Les banques conti­nuent de mi­ser sur ces pro­duits.

Les banques en of­fri­ront en­core.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR GUILLAUME POU­LIN- GOYER

les fonds com­muns de pla­ce­ment ( FCP) in­di­vi­duels re­viennent en force de­puis le dé­but de l’an­née.

Chaque mois, de jan­vier à août, les FCP in­di­vi­duels ( stand- alone

funds) ont af­fi­ché des ventes nettes po­si­tives sur­clas­sant même, en jan­vier et fé­vrier, les ventes nettes de fonds de fonds com­muns, se­lon l’Ins­ti­tut des fonds d’in­ves­tis­se­ment du Ca­na­da.

Ain­si, les ventes nettes de fonds com­muns in­di­vi­duels à long terme s’éle­vaient à 15,4 G$ de jan­vier à août 2017, par rap­port à des ventes nettes de fonds de fonds à long terme de 21,8 G$ du­rant la même pé­riode. En com­pa­rai­son, pour toute l’an­née 2016, les FCP in­di­vi­duels ont en­re­gis­tré des ra­chats nets de 6,8 G$, alors que les fonds de fonds af­fi­chaient des ventes nettes de 36,6 G$, d’après Stra­te­gic In­sight.

La fin des ra­chats nets de FCP in­di­vi­duels en 2017 est en quelque sorte un re­tour à la tendance des cinq der­nières an­nées. Se­lon cette der­nière, les FCP in­di­vi­duels af­fichent des ventes nettes certes, mais plus faibles que celles des fonds de fonds, les ventes des pre­miers re­pré­sen­tant de 5 à 60 % de celles des se­conds.

Une com­bi­nai­son de ten­dances struc­tu­relles et conjonc­tu­relles ex­plique ces chiffres.

Sur le plan conjonc­tu­rel, l’ac­tuel mar­ché haus­sier y est pour quelque chose, se­lon Dan Hal­lett, vice-pré­sident et as­so­cié, ges­tion d’ac­tifs, chez HighView Fi­nan­cial

Group. « Cer­tains clients sont dé­çus par la per­for­mance de leurs por­te­feuilles plus conser­va­teurs. En consé­quence, les nou­veaux ac­tifs et cer­tains ac­tifs exis­tants sont re­di­ri­gés des fonds de fonds et vers des fonds in­di­vi­duels. Quand le mar­ché bais­sier nous frap­pe­ra, je m’at­tends à ce que cette tendance à court terme s’in­verse et s’aligne sur la tendance à plus long terme qui fa­vo­rise les fonds équi­li­brés et les fonds de fonds. »

De plus, en 2017, « les gens ont cher­ché à ob­te­nir une ex­po­si­tion à cer­taines ca­té­go­ries d’ac­tif, comme les fonds d’ac­tions amé­ri­caines et les fonds in­ter­na­tio­naux, et cer­tains man­dats de titres à re­ve­nu fixe », ajoute James Gau­thier, chef de la re­cherche sur les fonds chez In­dus­trielle Al­liance Va­leurs mo­bi­lières.

Sur le plan struc­tu­rel, plu­sieurs fac­teurs ex­pliquent la do­mi­nance des fonds de fonds, dont la force des ré­seaux de dis­tri­bu­tion des banques et des caisses, qui offrent prin­ci­pa­le­ment des fonds de fonds.

« Ce phé­no­mène se pro­duit de­puis plu­sieurs an­nées, dit James Gau­thier. Les suc­cur­sales ban­caires ont vrai­ment le meilleur ré­seau de dis­tri­bu­tion. Beau­coup de consom­ma­teurs y entrent et elles es­saient de ti­rer pro­fit de leur ca­pa­ci­té à me­ner des ac­ti­vi­tés de ges­tion de pa­tri­moine. »

Les grands ré­seaux de dis­tri­bu­tion ban­caires, dont les conseillers sont en gé­né­ral moins qua­li­fiés, ont da­van­tage be­soin de conseils stan­dar­di­sés, sout ient Dan Hal­lett : « Tous ceux à qui j’ai par­lé et qui ont re­çu des conseils en in­ves­tis­se­ment dans une suc­cur­sale ban­caire ont sui­vi un pro­ces­sus d’ana­lyse de leur pro­fil de risque as­sez simple et iden­tique, pas un vé­ri­table pro­ces­sus de pla­ni­fi­ca­tion fi­nan­cière. En­suite, ils ont été di­ri­gés vers l’un des fonds de fonds de la banque, plu­tôt que vers une com­bi­nai­son de FCP in­di­vi­duels d’ac­tions et d’obli­ga­tions. »

