Les ac­tifs moins li­quides pré­oc­cupent

L’AMF s’in­quiète de l’ap­pé­tit pour ces titres.

Finance et Investissement - - NOUVELLES - PAR JEAN- FRAN­ÇOIS BARBE

la ges­tion in­di­cielle aug­mente-t-elle les risques d’ins­ta­bi­li­té du mar­ché bour­sier ? Les i nvest is­seurs ind iv iduels com­mencent- ils à s’in­té­res­ser aux ac­tifs moins li­quides ?

Ces ques­tions font l’ob­jet d’une vi­gie à l’Au­to­ri­té des mar­chés fi­nan­ciers ( AMF), et non pas de dé­ve­lop­pe­ments dans la ré­gle­men­ta­tion ou d’exa­mens ci­blés, se­lon Hu­go La­croix, di­rec­teur prin­ci­pal des fonds d’in­ves­tis­se­ment à l’AMF. « En tant que ré­gu­la­teur de proxi­mi­té, nous sur­veillons les ten­dances du mar­ché. Nous sommes à l’af­fût des en­jeux ayant une in­ci­dence sur la pro­tec­tion des in­ves­tis­seurs », dit-il.

Hu­go La­croix pré­cise que l’AMF est ac­tuel­le­ment en train de me­su­rer les phé­no­mènes de la ges­tion in­di­cielle et des ac­tifs moins li­quides d’un point de vue quan­ti­ta­tif. L’AMF se de­mande si l’ef­fet des bulles, des cor­rec­tions et des mou­ve­ments de mar­chés se­ra am­pli­fié parce que tout le monde in­ves­tit pas­si­ve­ment et bouge en même temps.

La vi­gie de l’AMF sur la ges­tion in­di­cielle amène le di­rec­teur prin­ci­pal des fonds d’in­ves­tis­se­ment à consta­ter la com­plexi­té de ce ques­tion­ne­ment.

« Ma lg ré la cr oi s sance constante des fonds né­go­ciés en Bourse ( FNB), la pro­por­tion d’ac­tifs in­ves­tis dans des stra­té­gies in­di­cielles est peut- être moins éle­vée main­te­nant qu’il y a 10 ans. La plu­part des nou­veaux FNB in­tègrent des com­po­santes en ges­tion ac­tive. Cette hy­po­thèse s’ex­pli­que­rait no­tam­ment par la di­ver­si­fi­ca­tion des stra­té­gies d’in­ves­tis­se­ment uti­li­sées par des in­ves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels de­puis la crise et vi­sant des ren­de­ments cibles plus constants », dit-il.

Ci­tant l’exemple d’in­ves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels qui di­ver­si­fient leurs ac­tifs du cô­té des in­fra­struc­tures et des pla­ce­ments dans des so­cié­tés pri­vées, Hu­go La­croix s’in­ter­roge sur les im­pacts de la trans­po­si­tion de ce phé­no­mène chez les in­ves­tis­seurs in­di­vi­duels.

« Qu’ar­ri­ve­ra-t-il si le sec­teur de dé­tail ma­ni­feste éven­tuel­le­ment plus d’ap­pé­tit pour des in­ves­tis­se­ments non tra­di­tion­nels, comme les in­fra­struc­tures ? Le mar­ché et les ré­gu­la­teurs sont-ils pré­pa­rés pour ce­la ? » dit-il.

IN­DICES PAR­FOIS UTILES

Con­seil ler en pla­ce­ment, Guillaume Mau­rice n’est pas un chaud par­ti­san des FNB qui re­pro­duisent des mé­gain­dices comme le S& P 500 ou le S& P/TSX.

« Ces grands in­dices peuvent for­te­ment bou­ger d’une an­née à l’autre. Au Ca­na­da, la vo­la­ti­li­té est au ren­dez-vous. De plus, si les in­ves­tis­seurs s’at­tendent à une cor­rec­tion de mar­ché, il peut y avoir une ruée vers la sor­tie. Notre équipe n’est pas adepte de ces grands in­dices, car nous pen­sons pou­voir ob­te­nir de meilleurs ré­sul­tats, no­tam­ment en pro­té­geant da­van­tage les in­ves­tis­seurs en cas de cor­rec­tion bour­sière », dit-il.

Ce­pen­dant, les in­dices spé­cia­li­sés ont aus­si un cô­té po­si­tif.

