SEN­TRY VEN­DUE à bas prix?

Son prix de vente semble bas.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR RI­CHARD CLOU­TIER

fi­nan­cière ci a an­non­cé en août la conclu­sion d’une en­tente vi­sant à ac­qué­rir Sen­try

In­ves­tis­se­ments pour la somme de 780 M$. Si cette tran­sac­tion est sen­sée, le prix de vente laisse cer­tains ob­ser­va­teurs per­plexes.

C’est le cas de Jean Mo­ris­sette, consultant, an­cien pré­sident de Ser­vices fi­nan­ciers Par­te­naires

Car­tier et ex-as­so­cié fon­da­teur de Tal­vest. La va­leur de la tran­sac­tion l’a sur­pris : « On parle d’en­vi­ron 4 % des ac­tifs com­pa­ra­ti­ve­ment à des mul­tiples de 6 ou 7 % pour des tran­sac­tions plu­tôt ré­centes, ce qui est re­la­ti­ve­ment peu éle­vé. Je ne connais pas suf­fi­sam­ment Sen­try pour ci­bler la rai­son, mais ce n’est pas cher pour ac­qué­rir un gros bloc d’ac­tif comme ce­lui-ci. »

Le mo­dèle d’af­faires des ma­nu­fac­tu­riers de fonds com­muns de pla­ce­ment ( FCP) est mis au dé­fi (voir le texte ci-des­sous). D’abord, les ventes nettes de fonds né­go­ciés en Bourse ( FNB) conti­nuent à gru­ger des parts de mar­ché aux ventes nettes de FCP.

Pour les six pre­miers mois de 2017, les ventes nettes de FNB co­tés à une Bourse ca­na­dienne s’éle­vaient à 15,3 G$, ce qui re­pré­sente pra­ti­que­ment la moi­tié ( 49,1 %) de celles de fonds com­muns. Du­rant cette pé­riode, les ventes de FCP se chif­fraient à 31,2 G$. En com­pa­rai­son, pour l’en­semble de l’an­née 2014, les ventes nettes de FNB ne re­pré­sen­taient que 18 % de celles des FCP.

En­suite, une abo­li­tion pos­sible des com­mis­sions in­té­grées ac­cé­lère les chan­ge­ments dans les pra­tiques de ré­mu­né­ra­tion des conseillers, qui pour­raient chan­ger le mo­dèle d’af­faires de la dis­tri­bu­tion et ce­lui des ma­nu­fac­tu­riers.

Se­lon Jean Mo­ris­sette, la ré­gle­men­ta­tion « change sans arrêt et com­plique tout de fa­çon im­por­tante ». Il est d’avis qu’il est de plus en plus com­plexe et ris­qué d’ef­fec­tuer des ac­qui­si­tions, ce qui pour­rait ex­pli­quer le prix de la tran­sac­tion.

D’après Jean Mo­ris­sette, ces chan­ge­ments risquent de fa­vo­ri­ser « beau­coup les ré­seaux de conseillers cap­tifs des banques et autres ins­ti­tu­tions, au dé­tri­ment de cer­tains in­dé­pen­dants qui pour­raient avoir plus de dif­fi­cul­té à ac­cé­der à des ré­seaux de dis­tri­bu­tion ».

Par ailleurs, plus tôt cette an­née, Sen­try et son an­cien chef de la di­rec­tion Sean Dris­coll ont ac­cep­té de payer une amende de 1,5 M$, dans un rè­gle­ment avec la Com­mis­sion des va­leurs mo­bi

lières de l’On­ta­rio qui concerne des al­lé­ga­tions se­lon les­quelles Sen­try au­rait vio­lé la règle des pra­tiques de vente de fonds com­muns de pla­ce­ment.

Il reste que ce prix de vente pour­rait dé­clen­cher une vague de consol idat ion, se­lon Jean Mo­ris­sette : « Consta­ter que ça coûte peut-être de 30 à 40 % moins cher qu’il y a quelques an­nées in­ci­te­ra peut- être des ac­teurs à ai­gui­ser de nou­veau leur crayon. »

AC­QUI­SI­TION SEN­SÉE

L’achat de Sen­try « amène une cer­taine di­ver­si­fi­ca­tion à la Fi­nan­cière CI, à la fois en ma­tière de pro­duits, de man­dats de ges­tion et de ré­seau de dis­tri­bu­tion. Cette tran­sac­tion a beau­coup de sens », es­time Jean Mo­ris­sette.

Il connaît bien la Fi­nan­cière CI, avec qui il a en­tre­te­nu des liens d’af­faires à l’époque de Ser­vices fi­nan­ciers Par­te­naires Car­tier. Il es­time que pour réus­sir une ac­qui­si­tion, il faut être suf­fi­sam­ment ef­fi­cace pour gé­né­rer des éco­no­mies d’échelle à court terme, et CI pos­sède les atouts re­quis pour ti­rer le meilleur par­ti de cette tran­sac­tion.

« Fi­nan­cière CI pos­sède une pla­te­forme vrai­ment ef­fi­cace, qui compte par­mi les meilleures de l’in­dus­trie et qui se­ra en me­sure de prendre du vo­lume » , dit Jean Mo­ris­sette. Se­lon lui, cette ef­fi­ca­ci­té per­met­tra à la Fi­nan­cière CI d’aug­men­ter ses re­ve­nus, ce qui n’au­rait pas né­ces­sai­re­ment été le cas si Sen­try avait été ache­tée par d’autres firmes.

Sen­try, qui gère une gamme de plus de 45 fonds com­muns de pla­ce­ment et d’autres solutions d’in­ves­tis­se­ment, s’éta­blis­sait au 15e rang des plus im­por­tantes fa­milles de fonds com­muns au Ca­na­da à la fin de 2016, avec un ac­tif de 18,2 G$ en fonds com­muns, se­lon un rap­port d’Inves

tor Eco­no­mics. Son ac­tif sous ges­tion en fonds com­muns a connu un taux de crois­sance an­nua­li­sé de 14,3 % sur une pé­riode de trois ans se ter­mi­nant en dé­cembre 2016.

À la fin de dé­cembre 2016, Sen­try af­fi­chait une part de mar­ché ca­na­dienne en fonds com­muns de 1,3 %, alors que celle- ci ne s’éta­blis­sait qu’à 0,7 % à la fin de 2011, se­lon In­ves­tor Eco­no­mics. De la fin 2011 à la fin 2016, l’ac­tif gé­ré en fonds com­muns de Sen­try est pas­sé de 5,7 à 18,2 G$.

Au 31 juillet 2017, l’ac­tif sous ges­tion de Sen­try était éva­lué à en­vi­ron 19,1 G$. La tran­sac­tion aug­men­te­ra l’ac­tif sous ges­tion de la Fi­nan­cière CI de 16 %, ce­lui- ci pas­sant de 120,4 G$ à en­vi­ron 140 G$. Les ac­tifs to­taux de la Fi­nan­cière CI, y com­pris les ac­tifs sous ges­tion et les ac­tifs conseillés, s’élè­ve­ront à en­vi­ron 180 G$.

Fi­nan­cière CI a mon­tré dans le pas­sé sa ca­pa­ci­té à in­té­grer ses ac­qui­si­tions sans les dé­na­tu­rer, ment ionne Jean Mo­ris­sette. Elle a d’ailleurs confir­mé que, à la conclu­sion de l’ac­qui­si­tion, Sen­try res­te­ra une marque in­dé­pen­dante.

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