Ce que le consom­ma­teur veut

La ri­gi­di­té du sys­tème ban­caire tra­di­tion­nel a me­né la fin­tech à mi­ser sur l’in­no­va­tion.

Finance et Investissement - - NOUVELLES - PAR RI­CHARD CLOUTIER

la crois­sance conti­nue du nombre d’en­tre­prises ac­tives dans le sec­teur de la tech­no­lo­gie fi­nan­cière ( fin­tech) a ir­ré­mé­dia­ble­ment en­traî­né le sec­teur ban­caire vers une nou­velle ère. Le consom­ma­teur, s’il est bé­né­fi­ciaire de ce mou­ve­ment, est aus­si ce­lui qui amène les choses à bou­ger, se­lon des in­ter­ve­nants de l’édi­tion 2017 du Fo­rum in­ter­na­tio­nal des Amé­riques – Confé­rence de Mon­tréal, te­nue en juin.

« PayPal est la pre­mière en­tre­prise à s’être échap­pée du lot et celle que tout le monde a ten­té d’ar­rê­ter », a sou­li­gné d’en­trée de jeu Osa­ma Be­dier, chef de la di­rec­tion de Poynt et co­fon­da­teur de Google Wal­let, dans une confé­rence sous forme de table ronde.

« PayPal s’est dé­ve­lop­pée si ra­pi­de­ment pen­dant que les banques étaient tel­le­ment lentes à ré­agir qu’elle a fi­ni par être consi­dé­rée comme l’en­tre­prise qui per­met­tait de payer en ligne. Des mil­lions de dé­ve­lop­peurs de sites web ont alors choi­si de nous in­té­grer dans leurs sites et ont ain­si contri­bué à faire la pro­mo­tion de notre marque », rap­pelle Osa­ma Be­dier.

Se­lon lui, le mo­dèle des banques consis­tait alors à gar­der les choses dans un état sta­tique et à ne pas prendre de risques. La crois­sance de PayPal, « à une époque où on ne par­lait pas en­core de fin­tech » , dé­montre tou­te­fois à quel point ce mo­dèle tra­di­tion­nel a été for­cé d’évo­luer.

NOU­VEAU PA­RA­DIGME

Avant la crise fi­nan­cière de 2008, le mo­dèle d’af­faires des banques était ba­sé sur la confiance, mais à la suite de cette crise, la marque ban­caire n’avait plus la même va­leur et les consom­ma­teurs ont com­men­cé à ana­ly­ser da­van­tage leurs op­tions, a in­di­qué Osa­ma Be­dier.

Sou­te­nues par les avan­cées tech­no­lo­giques, les op­tions se sont mul­ti­pliées ra­pi­de­ment. Ce­la a mis beau­coup de pres­sion sur les banques afin qu’elles ré­duisent leurs coûts et qu’elles soient da­van­tage agiles, ana­lyse Noah Bres­low, chef de la di­rec­tion d’OnDeck, une firme amé­ri­caine qui a conçu des mo­dèles ana­ly­tiques per­met­tant d’éva­luer la san­té fi­nan­cière de pe­tites en­tre­prises afin de leur of­frir du fi­nan­ce­ment.

Au­pa­ra­vant, pour dé­po­ser un chèque, il fal­lait se rendre en suc­cur­sale. Puis, il est de­ve­nu pos­sible de le dé­po­ser dans un gui­chet au­to­ma­tique. Main­te­nant, on peut ef­fec­tuer cette trans­ac- tion à l’aide de son té­lé­phone in­tel l igent, en scan­nant son chèque. Mal­gré ce­la, il faut en­core se rendre en suc­cur­sale afin d’ou­vrir un compte. Bien­tôt, par la force des choses, cette réa­li­té de­vien­dra un non- sens, car le consom­ma­teur vou­dra réa­li­ser ses tran­sac­tions ins­tan­ta­né­ment, pré­voit Noah Bres­low.

« Ama­zon, no­tam­ment, est en train de re­dé­fi­nir la ma­nière de faire des tran­sac­tions, et leur dé­lai. Les gens veulent ré­pli­quer cette ex­pé­rience dans tous les sec­teurs de leur vie », sou­tient Noah Bres­low.

Il y a 10 ans, les banques re­gar­daient les start-up de haut. Dans les phases ini­tiales de l’ap­pa­ri­tion de la fin­tech, elles af­fron­taient sys­té­ma­ti­que­ment la concur­rence, mais ce n’est plus pos­sible, constate Pe­ter Mi­sek, par­te­naire, IT Ven­ture Fund, qui ani­mait le pa­nel.