« Nos por­te­feuilles peuvent com­por­ter des fonds né­go­ciés en Bourse spé­cia­li­sés, par exemple en im­mo­bi­lier ca­na­dien gé­né­ra­teur de di­vi­dendes. Au­cun conseiller ne peut maî­tri­ser tous les sec­teurs spé­cia­li­sés pou­vant faire par­tie des por­te­feuilles des in­ves­tis­seurs » , dit Guillaume Mau­rice, qui est éga­le­ment ges­tion­naire de por­te­feuille as­so­cié au Groupe Jacques Mau­rice, af­fi­lié àS co­ti aGes­ti onde pa­tri­moine.

Le « vrai dé­bat » de­vrait plu­tôt por­ter sur les ac­tifs peu li­quides, se­lon Jean Mo­ris­sette, consultant au­près de firmes de ges­tion de pa­tri­moine.

« Cer­tains ac­tifs, comme en in­fra­struc­tures, com­portent des clauses de ra­chat qui em­pêchent l’ache­teur de tout vendre d’un bloc au mo­ment où il le vou­drait. À l’évi­dence, ces act i fs ne conviennent pas à Mon­sieur et à Ma­dame Tout- le- monde » , dit l’ex-pré­sident de Ser­vices fi­nan­ciers Par­te­naires Car­tier pour le Qué­bec.

Jacques Lus­sier, pré­sident et chef des pla­ce­ments d’Ip­sol Ca­pi­tal, sur­en­ché­rit. « Les in­ves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels ont de grandes équipes en me­sure d’ana­ly­ser et d’ob­te­nir les ac­tifs qu’ils re­cherchent. Ac­tuel­le­ment, leur de­mande en ac­tifs moins conven­tion­nels, comme les in­fra­struc­tures et les pla­ce­ments pri­vés, est très forte. Tel­le­ment, en fait, que cer­tains d’entre eux ont de la dif­fi­cul­té à ob­te­nir ce qu’ils veulent ! Si ces ac­tifs ve­naient à être dis­tri­bués au dé­tail, que res­te­rait-il aux in­ves­tis­seurs in­di­vi­duels ? Je m’in­quié­te­rais alors des prix et du risque d’illi­qui­di­té », si­gnale-t-il.

Les in­dices peuvent-ils fa­vo­ri­ser l’ap­pa­ri­tion de com­por­te­ments de masse qui contri­buent à l’ir­ra­tio­na­li­té des mar­chés ?

« On dit à la blague qu’il y a plus d’in­dices que de titres sur le mar­ché ! » ré­torque Jacques Lus­sier.

Au­jourd’hui, ex­plique- t- il, il existe des in­dices qui di­mi­nuent l’im­por­tance des com­por­te­ments hu­mains. On trouve, par exemple, des in­dices de basse

vo­la­ti­li­té, des in­dices de type

mo­men­tum ( qui cherchent à cap­ter le dy­na­misme des mar­chés) et des in­dices mul­ti­fac­to­riels. Il est dif­fi­cile de pen­ser qu’ils vont tous dans la même di­rec­tion.

« Au­tre­ment dit, il y a main­te­nant tel­le­ment d’in­dices que les opi­nions de­viennent de moins en moins im­por­tantes », af­firme le pré­sident d’Ip­sol Ca­pi­tal.

Le dé­ve­lop­pe­ment des pro­duits al­ter­na­tifs s’est ef­fec­tué aux dé­pens des titres à re­ve­nus fixes, ce qui s’ex­plique en dé­fi­ni­tive par la baisse qua­si in­sou­te­nable des taux en­clen­chée par les banques cen­trales, af­firme Jean Mo­ris­sette.

« Les ren­de­ments des titres à re­ve­nus fixes de­ve­nant de moins en moins in­té­res­sants, les in­ves­tis­seurs in­di­vi­duels ont cher­ché des solutions de re­change. Plus les mar­chés de pro­duits al­ter­na­tifs s’élar­gi­ront, plus les gou­ver­ne­ments au­ront de la dif­fi­cul­té à fi­nan­cer leurs dettes, ce qui les obli­ge­ra tôt ou tard à haus­ser les taux d’in­té­rêt », dit-il.

Pour­rait- il ar­ri­ver que cette évo­lu­tion amène Mon­sieur et Ma­dame Tout-le-monde à dé­te­nir en por­te­feuille des pro­duits al­ter­na­tifs peu li­quides ?

« Pour l’ins­tant, le phé­no­mène touche les in­ves­tis­seurs dans des titres dis­pen­sés. Il fau­drait en re­par­ler si un jour ces pro­duits de­ve­naient plus lar­ge­ment ac­ces­sibles », dit Jean Mo­ris­sette.

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