À L’AF­FICHE

La no­to­rié­té de l’ACCAP s’est ac­crue de­puis l’ar­ri­vée de Lyne Du­haime.

Finance et Investissement - - LA UNE - PHO­TO : MAR­TIN LAPRISE

Lyne Du­haime, qui di­rige la di­vi­sion qué­bé­coise de l’As­so­cia­tion ca­na­dienne des com­pa­gnies d’as­su­rances de per­sonnes (ACCAP- Qué­bec), sou­haite trou­ver un ter­rain d’en­tente avec l’Au­to­ri­té des mar­chés fi­nan­ciers dans sa ré­flexion sur la ges­tion des risques de conflits d’in­té­rêts liés aux in­ci­ta­tifs en as­su­rance.

lyne du­haime ne di­rige la di­vi­sion qué­bé­coise de l’As­so­cia­tion ca­na­dienne des com­pa­gnies d’as­su­rances de per­sonnes ( ACCAP- Qué­bec) que de­puis 2015, mais elle a dé­jà lais­sé sa marque dans l’in­dus­trie. Son lob­bying a certes contri­bué à ce que les ho­no­raires des phar­ma­ciens soient do­ré­na­vant af­fi­chés sur la fac­ture des Qué­bé­cois lors­qu’ils achètent un mé­di­ca­ment, mais c’est en cou­lisses que son in­fluence est le plus re­mar­quée.

« De­puis que Lyne est en poste, la no­to­rié­té de l’ACCAP- Qué­bec s’est amé­lio­rée. Nous sommes mieux connus des dé­ci­deurs, des par­te­naires et du gou­ver­ne­ment. Les gens vont faire ap­pel plus na­tu­rel­le­ment à nous », ex­plique Yvon Cha­rest, pré­sident et chef de la di­rec­tion d’iA Groupe fi­nan­cier et membre du con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion de l’ACCAP.

Après son ar­ri­vée en poste, Lyne Du­haime s’al­lie deux nou­velles per­sonnes-res­sources, et cherche main­te­nant à en em­bau­cher une troi­sième. « Lyne Du­haime est très orien­tée sur l’ac­tion, ajoute Yvon Cha­rest. Elle a pris les moyens pour que son équipe soit per­for­mante en s’en­tou­rant de bonnes per­sonnes. »

De­ve­nue la pre­mière femme à di­ri­ger l’ACCAP-Qué­bec, Lyne Du­haime se fait re­mar­quer par sa fa­ci­li­té à com­prendre des en­jeux com­plexes et par son ta­lent en re­la­tions in­ter­per­son­nelles et en com­mu­ni­ca­tion, d’après Yvon Cha­rest.

En juin der­nier, elle de­vient la vice- pré­si­dente prin­ci­pale à la dis­tri­bu­tion à l’échelle ca­na­dienne de l’ACCAP, une re­con­nais­sance de ses « grandes com­pé­tences », d’après Yvon Cha­rest. « On a re­don­né un dy­na­misme à l’ACCAP- Qué­bec. Ça a été pos­sible grâce à mon équipe », dit hum­ble­ment Lyne Du­haime.

Ce sont d’im­por­tantes réa­li­sa­tions pour cette avo­cate spé­cia­li­sée en ré­gimes de re­traite et en as­su­rances de per­sonnes qui a pour tant ré­pon­du « non » lors­qu’un chas­seur de têtes l’a d’abord ap­pro­chée pour oc­cu­per son poste ac­tuel. Un ca­fé avec ce­lui- ci l’a tou­te­fois fait chan­ger d’avis.

« Je ne re­grette rien, dit- elle. Mon ar­ri­vée en poste était comme une longue boucle qui se re­ferme. Je suis re­ve­nue dans une in­dus­trie que j’avais connue. »

D’UN NOU­VEAU DÉ­PART À L’AUTRE

Le par­cours pro­fes­sion­nel de Lyne Du­haime est ponc­tué de plu­sieurs nou­veaux dé­parts, un peu comme son par­cours uni­ver si ta i re, d’a i l leur s. Lors­qu’elle était jeune adulte, Lyne Du­haime n’a ja­mais pen­sé de­ve­nir avo­cate.

