L’am­bi­tieux sim­pli­fi­ca­teur

Son plan : pro­pul­ser SSQ par l’in­terne.

Finance et Investissement - - NOUVELLES - PAR FRÉ­DÉ­RIC ROY

jean-fran­çois cha­li­foux, pré­sident- di­rec­teur gé­né­ral de SSQ Groupe fi­nan­cier, a tou­jours vou­lu prendre la tête de grandes équipes dans l’in­dus­trie des ser­vices fi­nan­ciers ca­na­diens. Cet ac­tuaire de for­ma­tion au­ra eu be­soin d’un peu plus de 20 ans, pas­sés dans toute une sé­rie de postes et d’en­tre­prises du sec­teur fi­nan­cier, pour at­teindre son ob­jec­tif.

Le choix de l’in­dus­trie s’est fait na­tu­rel­le­ment pour lui, sa fa­mille ayant bai­gné presque ex­clu­si­ve­ment dans les ser­vices fi­nan­ciers, car son père est l’an­cien ad­joint à la di­rec­tion gé­né­rale de la Fé­dé­rat ion du Mou­ve­ment Des­jar­dins, sa mère tra­vaillait en as­su­rance, son grand-père est fon­da­teur d’une caisse po­pu­laire et sa grand-mère était cais­sière.

D’abord at­ti­ré par l’as­su­rance de dom­mages, où il pou­vait ra­pi­de­ment voir l’im­pact de ses pro­jec­tions, il a dé­bu­té chez Pro­mu­tuel, à Qué­bec, en 1992, comme conseiller en ac­tua­riat. Jean-Fran­çois Cha­li­foux se rap­pelle avoir été un des rares de sa pro­mo­tion à ob­te­nir ra­pi­de­ment un em­ploi, an­née où l’in­dus­trie des ser­vices fi­nan­ciers ca­na­diens su­bis­sait en­core les ré­per­cus­sions de la ré­ces­sion mon­diale.

Trois ans plus tard, il quitte l’as­su­reur de dom­mages pour un em­ploi si­mi­laire au Mou­ve­ment Des­jar­dins, qu’il aban­don­ne­ra après trois ans, à 27 ans, pour son pre­mier poste de ges­tion­naire, à titre de di­rec­teur de l’ac­tua­riat d’une petite équipe d’ac­tua­riat chez ING ( In­tact as­su­rance à l’époque), à To­ron­to.

Il n’en avait tou­te­fois pas en­core ter­mi­né avec le Mou­ve­ment Des­jar­dins. En 2000, après l’ac­qui­si­tion par Des­jar­dins As­su­rances gé­né­rales de deux fi­liales d’as­su­rance de la Banque CIBC hors Qué­bec – La Per­son­nelle et Cer­tas –, la so­cié­té part à la re­cherche d’une per­sonne bi­lingue qui connaît bien son en­vi­ron­ne­ment et lui offre le poste de ges­tion d’une équipe de 80 per­sonnes.

Moins d’un an après son em­bauche, celle qui l’avait re­cru­té quitte pré­ci­pi­tam­ment l’or­ga­ni­sa­tion. Il oc­cupe par in­té­rim la di­rec­tion gé­né­rale du sec­teur. Lorsque son pa­tron, Jude Mar­ti­neau, pré­sident et chef de la di­rec­tion des so­cié­tés d’as­su­rance de dom­mages du Mou­ve­ment Des­jar­dins, le convoque à son bu­reau, il lui offre d’oc­cu­per le poste de fa­çon per­ma­nente, ce qui le prend de court. Alors âgé de 31 ans, et dans l’at­tente de son deuxième en­fant, Jean-Fran­çois Cha­li­foux juge que le risque est grand.

« Dans mon es­prit, je me consi­dé­rais comme trop jeune et trop in­ex­pé­ri­men­té, ajoute-t-il. Tou­te­fois, entre faire confiance à un nou­veau et me faire confiance à moi, j’ai fait le choix de me faire confiance. »

En ac­cep­tant le poste, il se re­trou­ve­rait à la tête de 800 em- ployés. Après une dis­cus­sion franche et ou­verte avec Jude Mar­ti­neau, il dé­cide de cou­rir le risque et d’ac­cep­ter l’offre.

