

PRÈS DES YEUX, PRÈS DU COEUR

De l’avis des ex­perts in­ter­ro­gés, la proxi­mi­té ex­plique en grande par­tie la do­mi­nance des as­su­reurs qué­bé­cois en col­lec­tif dans leur propre pro­vince.

« C’est nor­mal que des clients nous per­çoivent comme da­van­tage re­liés à la pro­vince et qu’ils veuillent fa­vo­ri­ser l’éco­no­mie du Qué­bec en nous choi­sis­sant. Nous créons no­tam­ment plus d’em­plois ici que les as­su­reurs ca­na­diens », af­firme Carl La­flamme, pre­mier

vice-pré­sident, Dis­tri­bu­tion chez SSQ Groupe Fi­nan­cier.

Ce der­nier croit que c’est pour cette même rai­son que les as­su­reurs col­lec­tifs du Qué­bec ar­rivent moins à per­cer le mar­ché ca­na­dien de fa­çon si­gni­fi­ca­tive.

« Nous avons plus de dif­fi­cul­té à dé­cro­cher des contrats au Ca­na­da en rai­son de notre plus faible no­to­rié­té. […] Pour­tant, les as­su­reurs qué­bé­cois n’ont rien à en­vier aux as­su­reurs ca­na­diens sur le plan du ser­vice », ajoute-t-il.

Si le de­gré de proxi­mi­té est im­por­tant, il n’est pas le pre­mier fac­teur pris en consi­dé­ra­tion par les consom­ma­teurs, af­firme de son cô­té Na­thal ie La­porte, vice-pré­si­dente, Dé­ve­lop­pe­ment, Com­mer­cia­li­sa­tion et Stra­té­gie, As­su­rance pour les groupes et les en­tre­prises chez Des­jar­dins As­su­rances.

« C’est un mar­ché très concur­ren­tiel. Oui, la proxi­mi­té te donne tou­jours un avan­tage, mais le mar­ché en as­su­rance col­lec­tive est beau­coup ba­sé sur le prix, qui re­pré­sente sou­vent plus de 80 % de la dé­ci­sion. La proxi­mi­té donne plu­tôt la marge de ma­noeuvre », ex­plique-t- elle.

DES­JAR­DINS À LA TÊTE DU COL­LEC­TIF

Na­tha­lie La­porte sou­tient d’ailleurs que Des­jar­dins réus­sit à de­meu­rer au pre­mier rang dans le sec­teur de l’as­su­rance vie col­lec­tive et ce­lui des accidents et ma­la­die col­lec­tif par la force de son ré­seau.

« Nous ef­fec­tuons notre dé­ve­lop­pe­ment d’af­faires et nous es­sayons de conser­ver le plus pos­sible nos clients. L’as­su­rance col­lec­tive est un mar­ché de re­la­tions. Nos ventes se font par un in­ter­mé­diaire, alors ce qui est vrai­ment im­por­tant, c’est d’avoir de bonnes re­la­tions avec les consul­tants », dit Na­tha­lie La­porte.

Se­lon le rap­port sur les ins­ti­tut ions fi­nan­cières, en 2016, Des­jar­dins Sé­cu­ri­té fi­nan­cière a sous­crit pour 460 872 000 $ de primes di­rectes en as­su­rance vie col­lec­tive.

Ses parts de mar­ché dans ce sec­teur sont pas­sées de 31,37 % à 32,50 % de 2012 à 2016. En com­pa­rai­son, les parts de mar­ché de Ca­na­da sur la vie ( Ca­na­da-Vie),

qui oc­cupe la deuxième place du sec­teur au Qué­bec, ont aug­men­té de 9,96 % à 10,67 % du­rant la même pé­riode. Celles de l’In­dus

trielle Al­liance-Vie, si­tuée au troi­sième rang, sont pas­sées de 8,30 % à 10,14 % pour la même pé­riode.

Oc­cu­pant la po­si­tion nu­mé­ro quatre, l’as­su­reur Sun Life du

Ca­na­da a quant à lui vu ses parts de mar­ché di­mi­nuer de 10,14 % à 9,47 % de 2012 à 2016. Elles ont tou­te­fois crû par rap­port à 2015, an­née du­rant la­quelle elles se sont éle­vées à 9,26 %.

