Tur­bu­lences à l’ho­ri­zon

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR JEAN- FRAN­ÇOIS BARBE

la ré­cente ac­qui­si­tion de Sen­try In­ves­tis­se­ments par la Fi­nan­cière CI est- elle un avant­goût du sort qui at­tend les der­niers grands ma­nu­fac­tu­riers in­dé­pen­dants ca­na­diens de fonds com­muns de pla­ce­ment ( FCP) ?

« Les grands in­dé­pen­dants de­vront re­voir leurs op­tions stra­té­giques en rai­son de l’éro­sion de leurs marges bé­né­fi­ciaires », croit Scott Chan, ana­lyste du sec­teur des ser­vices fi­nan­ciers chez Ca­nac­cord Ge­nui­ty.

Scott Chan s’est in­ter­ro­gé sur l’ave­nir de Fi­nan­cière CI, de Frank­lin Tem­ple­ton, d’In­ves­co Ca­na­da et de la So­cié­té fi­nan­cière IGM. Rap­pe­lons que Frank­lin Tem­ple­ton ap­par­tient à Frank­lin Re­sources, et que la Fi­nan­cière Ma­cken­zie et le Groupe In­ves­tors

font par­tie d’IGM, dé­te­nue à 67 % par Po­wer Cor­po­ra­tion.

Se­lon l’ana­lyste, les marges di­mi­nuent en rai­son de la po­pu­la­ri-

té des fonds né­go­ciés en Bourse ( FNB), de l’in­ter­dic­tion pos­sible des com­mis­sions in­té­grées et du dé­clin des ventes nettes chez les ma­nu­fac­tu­riers in­dé­pen­dants.

Dans une note de re­cherche pu­bliée en avril 2017, Scott Chan si­gnale qu’en 2016 les ventes nettes de FCP au Ca­na­da ont at­teint

30,5 G$, une baisse de 47 % par rap­port à 2015.

Pa­ral­lè­le­ment, les ventes nettes de FNB pro­gressent à un taux an­nuel com­po­sé de 24 % de­puis 2008. Rap­pe­lons que celles- ci s’éle­vaient à 16 G$ au Ca­na­da en 2016. Se­lon lui, le pay­sage ca­na­dien des FNB res­sem­ble­ra un jour ou l’autre à ce­lui des États-Unis, où les FNB re­pré­sentent 16 % de l’as­siette des ac­tifs en fonds d’in­ves­tis­se­ment. Au Ca­na­da, c’est presque deux fois moins, soit 8 %.

En 2016, les grands in­dé­pen­dants ont tra­ver­sé une an­née plu­tôt dif­fi­cile. Se­lon les chiffres de Ca­nac­cord Ge­nui­ty, la pro­gres­sion des ventes a été écrite à l’encre rouge chez CI (- 6 G$), Frank­lin Re­sources (- 80 G$) et IGM (-131 M$). Au contraire, In­ves­co a af­fi­ché des ventes nettes de 13 G$, que Scott Chan at­tri­bue à sa forte gamme de FNB. « Nous croyons que les FCP ac­ti­ve­ment gé­rés d’In­ves­co ont en­re­gis­tré des sor­ties nettes en 2016 », in­dique-t-il.

Le vent de la conso­li­da­tion souffle sur la scène mon­diale de la ges­tion d’ac­tif. En 2016, Aber­deen As­set Ma­na­ge­ment a été ac­quise par Standard Life ( Écosse), ce qui pro­dui­ra un géant de 985 G$ d’ac­tif sous gest ion. De même, Hen­der­son Group a été ava­lée par Ja­nus Ca­pi­tal, qui to­ta­li­se­ra quelque 415 G$ d’ac­tif sous ges­tion.

Or, rap­pelle Scott Chan, les mêmes causes ont gé­né­ra­le­ment les mêmes ef­fets. « Les grands ges­tion­naires ca­na­diens in­dé­pen­dants su­bissent les mêmes pres­sions que celles qui ont tou­ché Aber­deen, Standard Life, Hen­der­son Group et Ja­nus Ca­pi­tal, soit l’éro­sion de leurs marges bé­né­fi­ciaires », dit-il.

DES SY­NER­GIES POS­SIBLES

En théo­rie, les fu­sions et les ac­qui­si­tions amé­liorent les ré­sul­tats.

Se­lon les si­mu­la­tions de Scott Chan, les ra­tio­na­li­sa­tions is­sues d’une fu­sion entre CI et Ma­cken­zie se­raient sub­stan­tielles, at­tei­gnant 17,2 % des coûts d’ex­ploi­ta­tion, ou 110,1 M$.

Scott Chan en­vi­sage d’autres fu­sions pos­sibles, entre CI et Frank­lin Tem­ple­ton et entre CI et In­ves­co. Tou­te­fois, dans ces deux der­niers cas, les sy­ner­gies se­raient moins in­té­res­santes, car elles re­pré­sentent 10,4 % des coûts d’ex­ploi­ta­tion, ou 66 M$.