Mal­gré sa ra­pide pro­gres­sion pro­fes­sion­nelle, Jean- Fran­çois Cha­li­foux garde en tête son ob­jec­tif de de­ve­nir nu­mé­ro un d’une so­cié­té, et il ne se re­pose pas sur ses lau­riers. Il cherche dès lors à se di­ver­si­fier et à ob­te­nir un poste de ges­tion­naire des opé­ra­tions en ser­vices fi­nan­ciers et non seule­ment en as­su­rance de dom­mages.

Cette oc­ca­sion se pré­sente en 2009 lors­qu’il ob­tient le poste de pre­mier vice-pré­sident as­su­rance ins­ti­tu­tion­nelle, as­su­rance di­recte. En 2014, il est fi­na­le­ment nom­mé di­rec­teur gé­né­ral de l’as­su­reur de per­sonnes du Mou­ve­ment Des­jar­dins par De­nis Ber­thiaume, qui était à l’époque pré­sident et chef de l’ex­ploi­ta­tion de Des­jar­dins Sé­cu­ri­té fi­nan­cière ( DSF).

En juin 2015, après 12 ans chez Des­jar­dins, on lui offre fi­na­le­ment le poste de pré­sident-di­rec­teur gé­né­ral de SSQ Groupe fi­nan­cier.

« Je re­gar­dais le pro­fil re­cher­ché, les qua­li­tés que SSQ sou­hai­tait du fu­tur lea­der et je trou­vais que j’en pos­sé­dais plu­sieurs », dit-il.

At­ti­ré par le dé­fi de croître sur le mar­ché ca­na­dien et par la forte di­men­sion hu­maine de l’as­su­reur, Jean-Fran­çois Cha­li­foux ac­cepte le poste. Il se re­trousse les manches et se met à tra­vailler sur la trans­for­ma­tion in­terne de la so­cié­té.

CONSO­LI­DER AVANT DE GROS­SIR

SSQ mi­se­ra sur la crois­sance in­terne et sur­tout sur la conso­li­da­tion de sa nou­velle struc­ture opé­ra­tion­nelle et de gou­ver­nance in­té­grée pour se dé­ve­lop­per dans les trois pro­chaines an­nées. Dans un pre­mier temps, Jean-Fran­çois Cha­li­foux s’est at­te­lé à sim­pli­fier la struc­ture de l’as­su­reur tout en met­tant au point un nou­veau plan stra­té­gique trien­nal.

« Je sen­tais que les em­ployés sou­hai­taient créer des oc­ca­sions, des ventes croi­sées, des sy­ner­gies d’af­faires, du ré­fé­ren­ce­ment in­ter­sec­teurs, qu’ils dé­si­raient être plus ef­fi­caces sur le plan opé­ra­tion­nel, mais qu’ils n’y ar­ri­vaient pas », ex­plique-t-il.

Ce gain d’ef­fi­ca­ci­té s’est réa­li­sé dans les quatre prin­ci­pales lignes d’af­faires, soit en as­su­rance vie, en as­su­rance de dom­mages, en as­su­rance col­lec­tive et en in­ves­tis­se­ment.

« Nous sommes pas­sés de lignes d’af­faires à des fonc­tions d’af­faires, soit de ma­nu­fac­ture, de dis­tri­bu­tion et de ges­tion d’opé ra t i ons » , i nd ique Jean-Fran­çois Cha­li­foux.

La re­struc­tu­ra­tion a éga­le­ment en­traî­né la fu­sion des cinq en­tre­prises de dis­tri­bu­tion – SSQ, ca­bi­net de ser­vices fi­nan­ciers ; as­su­ran­ce­voyages. ca ; 6801188 Ca­na­da ; SSQ Évo­lu­tion ; et G a rant ie sup­plé­men­ta i re 100 Li­mite – en une seule, nom­mée SSQ Dis­tri­bu­tion.

