Bé­né­fices gon­flés par la ré­gle­men­ta­tion

Les as­su­reurs ont re­ga­gné le ter­rain per­du en 2015.

Finance et Investissement - - L’ASSURANCE AU QUÉBEC - PAR FRÉ­DÉ­RIC ROY »

après des bé­né­fices nets en baisse de 2,1 G$ en 2015, les as­su­reurs fai­sant des af­faires au Qué­bec ont com­blé le manque à ga­gner et dé­ga­gé des bé­né­fices to­taux de 2,3 G$ l’an­née der­nière, pour at­teindre près de 14 G$, se­lon les don­nées du « Rap­port an­nuel sur les ins­ti­tu­tions fi­nan­cières 2016 » de l’Au­to­ri­té des mar­chés fi­nan­ciers ( AMF).

L’AMF sou­tient que la hausse des taux de ren­de­ment des obli­ga­tions du Ca­na­da 30 ans a été pro­fi­table aux as­su­reurs de per­sonnes. Après un creux à 2,15 % en 2015, ces taux ont aug­men­té à 2,31 % en 2016.

« La hausse des taux d’in­té­rêt à long terme de même que la bonne per­for­mance des mar­chés bour­siers ont as­su­ré­ment contri­bué à ces ré­sul­tats », peut- on lire dans le rap­port de l’AMF.

De plus, le nombre de primes di­rectes sous­crites au Qué­bec a aug­men­té de 10,1 % en 2016, pour at­teindre près de 16 G$.

Cette hausse trou­ve­rait sa source no­tam­ment dans les chan­ge­ments ef fec­tués à la fiscalité des po­lices d’as­su­rance vie, qui sont en­trés en vi­gueur le 1er jan­vier 2017, d’après le ré­gu­la­teur.

« Ces chan­ge­ments peuvent avoir contri­bué en par­tie à l’aug­men­ta­tion des primes ob­ser­vée en 2016, cer­tains clients vou­lant sans doute pro­fi­ter de l’an­cienne fiscalité plus avan­ta­geuse pour cer­tains pro­duits », écrit-il dans son rap­port.

À comp­ter du 1er jan­vier 2017, toutes les nou­velles po­lices d’as­su­rance étaient sou­mises à un nou­veau test d’exo­né­ra­tion de l’im­pôt.

Les mo­di­fi­ca­tions ré­duisent prin­ci­pa­le­ment la crois­sance avec re­port d’im­pôt qui est per­mise dans le cadre des contrats d’as­su­rance vie exo­né­rés, avec ou sans par­ti­ci­pa­tion.

L’hy­po­thèse du ré­gu­la­teur se confirme lors­qu’on jette un oeil sur les ventes d’as­su­rance vie in­di­vi­duelle au Ca­na­da au qua­trième tri­mestre de 2016.

En ef­fet, se­lon un rap­port pro­duit par la firme de re­cherche amé­ri­caine LIMRA int itu­lé « Fourth Quar­ter 2016 Ca­na­dian In­di­vi­dual Life In­su­rance Sales , les nou­velles primes en as­su­rance vie in­di­vi­duelle se sont chif­frées à 753 M$ au der­nier tri­mestre de 2016, soit plus du double de celles du tri­mestre équi­valent en 2015.

« C’est presque ex­clu­si­ve­ment ces chan­ge­ments qui ont contri­bué à l’aug­men­tat ion [ du nombre] de primes. […] Les conseillers avaient une rai­son de par­ler aux clients des chan­ge­ments et les [ as­su­reurs] ont pré­pa­ré des confé­rences qui por­taient presque ex­clu­si­ve­ment sur ce su­jet », in­dique Boris Oz­balt, di­rec­teur du dé­ve­lop­pe­ment des af­faires au Groupe fi­nan­cier PEAK.

Cette si­tua­tion se lit éga­le­ment dans le ta­bleau ( Re­ve­nus-primes sous­crites au Qué­bec en 2016), où les primes sous­crites en as­su­rance vie in­di­vi­duelle ont bon­di de plus de 10 % en un an pour SSQ Groupe fi­nan­cier, Ma­nu­vie, Great-West et Ca­na­da-Vie.

IN­DUS­TRIELLE AL­LIANCE S’IM­POSE

Entre 2009 et 2016, l’In­dus­trielle Al­liance a aug­men­té ses parts de mar­ché en as­su­rance in­di­vi­duelle de 6 % et est main­te­nant le nu­mé­ro un dans le mar­ché qué­bé­cois, dé­trô­nant Des­jar­dins Sé­cu­ri­té fi­nan­cière ( DSF).