« Mon rêve de jeune ado­les­cente était d’être comme Ma­rie Cu­rie. J’ado­rais les sciences et je pen­sais que j’al­lais être une scientifique et tra­vailler à l’Ins­ti­tut Pas­teur », ra­conte celle qui est ori­gi­naire de Drummondville.

Après avoir com­men­cé des études uni­ver­si­taires en bio­tech­no­lo­gie, elle se heurte à un mi­lieu plus aride qu’elle ne l’ima­gi­nait. Elle aime les ma­thé­ma­tiques, les sciences et fait alors une de­mande d’ad­mis­sion à dif­fé­rents pro­grammes, dont le droit.

Elle s’est dé­cou­vert une pas­sion pour cette dis­ci­pline dès son pre­mier cours sur l’histoire du droit, à l’Uni­ver­si­té de Sher­brooke. « Le droit per­met de com­prendre le monde, la so­cié­té dans la­quelle on vit », dit Lyne Du­haime.

Après avoir été as­so­ciée au ca­bi­net Sti­ke­man El­liott, de 1990 à 1996, elle plonge dans le mi­lieu de l’as­su­rance, comme conseillère ju­ri­dique à la Fi­nan­cière Sun Life, de 1996 à 1999. Elle y fait sa place avant de par­tir tra­vailler à Londres, en An­gle­terre, pour BNP Pa­ri­bas UK, de sep­tembre 1999 à juin 2001.

L’un de ses trois en­fants y voit le jour. Forte de cette ex­pé­rience in­ter­na­tio­nale, elle rentre à Mont­réal tra­vailler pour la Sun Life, dans une pra­tique da­van­tage axée sur l’as­su­rance col­lec­tive.

Ro­bert Le­beau, qui a été son pa­tron chez l’assureur, est heu­reux de l’em­bau­cher une deuxième fois, ra­conte- t- i l : « Dans le do­maine de l’as­su­rance, elle a pris ra­pi­de­ment un rôle im­por­tant. Elle était très ap­pré­ciée des clients et elle tra­vaillait très bien. De sorte que quand elle nous a quit­tés [ une se­conde fois], nous avons été un peu tristes. »

« J’avais 35 ans, je ve­nais d’avoir un troi­sième en­fant et j’avais la bou­geotte. J’avais en­vie de plus, re­late-t- elle. J’ai dé­ci­dé de re­ve­nir en pra­tique pri­vée [ comme as­so­ciée chez Fas­ken Mar­ti­neau, de 2005 à 2012]. J’ai dé­ve­lop­pé ma pra­tique en ré-

gimes de re­traite, un sec­teur que je trou­vais fas­ci­nant. »

Cet in­té­rêt l’a aus­si ame­née à tra­vailler quelques an­nées au sein de l’équipe de consul­ta­tion de Mor­neau She­pell. « Les ré­gimes de re­traite, c’est très com­plexe et hy­per­tech­nique. En fin de compte, il faut que tu te de­mandes com­ment ça cadre avec les en­jeux de so­cié­té comme l’es­pé­rance de vie ou la pau­vre­té à la re­traite », ex­plique Lyne Du­haime.

Ro­bert Le­beau, qui a col­la­bo­ré avec le pré­dé­ces­seur de Lyne Du­haime à l’ACCAP-Qué­bec, Yves Millette, n’a pas hé­si­té à la re­com­man­der pour le poste de pré­si­dente de l’or­ga­ni­sa­tion. « C’est un poste très dif­fi­cile. Il faut at­teindre des com­pro­mis entre des per­sonnes qui ont des in­té­rêts, des en­jeux et une pers­pec­tive dif­fé­rents. Le dan­ger est de ne ja­mais rien faire. Je pen­sais que Lyne se­rait ex­cel­lente, étant don­né son in­tel l igence des en­jeux et des per­sonnes, son ap­ti­tude à né­go­cier et à trai­ter avec ces per­sonnes », note-t-il.