Dans un deuxième temps, Jean-Fran­çois Cha­li­foux a dé­ci­dé de sim­pli­fier la struc­ture de gou­ver­nance de l’en­tre­prise. SSQ a main­te­nu ses trois conseils d’ad- mi­nis­tra­tion – un pour SSQ, So­cié­té d’as­su­rance-vie, un pour SSQ, So­cié­té d’as­su­rance, et un pour SSQ, So­cié­té d’as­su­rances gé­né­rales – pour veiller au bon fonc­tion­ne­ment de la so­cié­té, mais leur taille et leur com­po­sit ion ont été har­mo­ni­sées.

La ré­or­ga­ni­sat ion rend pos­sible une ges­tion in­té­grée pour l’en­semble des opé­ra­tions de la so­cié­té et sim­pli­fie le tra­vail des ad­mi­nis­tra­teurs, car elle leur per­met d’avoir une com­pré­hen­sion glo­bale de tous les sec­teurs d’ac­ti­vi­té.

Les em­ployés ont ap­pris les mo­di­fi­ca­tions en mars 2016 et les deux mo­dèles ont co­ha­bi­té jus­qu’à l’ap­pli­ca­tion com­plète du nou­veau mo­dèle, en jan­vier 2017.

Le pré­sident croit que ces chan­ge­ments im­por­tants leur per­met­tront d’at­teindre trois ob­jec­tifs dis­tincts, soit d’aug­men­ter le nombre de ventes croi­sées, d’amé­lio­rer l’ef­fi­ca­ci­té des opé­ra­tions de l’en­tre­prise et de per­mettre aux em­ployés de se dé­ve­lop­per dans l’or­ga­ni­sa­tion.

« Nous avons sa­cri­fié un peu l’im­pu­ta­bi­li­té des lignes d’af­faires [ ndlr : en­vers leur propre conseil d’ad­mi­nis­tra­tion] pour nous do­ter d’une struc­ture in­té­grée, afin de cap­ter le plein po­ten­tiel des sy­ner­gies d’af­faires, [ di­mi­nuer] les coûts opé­ra­tion­nels et sti­mu­ler la car­rière et le dé­ve­lop­pe­ment de l’em­ployé », ex­plique-t-il.

Le na­tif de Mont-Lau­rier avait d’ailleurs consta­té que toutes ses l ignes d’af fai res s’étaient dé­ve­lop­pées en marge les unes des autres et qu’il était main­te­nant temps de dé­cloi­son­ner le tout.

Dans un troi­sième temps, Jean-Fran­çois Cha­li­foux s’est at­te­lé à la créa­tion d’un plan stra­té­gique trien­nal. Ce der­nier mise d’ailleurs prin­ci­pa­le­ment sur la crois­sance in­terne pour les trois pro­chaines an­nées, plu­tôt que sur une crois­sance par ac­qui­si­tion.

Jean-Fran­çois Cha­li­foux éva­lue­ra la réus­site de son plan sur l’ap­ti­tude de la so­cié­té à « cap­ter le plein po­ten­tiel de ses clients, par­te­naires de dis­tri­bu­tion et par­te­naires d’af­faires ac­tuels ».

SSQ s’est don­né comme cible 100 M$ de nou­velles primes sous­crites brutes ré­cur­rentes d’ici trois ans, soit à la fin de 2019, liées au dé­cloi­son­ne­ment de l’en­tre­prise.

LE MO­TEUR COL­LEC­TIF

Avec ses 8,29 % de parts de mar­ché, se­lon l’édi­tion 2016 du « Rap­port de l’Au­to­ri­té des mar­chés fi­nan­ciers sur les ins­ti­tu­tions fi­nan­cières », SSQ est le cin­quième as­su­reur au Qué­bec dans le sec­teur de l’as­su­rance vie col­lec­tive.