En un an, l’as­su­reur de Qué­bec a aug­men­té ses parts de mar­ché en as­su­rance de per­sonnes dans la pro­vince de près de 0,5 point de pour­cen­tage, pour at­teindre 18,2 %.

Sur la même pé­riode, les primes sous­crites de l’as­su­reur en as­su­rance vie in­di­vi­duelle ont aug­men­té de 4 % pour s’éta­blir à 656,5 M$. Il est, avec la Fi­nan­cière Sun Life, le seul as­su­reur dans le mar­ché qué­bé­cois qui dé­passe 600 M$ en primes sous­crites en 2016.

Ce­pen­dant, tous semblent avoir pro­fi­té d’une an­née ex­cep­tion­nelle sur le plan des ventes. L’aug­men­ta­tion moyenne en as­su­rance vie in­di­vi­duelle pour les 17 as­su­reurs com­pris dans le ta­bleau ci- des­sous est de 7,1 % par rap­port à l’an­née der­nière, soit une moyenne de 225,5 M$ en primes par as­su­reur.

La clé de cette sou­daine aug­men­ta­tion se­rait le po­si­tion­ne­ment stra­té­gique des as­su­reurs et des conseillers afin de fa­vo­ri­ser la vente des pro­duits de vie uni­ver­selle aux clients dans la cin­quan­taine.

« Chez PEAK, nous avons eu une aug­men­ta­tion de 42 % de nou­velles af­faires [ en as­su­rance de per­sonnes] en 2016. […] Les com­pa­gnies qui ont eu du suc­cès dans la der­nière an­née sont vrai­ment celles qui ont vi­sé le mar­ché des 50 ans et plus avec leurs pro­duits », dit Boris Oz­balt.

D’après lui, les as­su­reurs qui n’ont pas ci­blé ce cré­neau l’an­née der­nière « ont pris la dé­ci­sion eux- mêmes de ne pas être concur­ren­tiels ».

« Peut- être qu’ils ont dé­ci­dé d’at­tendre à 2017 pour être plus concur­ren­tiels dans un mar­ché [ pré­cis] », ajoute-t-il.

C’est d’ailleurs la pre­mière fois en neuf ans que DSF perd sa po­si­tion de pre­mier dans le mar­ché.

Du­rant la pé­riode, les parts de mar­ché qui lui étaient at­tri­buées ont stag­né et s’éta­blissent dé­sor­mais à 17,2 %, en di­mi­nu­tion de 0,5 point de pour­cen­tage.

DSF de­meure mal­gré tout un géant au Qué­bec et a connu une bonne an­née 2016, par­ti­cu­liè­re­ment dans le do­maine col­lec­tif ( lire « As­su­rance col­lec­tive : un biais do­mes­tique im­por­tant » en p. 20).

As­somp­tion Vie (-7,6 %) et BMO As­su­rance (-7,5 %) ont connu les plus fortes di­mi­nu­tions en primes di­rectes sous­crites de l’échan­tillon d’as­su­reurs ana­ly­sé, et ce, après avoir connu les hausses les plus im­por­tantes du groupe en 2015, soit 11,40 % et 11,86 % res­pec­ti­ve­ment.

Le pre­mier a per­du des primes im­por­tantes dans le sec­teur accidents et ma­la­die, où elles sont pas­sées d’une va­leur de 20 M$ en 2015 à 18,6 M$ l’an­née der­nière.

De son cô­té, la di­vi­sion as­su­rance de BMO a connu une di­mi­nu­tion de plus de 40 % de ses primes en rentes col­lec­tives, où les primes ont at­teint 16,9 M$ en 2016, com­pa­ra­ti­ve­ment à 28,4 M$ en 2015.

Boris Oz­balt s’at­tend par ailleurs à ce que les ventes de primes en 2017 su­bissent une di­mi­nu­tion, après une an­née do­pée par les chan­ge­ments ré­gle­men­taires.

« Nous voyons qu’il y au­ra pos­si­ble­ment une baisse en 2017, dit-il. [ Les conseillers] ont vu tous leurs clients, ils ont ache­té ce qu’il faut et ils at­tendent une autre rai­son pour vendre de l’as­su­rance à leurs clients. »

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