HAUSSE DES TAUX Me­nace pour les ac­tions à di­vi­dendes.

Les ana­lystes se font tou­te­fois ras­su­rants.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR YVES GIN­GRAS

bon nombre d’in­ves­tis

seurs misent sur les ac­tions à di­vi­dendes éle­vés étant don­né la fai­blesse des taux d’in­té­rêt. Ces ac­tions se com­portent tou­te­fois moins bien lorsque les ren­de­ments obli­ga­taires re­montent. Pire : plus ces ac­tions ont un di­vi­dende éle­vé, plus elles sont à risque.

« Nous avons me­né une étude por­tant sur la pé­riode de 1953 à 2016 et avons consta­té que les ac­tions à di­vi­dendes éle­vés sont les plus vul­né­rables », a dé­voi­lé Alex Bryan, di­rec­teur de la re­cherche sur les stra­té­gies pas­sives, Amé­rique du Nord chez

Mor­ning­star, lors d’un pa­nel te­nu à Chi­ca­go en avril. En ef­fet, ces titres se com­portent mal en pé­riode de hausse des taux, car les obli­ga­tions de­viennent alors plus in­té­res­santes par rap­port aux ac­tions à di­vi­dendes.

Alex Bryan tient tou­te­fois à nuan­cer son pro­pos : « À long terme, ces ac­tions donnent un très bon ren­de­ment et la cor­ré­la­tion entre la hausse des taux et le cours des ac­tions à di­vi­dendes éle­vés n’est pas uni­voque. Vers le mi­lieu des an­nées 1970, les taux ont grim­pé et les ac­tions à di­vi­dendes ont été per­for­mantes. »

« Le ren­de­ment en di­vi­dendes du S& P 500 est ac­tuel­le­ment de 2,2 %, soit 20 points de base de moins que ce­lui des bons du Tré­sor amé­ri­cains de 10 ans. His­to­ri­que­ment, l’écart est de 200 points en moyenne. Un re­tour à la nor­male im­pli­que­rait que les taux 10 ans aug­mentent à 4,4 %

(soit 2,2 % plus 2 %) ou que le ren­de­ment des ac­tions di­mi­nue pra­ti­que­ment à 0 % ( soit 2,2 % moins 2 %). L’écart est donc fa­vo­rable aux ac­tions. »

Au Ca­na­da, les ex­perts mettent cer­tains bé­mols. « Étant don­né la fai­blesse des taux, les in­ves­tis­seurs misent sur les bond

proxies, des pla­ce­ments qui donnent du re­ve­nu lorsque le ren­de­ment des obli­ga­tions est faible. Le dan­ger est que l’in­ves­tis­seur aug­mente alors son risque » , ex­plique Phi­lippe Pratte, chef des in­ves­tis­se­ments et ges­tion­naire de por­te­feuille chez Pratte ges­tion de por­te­feuilles.

Il n’est pas le seul à ex­pri­mer cette ap­pré­hen­sion. « Il ne faut pas que les ac­tions, les fonds com­muns ou les fonds né­go­ciés en Bourse ( FNB) à di­vi­dendes éle­vés ac­ca­parent la place des fonds à re­ve­nus fixes », s’in­quiète Laurent Bou­kob­za, v ice- pré­sident, Dist ri­bu­tion des FNB chez Pla­ce­ments Ma­cken­zie.

Phi­lippe Pratte prête une at­ten­tion par­ti­cu­lière aux so­cié­tés qui versent un di­vi­dende su­pé­rieur à 70 % de leurs bé­né­fices. « Si l’éco- no­mie ra­len­tit, la so­cié­té risque de de­voir ré­duire son di­vi­dende », pré­vient-il avant d’ajou­ter « qu’on com­mence même à prendre nos pré­cau­tions à 60 % ».

Laurent Bou­kob­za re­la­ti­vise cette règle. « Pour les so­cié­tés de haute tech­no­lo­gie, on peut al­ler à 80 %, car elles n’ont pas au­tant be­soin de li­qui­di­tés. Fa­ce­book n’a pas be­soin d’in­ves­tir dans des usines ou des stocks de pièces, cont ra i re­ment à G ene­ral

Mo­tors », ob­serve-t-il. Les titres qui ont un di­vi­dende éle­vé, une crois­sance moindre des pro­fits et un taux de dis­tri­bu­tion ( pay- out) éle­vé se com­portent comme les obli­ga­tions, constate Pierre Trot­tier, ges­tion­naire de por­te­feuille chez iA

Groupe fi­nan­cier : « C’est pour­quoi je fa­vo­rise les titres à di­vi­dende moindre, mais en crois­sance. »

Lors­qu’on lui de­mande de four­nir des titres pré­cis, Phi­lippe Pratte men­tionne le FNB BMO amé­ri­cain de di­vi­dendes.