« À un mo­ment don­né, sous la pres­sion des ac­tion­naires, les grands ges­tion­naires in­dé­pen­dants d’ac­tif de­vront agir », mar­tèle Scott Chan.

Les scé­na­rios de Ca­nac­cord Ge­nui­ty sont hy­po­thé­tiques. Ce­pen­dant, ils donnent l’oc­ca­sion de ré­flé­chir sur l’ave­nir de l’in­dus­trie des FCP.

« En fonds com­muns, les coûts de dis­tri­bu­tion sont éle­vés. Il y a une forte ten­dance à la ba­na­li­sa­tion des pro­duits et à la baisse de la marge bé­né­fi­ciaire. En re­vanche, je ne pense pas que les ac­tion­naires des grands ma­nu­fac­tu­riers in­dé­pen­dants sont prêts à vendre leurs par­ti­ci­pa­tions aux condi­tions pré­va­lant ac­tuel­le­ment dans le mar­ché. Ils pensent que le mar­ché sous- éva­lue leurs en­tre­prises », dit Jean Mo­ris­sette, qui fut co­fon­da­teur de Ges­tion fi­nan­cière Tal­vest et pré­sident de Ser­vices fi­nan­ciers Par­te­naires Car­tier pour le Qué­bec.

Ain­si, les amé­ri­caines Frank­lin Re­sources et In­ves­co ont des stra­té­gies mon­diales. « Pour­quoi re­non­ce­raient-elles au mar­ché ca­na­dien alors qu’elles sont for­te­ment im­plan­tées aux États-Unis et dans le monde ? » se de­mande ce connais­seur de l’in­dus­trie des FCP.

Et In­ves­tors n’au­rait pas in­té­rêt à ac­qué­rir CI en rai­son de sa large pa­lette de pro­duits et de sa grande ef­fi­ca­ci­té. « Je ne vois pas la rai­son pour la­quelle Po­wer Cor­po­ra­tion ven­drait Ma­cken­zie. Ni où se trou­ve­raient les éco­no­mies d’échelle d’im­por­tance entre Ma­cken­zie et CI », dit Jean Mo­ris­sette, main­te­nant consultant.

De plus, les ac­tion­naires de CI ne se­raient pas prêts à le­ver le dra­peau blanc.

Le scé­na­rio de Scott Chan pour­rait tou­te­fois de­ve­nir per­ti­nent dans deux ou trois ans.

« Comme chez CI, les ac­tion­naires des ma­nu­fac­tu­riers in­dé­pen­dants es­pèrent que leurs éva­lua­tions bour­sières aug­men­te­ront avec le temps, mais il est loin d’être cer­tain que ce se­ra le cas dans deux ou trois ans, des ins­ti­tu­tions fi­nan­cières pour­raient faire des achats par­mi les in­dé­pen­dants n’ayant pas de ré­seaux de dis­tri­bu­tion. Leurs ac­tion­naires au­ront eu le temps de se faire à l’idée que la va­leur de leurs en­tre­prises n’aug­men­te­ra pas comme ils le sou­haitent », dit Jean Mo­ris­sette.

En ce sens, le scé­na­rio de Scott Chan se­rait pré­ma­tu­ré, et peut- être aus­si trop li­mi­té par rap­port aux cibles d’ac­qui­si­tions pos­sibles.

En ef­fet, il reste au Ca­na­da quelques ma­nu­fac­tu­riers in­dé­pen­dants de qua­li­té, de taille moyenne et sans ré­seaux de dis­tri­bu­tion, qui pour­raient faire de belles cibles d’ac­qui­si­tions. Du moins, tel est le point de vue de Nor­man Ra­sch­ko­wan.

Au­pa­ra­vant chef des in­ves­tis­se­ments chez Fi­nan­cière Ma­cken­zie, Nor­man Ra­sch­ko­wan pré­side son propre ca­bi­net de ges­tion de pa­tri­moine, In­ves­tis­se­ments DixCar­ré.

Se­lon lui, Pla­ce­ments AGF est vul­né­rable à d’éven­tuelles offres d’achat qui pour­raient pro­ve­nir d’Eu­rope et des États-Unis.

« Nous spé­cu­lons ici. Ce­la dit, des firmes comme AGF pour­raient être les trem­plins pour le mar­ché ca­na­dien de grands ges­tion­naires d’ac­tif eu­ro­péens ou amé­ri­cains. Est- ce que l’ac­tion­naire de contrôle d’AGF, la fa­mille Gol­dring, se­ra tou­jours in­té­res­sée à s’oc­cu­per d’AGF ? Blake Gol­dring a la pas­sion d’AGF. Mais en se­ra-t-il de même pour ses en­fants ? » se de­mande-t-il.

Concer­nant les scé­na­rios de fu­sions im­pli­quant Ma­cken­zie, Nor­man Ra­sch­ko­wan en­vi­sage plu­tôt une fu­sion avec l’amé­ri­caine Put­nam. « Ces en­tre­prises ap­par­tiennent à Po­wer Cor­po­ra­tion. Elles se res­semblent et les sy­ner­gies pour­raient être im­por­tantes », dit-il.

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