Des­jar­dins oc­cupe aus­si la po­si­tion de tête du sec­teur de l’as­su­rance accidents et ma­la­die col­lec­tive. Tou­jours d’après le rap­port, la coo­pé­ra­tive a en­re­gis­tré pour en­vi­ron 1,5 G$ de primes di­rectes sous­crites et ses parts de mar­ché sont pas­sées de 23,07 % à 23,73 % de 2012 à 2016.

À CHA­CUN SES FORCES

SSQ Vie se classe au cin­quième rang du sec­teur de l’as­su­rance vie col­lec­tive au Qué­bec, avec 8,29 % de parts de mar­ché en 2016, mais se dé­marque da­van­tage dans le sec­teur de l’as­su­rance accidents et ma­la­die col­lec­tif.

Il semble que si cer­tains as­su­reurs réus­sissent mieux dans une branche plu­tôt que dans une autre, c’est qu’il s’agit du sec­teur que prio­rise l’en­tre­prise, c’est-àdire ce­lui au­quel on ac­corde le plus de res­sources.

Si, par exemple, Des­jar­dins do­mine net­te­ment en col­lec­tif, l’ins­ti­tu­tion fi­nan­cière se re­trouve néan­moins au cin­quième rang en as­su­rance vie in­di­vi­duelle, avec des parts de mar­ché de 10,48 % en 2016, lé­gè­re­ment en baisse par rap­port à 10,67 % l’an­née pré­cé­dente.

« Cer­tains as­su­reurs sont plus pré­sents dans le do­maine des pla­ce­ments pour la retraite ( rentes col­lec­tives). D’autres sont plus pré­sents dans l’as­su­rance col­lec­tive, et d’autres dans l’as­su­rance in­di­vi­duelle. Cha­cun a ses propres ob­jec­tifs. C’est donc nor­mal que ce ne soit pas les mêmes ac­teurs qui do­minent dans les dif­fé­rents mar­chés », in­dique Lyne Du­haime, pré­si­dente de l’ACCAP- Qué­bec.

CONCEN­TRA­TION ET STA­BI­LI­TÉ

En gé­né­ral, les parts de mar­ché des as­su­reurs qué­bé­cois en as­su­rance vie col­lec­tive se sont ac­crues, mais pas de ma­nière si­gni­fi­ca­tive. Par contre, Banque

Na­tio­nale ( BN) et Ca­pi­tale Pa­tri­moine ont connu des baisses. Les parts de BN ont di­mi­nué de 6,55 % à 5,62 % de 2012 à 2016, et celles de La Ca­pi­tale de 3,32 % à 3,10 % pen­dant la même pé­riode.

L’évo­lu­tion des parts de mar­ché est sem­blable en as­su­rance col­lec­tive accidents et ma­la­die. Ca­pi­tale et Banque Na­tio­nale ont toutes deux per­du quelques plumes dans le top 20. Par exemple, les parts de mar­ché de Ca­pi­tale Pa­tri­moine ont bais­sé de 6,47 % à 5,89 % de 2012 à 2016.

Lyne Du­haime sou­ligne le ca­rac­tère ul­tra- concur­ren­tiel du mar­ché de l’as­su­rance col­lec­tive : « Au Qué­bec, il n’y a pas tant de nou­velles en­tre­prises, alors nous ne ver­rons pas de réel mou­ve­ment à moins d’al­ler dé­ve­lop­per des seg­ments avec des em­ployeurs qui ont moins d’em­ployés. »

En ef­fet, les as­su­reurs qui do­minent au Qué­bec sont ceux qui ont par­mi leur clien­tèle les plus gros em­ployeurs pu­blics qué­bé­cois.

« Tant SSQ que Des­jar­dins as­surent une base ex­trê­me­ment im­por­tante du sec­teur pu­blic au Qué­bec, ex­plique Carl La­flamme, de SSQ. Dans notre cas, nous as­su­rons tous les en­sei­gnants, tous les cadres du gou­ver­ne­ment et les em­ployés de sou­tien qui tra­vaillent dans les hô­pi­taux. Des­jar­dins as­sure quant à elle les fonc­tion­naires et toutes les in­fir­mières. »

De plus, même si les contrats d’as­su­rance col­lec­tive se re­nou­vel lent an­nuel­le­ment, Carl Laf lamme men­tionne que la clien­tèle pu­blique change très peu sou­vent d’as­su­reur.