Le be­soin de stan­dar­di­ser le pro­ces­sus d’in­ves­tis­se­ment n’est pas stric­te­ment l’apa­nage des suc­cur­sales ban­caires ou des caisses, ajoute Dan Hal­lett : « Au fil des ans, pour une pra­tique plus ef­fi­cace, les coachs de conseillers ont pré­co­ni­sé l’uti­li­sa­tion de fonds de fonds pour de nom­breux clients. L’uti­li­sa­tion de fonds équi­li­brés et de fonds de fonds est sen­sée pour de nom­breuses si­tua­tions simples, dans le cas de clients dé­bu­tants ou dont le compte est de pe­tite taille. »

En outre, des con­seil lers adoptent de plus en plus les fonds de fonds ( fund wraps), d’après une étude de Stra­te­gic In­sight. D’abord, plu­sieurs ma­nu­fac­tu­riers de fonds offrent des so­lu­tions de ce genre pour les clients bien na nt i s, comme le Pro­gramme de pla­ce­ment pri­vé de Fi­de­li­ty, et ces so­lu­tions sus­citent un cer­tain in­té­rêt chez les conseillers.

De plus, une tendance s’ac­cen­tue chez les conseillers en pla­ce­ment et les conseillers qui ne tra­vaillent pas dans les ré­seaux ban­caires : « ils "aban­donnent" une par­tie des dé­ci­sions d’al­lo­ca­tion d’ac­tifs aux ges­tion­naires d’ac­tifs pro­fes­sion­nels. Cette tendance était mar­gi­nale il y a 10 ans », d’après cette étude. Ce­la sti­mule la vente de fonds de fonds.

Dan Hal­lett ob­serve cette tendance, mais James Gau­thier émet des ré­serves : « Les conseillers ont des exi­gences sur le plan de la connais­sance du client. Cer­taines ca­té­go­ries d’ac­tif sont liées à cer­tains ob­jec­tifs et si vous dé­viez trop du plan, vous al­lez avoir un dra­peau rouge de la confor­mi­té. L’al­lo­ca­tion d’ac­tif doit être faite par le conseiller. »

L’étude de Stra­te­gic In­sight sou­tient aus­si que les conseillers en pla­ce­ment ont adop­té de ma­nière im­por­tante les comptes à ho­no­ra i res et la gest ion dis­cré­tion­naire : « Dans les pro- grammes dis­cré­tion­naires qui gagnent du ter­rain, les FCP ne sont pas une op­tion de pla­ce­ment pri­vi­lé­giée. Ce fait, ju­me­lé au fait qu’on s’at­tarde da­van­tage au coût et à la va­leur du con­seil, a sti­mu­lé la crois­sance des fonds né­go­ciés en Bourse ( FNB) dans ce ré­seau de dis­tri­bu­tion, et ce, aux dé­pens à la fois des fonds gé­rés ac­ti­ve­ment et des titres fi­nan­ciers in­di­vi­duels ».

Se­lon James Gau­thier, les suc­cur­sales ban­caires conti­nue­ront de dis­tri­buer des fonds de fonds. Les éven­tuelles nou­velles exi­gences en ma­tière de connais­sance du pro­duit de la part des conseillers au­ront aus­si un im­pact, qui dé­pen­dra de ces exi­gences. « Dans le fu­tur, les cour­tiers pour­raient res­treindre les pro­duits dis­po­nibles dans les éta­gères des conseillers en ré­ponse aux chan­ge­ments dans la ré­gle­men­ta­tion. Et ce­la in­fluen­ce­ra où l’ar­gent va », dit James Gau­thier. Des exi­gences ac­crues en ma­tière de connais­sance du pro­duit pour­raient éven­tuel­le­ment nuire aux ventes de FCP in­di­vi­duels, alors qu’un pos­sible en­ca­dre­ment de l’offre de pro­duits mai­son au­rait peut- être l’ef­fet in­verse.

Il reste que la per­for­mance des FCP par rap­port à celle des pro­duits concur­rents pè­se­ra lourd dans l’adop­tion fu­ture des FCP in­di­vi­duels, des fonds de fonds ou des FNB, se­lon Dan Hal­lett.

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