Au­jourd’hui, les banques, pour ser­vir plus ef­fi­ca­ce­ment leurs clients, cherchent à col­la­bo­rer avec les pet ites firmes, les

start- up plu­tôt qu’à les com­battre ; elles peuvent ain­si in­té­grer des idées in­no­va­trices à leur pra­tique. Une réa­li­té qui pousse aus­si les ins­ti­tu­tions fi­nan­cières à ap­por­ter des chan­ge­ments struc­tu­rels im­por­tants et même à adap­ter leurs mo­dèles d’af­faires, ajoute-t-il.

Les banques ont dû évo­luer au point de ne plus tout à fait se dé­fi­nir comme des ins­ti­tu­tions fi­nan­cières au sens tra­di­tion­nel du terme, mais plu­tôt comme « des so­cié­tés tech­no­lo­giques of­frant des ser­vices fi­nan­ciers, comme l’a si bien ex­pri­mé Ja­mie Di­mon [ ndlr : PDG de JPMor­gan Chase] », cite Pe­ter Mi­sek.

« Les grandes banques cherchent tant bien que mal à se don­ner une dé­si­gna­tion tech­no­lo­gique, mais en rai­son de leur taille et de celle de leurs sys­tèmes, elles ont sou­vent de la dif­fi­cul­té à réel­le­ment in­no­ver », constate Tom Jes­sop, pré­sident de Chain.

« C’est pour­quoi elles sont confron­tées au di­lemme de tra­vailler de concert avec les fin

techs. Tou­te­fois, les start- up ne voient pas tou­jours l’in­té­rêt d’un tel par­te­na­riat », dit-il

Les fin­techs sont agiles, se dé­ve­loppent sou­vent au sein d’une niche bien pré­cise, et cherchent à com­bler un be­soin bien dé­fi­ni. Il est faux de croire qu’elles ont toutes sys­té­ma­ti­que­ment be­soin des grandes ins­ti­tu­tions pour s’épa­nouir, ajoute Tom Jes­sop.

RÉ­GLE­MEN­TA­TION FI­NAN­CIÈRE

Bien qu’elles évo­luent sou­vent dans le même en­vi­ron­ne­ment, les banques se dis­tinguent des

fin­techs à bien des égards, no­tam­ment en rai­son de leurs obli­ga­tions ré­gle­men­taires, ana­lyse Noah Bres­low.

« L’in­dus­trie des ser­vices fi­nan­ciers est l’une des plus ré­gle­men­tées et il y a de bonnes rai- sons à ce­la. En consé­quence, les banques doivent dé­pen­ser énor­mé­ment pour l’en­ca­dre­ment ré­gle­men­taire, ce que les fin­techs n’ont pas à faire, du moins au dé­part », avance-t-il.

Évo­quant les partenariats stra­té­giques éta­blis entre OnDeck et des banques telles que JPMor­gan Chase, Noah Bres­low pré­cise : « JPMor­gan a dû mettre de cô­té son ar­ro­gance lors­qu’elle a com­men­cé à tra­vailler avec nous, mais nous avons eu pour notre part toute une courbe d’ap­pren­tis­sage à suivre en ma­tière de vé­ri­fi­ca­tion in­terne et de confor­mi­té. Pour être un par­te­naire de confiance d’une ins­ti­tu­tion telle que JPMor­gan ou n’im­porte quelle autre dans ce sec­teur, échouer en ma­tière de confor­mi­té n’est tout sim­ple­ment pas en­vi­sa­geable. »

Tous les par­ti­ci­pants au pa­nel s’en­tendent sur le fait que l’ar­ri­vée de nou­veaux mo­dèles d’af­faires et le dé­ve­lop­pe­ment de nou­veaux pro­duits et ser­vices f in­an­ciers créent beau­coup de pres­sion sur le cadre ré­gle­men­taire en vi­gueur et sur les ré­gu­la­teurs char­gés de le faire ap­pli­quer.

Les en­jeux liés à l’évo­lu­tion de la fin­tech sont nom­breux, par exemple en ma­tière de vie pri­vée et de cybersécurité. La ques­tion de l’en­ca­dre­ment ré­gle­men­taire des fin­techs re­met no­tam­ment en ques­tion l’équi­libre entre la sta­bi­li­té du sys­tème ban­caire et le be­soin d’in­no­va­tion du mar­ché, comme le si­gna­lait PwC dans son édi­tion 2016 du « Rap­port sur les banques ca­na­diennes ». FI

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