IM­POR­TANTE EMPATHIE

De­puis son ar­ri­vée en poste, elle et son équipe de cinq per­sonnes doivent aus­si in­ter­agir avec des gens qui tra­vaillent au­près des ré­gu­la­teurs et dif­fé­rents mi­nis­tères.

« Quo­ti­dien­ne­ment, je dois créer des consen­sus : entre concur­rents, entre l’in­dus­trie et les ré­gu­la­teurs, entre mon in­dus­trie et le gou­ver­ne­ment, dit Lyne Du­haime. Il n’y a pas de re­cette ma­gique : il faut es­sayer de com­prendre l’autre per­sonne, ce qui la dé­range. »

Au mo­ment de l’en­tre­vue, l’équipe de l’ACCAP- Qué­bec at­ten­dait im­pa­tiem­ment le dé­pôt d’un pro­jet de loi om­ni­bus qui mo­di­fie­ra les lois du sec­teur fi­nan­cier, dont la Loi sur la dis­tri­bu­tion de pro­duits et ser­vices fi

nan­ciers ( LDPSF) et la Loi sur les as­su­rances ( NDLR: le pro­jet de loi 141 a été dé­po­sé la veille de la tom­bée du pré­sent nu­mé­ro).

L’ACCAP com­prend que le gou­ver­ne­ment at­tri­bue aux as­su­reurs une cer­taine res­pon­sa­bi­li­té au mo­ment de la dis­tri­bu­tion d’une po­lice d’as­su­rance, avec ou sans re­pré­sen­tant, et ne s’y op­pose pas. Elle es­père que l’éven­tuelle loi leur ac­corde suf­fi­sam­ment de sou­plesse.

« Ça ne veut pas dire que le conseiller n’a pas de va­leur. Au contraire, il en a une et il est pré­fé­rable qu’il y ait des conseillers. Mais on vit dans un monde où la vente par In­ter­net prend de l’am­pleur. Cette concur­rence pour­rait ve­nir de là », dit Lyne Du­haime.

« On pense que les as­su­reurs n’ont pas avan­tage à dis­tri­buer cer­tains pro­duits par In­ter­net, parce que le consommateur ne se­ra pas bien ser­vi. On s’at­tend à ce que la loi nous im­pose cer­taines res­tric­tions », ajoute-t-elle.

L’ACCAP compte 19 man­dats ac­tifs au Re­gistre des lob­byistes du Qué­bec, et 37 per­sonnes ins­crites comme lob­byistes, no­tam­ment afin de rap­pe­ler au gou­ver­ne­ment que l’in­dus­trie de l’as­su­rance de per­sonnes em­ploie 30 000 per­sonnes au Qué­bec.

Pour un de ces man­dats, l’ACCAP a con­vain­cu les au­to­ri­tés fis­cales de sus­pendre l’en­voi d’avis de co­ti­sa­tion aux agents gé­né­raux pour non-paie­ment de taxe d’ac­cise. Ceux- ci s’op­posent à l’in­ter­pré­ta­tion des au­to­ri­tés fis­cales se­lon la­quelle leur ser­vice d’in­ter­mé­diaire entre les clients et les as­su­reurs se­rait taxable. Ce mo­ra­toire ne marque tou­te­fois pas la fin de ce li­tige, qui che­mine len­te­ment.

Au mo­ment de met tr e sou s presse, le mé­moire de l’ACCAP en ré­ponse au do­cu­ment de ré­flexion sur la ges­tion des risques de conflits d’in­té­rêts liés aux in­ci­ta­tifs en as­su­rance n’avait pas en­core été ren­du pu­blic.