La lo­co­mo­tive de la so­cié­té est de­puis tou­jours le sec­teur col­lec­tif. La por­tion ac­ci­dents et ma­la­die de ce sec­teur réus­sit d’ailleurs par­ti­cu­liè­re­ment bien. En 2016, les primes di­rectes sous­crites de la so­cié­té y ont at­teint 1,2 G$, ou 18,6 % de parts de mar­ché, der­rière DSF, qui do­mine le sec­teur.

Jean-Fran­çois Cha­li­foux sou­tient que cette force du groupe se main­tien­dra, puis­qu’elle fait par­tie de l’iden­ti­té de SSQ : « C’est le sec­teur dans le­quel notre em­preinte est la plus forte. »

SSQ sert plus de deux mil­lions de clients au Ca­na­da en col­lec­tif, en in­cluant les conjoints et les en­fants à charge, et le pré­sident sou­haite uti­li­ser cette masse cri­tique pour pro­mou­voir l’en­semble de ses fonc­tions d’af­faires.

« Il faut trou­ver com­ment connec­ter notre lo­co­mo­tive aux autres sec­teurs d’af­faires afin d’ali­men­ter leur crois­sance », dit-il.

Il sou­tient que l’ap­pli­ca­tion du nou­veau mo­dèle d’en­tre­prise per­met­tra da­van­tage la liai­son entre l’as­su­rance col­lec­tive et les autres sec­teurs d’ac­ti­vi­té.

« SSQ a 22 mil­lions d’in­ter­ac­tions avec ses clients an­nuel­le­ment, mais est- ce que ces gens savent que nous ne fai­sons pas seule­ment de l’as­su­rance col­lec­tive ? » s’in­ter­roge Jean-Fran­çois Cha­li­foux.

De plus, pour la pé­riode al­lant de 2012 à 2016, la part de mar­ché de SSQ en as­su­rance de per­sonnes au Qué­bec, en primes di­rectes sous­crites, est pas­sée de 9,3 % à 8,5 %.

L’as­su­reur ex­plique que cette va­ria­tion pro­vient du re­trait de SSQ, en 2014, des ré­gimes col­lec­tifs avec ges­tion des adhé­rents.

LE CONSEIL RE­NOU­VE­LÉ

Pour Jean-Fran­çois Cha­li­foux, le conseil au­ra tou­jours sa place dans l’in­dus­trie des ser­vices fi­nan­ciers. Il re­con­naît tou­te­fois que l’as­su­rance de per­sonnes n’est pas à l’abri des bou­le­ver­se­ments tech­no­lo­giques ma­jeurs qui ont eu lieu dans d’autres in­dus­tries.

« Les as­su­reurs et par­ti­cu­liè­re­ment les dis­tri­bu­teurs in­dé­pen­dants de­vront avoir une ou­ver­ture et s’adap­ter », dit-il.

Il s’at­tend à des mo­di­fi­ca­tions im­por­tantes au cours des pro­chaines an­nées dans la fa­çon de conce­voir les pro­duits d’as­su­rance, de les dis­tri­buer et de les gé­rer.

Dès lors, mal­gré le fait que le conseiller fasse tou­jours par­tie de l’équa­tion pour lui, ce der­nier de­vra s’adap­ter à la nou­velle réa­li­té.

« Nous ne sommes pas dans une si­tua­tion où tout le monde est sur­as­su­ré, bien au contraire, in­dique-t-il. Les conseillers de­vront an­ti­ci­per les chan­ge­ments, s’adap­ter à un nou­vel en­vi­ron­ne­ment et sai­sir les oc­ca­sions que ce­la amène. »

Nous sommes condam­nés à of­frir une ex­pé­rience client beau­coup plus in­no­vante et uni­forme dans toutes nos lignes d’af­faires.

– Jean-Fran­çois Cha­li­foux

PHO­TO : DA­VID CANNON

La crois­sance de SSQ pour les trois pro­chaines an­nées pas­se­ra par les ventes croi­sées. Le pré­sident- di­rec­teur gé­né­ral de SSQ s’est don­né comme cible 100 M$ de nou­velles primes sous­crites brutes ré­cur­rentes d’ici la fin de 2019, liées au dé­cloi­son­ne­ment de l’en­tre­prise.

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