« Ce sont des clients très fi­dèles. Par exemple, notre plus gros groupe, ce sont les em­ployés de sou­tien de la

Fé­dé­ra­tion de la san­té et des

ser­vices so­ciaux. Ils sont avec nous de­puis 50 ans. Nous croyons aus­si que leur fi­dé­li­té dé­montre que nous leur ren­dons de bons ser­vices », éla­bore-t-il.

En rentes col­lec­tives, les me­neurs du mar­ché sont, et de loin, la Sun Life et iA Groupe fi­nan

cier. Par com­pa­rai­son, les parts de Sun Life se chif­fraient à 41,85 % en 2016 et celles d’In­dus­trielle Al­liance-Vie à 37,84 % pour la même an­née, tan­dis que les parts de Des­jar­dins, qui oc­cupe la troi­sième po­si­tion, s’élèvent à 7,91 % seule­ment.

« C’est un mar­ché dans le­quel c’est très im­por­tant d’avoir beau­coup plus de vo­lume afin d’avoir une offre concur­ren­tielle. Il faut que ton poids soit in­té­res­sant compte te­nu des coûts qu’une pré­sence re­pré­sente », ex­plique Carl La­flamme.

SSQ, So­cié­té d’as­su­rance-vie a jus­te­ment ven­du à Viac­tion

As­su­rance, en juillet 2016, le por­te­feuille de rente col­lec­tive qu’il gé­rait pour Fon­dac­tion, le fonds de dé­ve­lop­pe­ment de la CSN.

Les parts de mar­ché de SSQ sont pas­sées de 1,74 % en 2015 à 0,13 % en 2016.

CA­PA­CI­TÉ D’ADAP­TA­TION POUR L’AVE­NIR

Tous les as­su­reurs s’en­tendent pour le dire, il faut une ca­pa­ci­té d’adap­ta­tion aux be­soins du client pour sur­vivre en as­su­rance col­lec­tive.

Même si les as­su­reurs col­lec­tifs qui réus­sissent ont des as­sises so­lides, les nom­breux dé­fis aux­quels ils doivent faire face ( hausse fa­ra­mi­neuse des prix des mé­di­ca­ments, vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion, pro­pa­ga­tion de l’épui­se­ment pro­fes­sion­nel, etc.) les em­pêchent de se re­po­ser sur leurs lau­riers.

« C’est un mar­ché très concur­ren­tiel qui joue beau­coup sur le prix, et si tu baisses ta garde pen­dant quelques mois, ça ne se­ra pas payant à long terme », in­siste Na­tha­lie La­porte, de Des­jar­dins.

Lyne Du­haime, qui sou­tient les membres de cette in­dus­trie, parle d’obs­tacles qui ne dis­pa­raî­tront pas en « cla­quant des doigts ». Elle men­tionne tout de même comme une avan­cée ré­cente l’ obligation qu’au­ront les pharmaciens de di­vul­guer leurs ho­no­raires sur les fac­tures de mé­di­ca­ments dès le 15 sep­tembre.

De son cô­té, l’As­so­cia­tion qué­bé­coise des pharmaciens pro­prié­taires, sur la base d’une

étude du Centre in­ter uni­ver­si­taire de re­cherche en ana­lyse des or­ga­ni­sa­tions ( CIRANO), a ré­cla­mé au dé­but du mois de juillet que l’on exige éga­le­ment plus de trans­pa­rence des as­su­reurs pri­vés, ce qui montre que cette lutte est loin d’être ter­mi­née entre les deux camps.

La pré­si­dente de l’ACCAP- Qué­bec de­meure néan­moins op­ti­miste pour l’ave­nir : « Je pense que l’as­su­rance col­lec­tive va de­meu­rer un avan­tage vrai­ment très im­por­tant dans les mi­lieux de tra­vail. Les em­ployeurs y tiennent. Par contre, il est clair pour nous que nous avons at­teint un point où les coûts de­viennent pro­blé­ma­tiques pour la pé­ren­ni­té à long terme des as­su­reurs. C’est pour­quoi nous tra­vaillons là-des­sus. »

C’est un mar­ché très concur­ren­tiel qui joue beau­coup sur le prix, et si tu baisses ta garde pen­dant quelques mois, ça ne se­ra pas payant à long terme. – Na­tha­lie La­porte

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