Se­lon ce do­cu­ment de ré­flexion, l’Au­to­ri­té des mar­chés fi­nan­ciers ( AMF) at­tri­bue un risque faible de conflit d’in­té­rêts à la ré­mu­né­ra­tion sous forme de sa­laire, soit un mode de ré­tri­bu­tion qu’on ob­serve dans les ré­seaux car­rière. Or, d’après l’AMF, deux formes de ré­mu­né­ra­tion liées à la dis­tri­bu­tion in­dé­pen­dante com­portent des risques su­pé­rieurs : la com­mis­sion, qui consti­tue un risque moyen, et les bo­nis de per­for­mance éva­lués en fonc­tion de l’at­teinte d’un seuil de vo­lume de primes, dont le risque est ju­gé éle­vé.

« Si on ex­plique à l’AMF qu’on vise un ni­veau de pro­duc­tion mi­ni­mal parce que, à dé­faut de quoi, le re­pré­sen­tant ne pour­ra pas sur­vivre et de­vra quit­ter l’in­dus­trie, l’AMF va com­prendre que c’est tout à fait rai­son­nable. Sur­tout si, par ailleurs, les en­tre­prises ont de bonnes pra­tiques de confor­mi­té », dit Yvon Cha­rest.

L’ACCAP sou­ha ite aus si ac­cé­der à l’en­semble des tests gé­né­tiques faits par le client, af in d’évi­ter « la hausse de primes cau­sée par l’asy­mé­trie d’in­for­ma­tion entre l’as­su­ré et l’assureur » . Se­lon l’or­ga­ni­sa­tion, la loi ca­na­dienne sur la non- dis­cri­mi­na­tion gé­né­tique adop­tée ré­cem­ment « est in­cons­ti­tu­tion­nel le » , puisque l’as­su­rance est de com­pé­tence pro­vin­ciale.

Le lob­by prône aus­si une meilleure di­vul­ga­tion des frais au­tant pour les fonds d’in­ves­tis­se­ment que pour les fonds dis­tincts. Pour ces deux pro­duits, l’en­semble des coûts de­vrait être mieux dé­taillé. Par exemple, l’ACCAP pro­pose que, dans le cas des fonds dist incts, on scinde en trois élé­ments le ra­tio des frais de ges­tion, soit les frais d’ad­mi­nis­tra­tion, de dis­tri­bu­tion et d’as­su­rance.

« Le Mo­dèle de re­lat ion client-conseiller phase 2 ( MRCC 2) est in­com­plet » , es­time Lyne Du­haime. On veut évi­ter qu’il ne désa­van­tage les as­su­reurs sim­ple­ment parce que leur mo­dèle de dis­tri­bu­tion est dif­fé­rent de ce­lui des banques, par exemple.

L’ACCAP en­tend éga­le­ment col­la­bo­rer avec le gou­ver­ne­ment du Qué­bec, qui sou­haite mettre fin par­tiel­le­ment aux ces­sions de po­lices d’as­su­rance à des fins via­tiques, aus­si connues sous le nom de via­ti­cal and life set­tle

ments. « On veut s’as­su­rer qu’il ne se dé­ve­lop­pe­ra pas une bu­si

ness des life set­tle­ments, ce qui n’em­pê­che­ra pas une per­sonne de cé­der sa po­lice à un tiers dans cer­taines condi­tions », note Lyne Du­haime.

Mon rêve de jeune ado­les­cente était d’être comme Ma­rie Cu­rie.

— Lyne Du­haime

PHO­TO : MAR­TIN LAPRISE

« Le conseiller a une va­leur, et il est pré­fé­rable qu’il y ait des conseillers. Mais on vit dans un monde où la vente par In­ter­net prend de l’am­pleur. Cette concur­rence pour­rait ve­nir de là », dit Lyne Du­haime, qui est de­ve­nue en juin la vice- pré­si­dente prin­ci­pale à la dis­tri­bu­tion à l’échelle ca­na­dienne de l’ACCAP.

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