Pour ce qui est des ac­tions, Phi­lippe Pratte avoue son pen­chant pour Blacks­tone Group : « La so­cié­té a une crois­sance in­té­res­sante, un di­vi­dende qui s’ap­pré­cie, du mo­men­tum et le di­vi­dende sur 12 mois est de 6,4 %. »

Le conseiller ga­ti­nois aime aus­si Vail Re­sorts : « L’ac­tion est en hausse de 50 % de­puis un an et le di­vi­dende de 2 % est en hausse. La firme achète des

centres de ski dans di­verses ré­gions. Si une ré­gion connaît des chutes de neige moindres que pré­vu, Vail ré­oriente les clients vers un autre centre de ski. C’est du bon hed­ging. »

Pierre Trot­tier re­luque les ins­ti­tu­tions fi­nan­cières amé­ri­caines. « La Fed a com­men­cé à aug­men­ter les taux à court terme et les taux 10 ans de­vraient suivre. C’est po­sit if pour les banques » , constate ce­lui qui gère les fonds amé­ri­cains de di­vi­dendes d’iA Cla­ring­ton.

De plus, l’al­lè­ge­ment de la ré­gle­men­tat ion an­non­cé par Do­nald Trump de­vrait être fa­vo­rable aux banques. Quant à leur éva­lua­tion du mar­ché à 17,9 fois les bé­né­fices contre une moyenne his­to­rique de 15, Pierre Trot­tier n’est pas in­quiet : « Ce n’est pas ex­ces­sif. »

Pierre Trot­tier cite Ci­ti­group : « La réus­site aux tests de ré­sis­tance de juin per­met­tra à Ci­ti de haus­ser son di­vi­dende et d’ef­fec­tuer des ra­chats d’act ions, puis­qu’elle au­ra des ré­serves ex­cé­den­taires. » Il suit éga­le­ment avec in­té­rêt Wells Far­go, mal­gré le scan­dale des ventes for­cées dans le­quel cette ins­ti­tu­tion a été im­pli­quée ré­cem­ment.

Pierre Trot­tier ap­pré­cie cer­tains titres tech­nos : « J’aime

Mi­cro­soft, qui pos­sède une po­lit ique de di­vi­dende éta­bl ie. Chaque an­née, pra­ti­que­ment, ils aug­mentent le di­vi­dende. »

RA­CHATS D’AC­TIONS

Que pen­ser des ra­chats d’ac­tions ? « J’y vais au cas par cas, re­con­naît Pierre Trot­tier. Google ne verse pas de di­vi­dende, mais ils ont com­men­cé à ra­che­ter leurs ac­tions. Leurs li­qui­di­tés per­met­traient de ver­ser un di­vi­dende. Ce­la élar­gi­rait leur base d’in­ves­tis­seurs et se­rait bien vu par le mar­ché. »

En fait, l’exemple de Google rap­pelle à Pierre Trot­tier le cas d’Apple. « J’ai ache­té Apple avant qu’elle ne verse un di­vi­dende. La so­cié­té avait une crois­sance in­té­res­sante et beau­coup de li­qui­di­tés. C’est pour­quoi elle était l’ex­cep­tion dans mon por­te­feuille d’ac­tions à di­vi­dendes. Au­jourd’hui, mon ex­cep­tion, c’est Google. »

« Les fi­du­cies im­mo­bi­lières sont chères. L’im­mo­bi­lier pro­cure une pro­tec­tion contre l’in­fla­tion, mais si les taux aug­mentent, l’im­mo­bi­lier va bais­ser. De plus, elles versent des dis­tri­bu­tions de 6 ou 7 % parce qu’elles vident la fi­du­cie en ven­dant des ac­tifs », s’in­quiète Phi­lippe Pratte.

Pierre Trot­tier par­tage cette per­cep­tion. « Les REIT sont plus vul­né­rables. Même chose pour l’im­mo­bi­lier com­mer­cial. Il faut faire at­ten­tion à tout ce qui est lié aux centres com­mer­ciaux » , croit- il en évo­quant la concur­rence du com­merce en ligne.

Pierre Trot­tier aime bien aus­si les titres de consommation de base, comme Kraft, Mon­de­lez et

Wal­greens : « La pro­ba­bi­li­té que le di­vi­dende sur ces ac­tions soit haus­sé est forte. »

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