La py­ra­mide des âges est en mu­ta­tion.

Dès 2030, il y au­ra au­tant de gens en dé­cais­se­ment que d’épar­gnants pour la re­traite.

Finance et Investissement - - LA UNE -

se­lon les chiffres du re­cen­se­ment de 2016, le Ca­na­da compte ac­tuel­le­ment 5 911 480 en­fants de 0 à 14 ans par rap­port à 6 208 375 hommes et femmes de 65 ans et plus.

L’écar t se creu­se­ra dans les an­nées à ve­nir puisque Sta­tis­tique Ca­na­da pré­voit qu’en 2036, les en­fants de 0 à 14 ans to­ta­li­se­ront 6 701 710 per­sonnes et le nombre d’aî­nés de 65 ans et plus bon­di­ra à 10 302 595. « Le phé­no­mène consis­tant à avoir un plus grand nombre de per­sonnes âgées que d’en­fants s’ob­serve aus­si ail leurs dans le monde » , in­dique Fré­dér ic Payeur, dé­mo­graphe à l’Ins­ti­tut de la sta­tis­tique du Qué­bec. Il sou­ligne qu’au Qué­bec, le ba­by- boom a été plus ac­cen­tué après la Deuxième Guerre mon­diale.

« C’est un dé­fi qu’il ne faut pas mi­ni­mi­ser, mais il ne faut pas non plus l’exa­gé­rer », pré­vient Fré­dé­ric Payeur.

Pa­ral­lè­le­ment, l’Ins­ti­tut es­time que d’ici 20 ans, le nombre de per­sonnes ac­tives sur le mar- ché du tra­vail se­ra moins éle­vé que ce­lui des per­sonnes à la re­traite. En 2037, on comp­te­ra 895 000 per­sonnes de 65 ans et plus, par rap­port à un re­cul de 70 000 per­sonnes chez les 20 à 64 ans.

QUATRE FAC­TEURS IM­POR­TANTS

Le dé­mo­graphe re­lève quatre as­pects im­por­tants de la py­ra­mide des âges. Tout d’abord, la re­traite est un phé­no­mène pro­gres­sif. « Tous les tra­vailleurs ne partent pas à la re­traite à 60 ou 65 ans, ce qui contri­bue­ra, dit-il, à adou­cir la courbe ou la ra­pi­di­té de la py­ra­mide. »

En se­cond lieu, les femmes ba­by- boo­mers sont beau­coup plus nom­breuses à res­ter sur le mar­ché du tra­vail que les femmes des gé­né­ra­tions pré­cé­dentes, qui ont été his­to­ri­que­ment moins nom­breuses à tra­vailler. Ce fac­teur a pour ef­fet, se­lon Fré­dé­ric Payeur, d’at­té­nuer la baisse de la po­pu­la­tion ac­tive. Troi­siè­me­ment, la gé­né­ra­tion dite des mil­lé­niaux, soit les 15 à 34 ans, ar­rive sur le mar­ché du tra­vail. Cer­tains y entrent plus tôt, alors que d’autres font de longues études avant de de­ve­nir tra­vailleurs à temps plein.

En­fin, le nombre de per­sonnes de 55 ans et plus qui conti­nuent à tra­vailler a aug­men­té au cours des der­nières an­nées. Se­lon l’« An­nuaire qué­bé­cois des sta­tis­tiques du tra­vail », le nombre de per­sonnes de 55 ans et plus sur le mar­ché du tra­vail a aug­men­té de sept points de 2004 à 2014.

Tous ces élé­ments font que les as­su­reurs et les ges­tion­naires de fonds doivent adap­ter leur offre de ser­vices à cette nou­velle confi­gu­ra­tion so­ciale.

SA­TIS­FAIRE LES BE­SOINS DE TOUTES LES TRANCHES D’ÂGE

Il n’est plus pos­sible de com­pa­rer le com­por­te­ment des consom­ma­teurs d’au­jourd’hui à ce­lui des consom­ma­teurs d’il y a 30 ans, no­tam­ment en as­su­rance vie. « Jus­qu’au tour­nant des an­nées 1980, l’as­su­rance vie consti­tuait avant tout un rem­pla­ce­ment de re­ve­nus en cas de dé­cès. Nous sommes main­te­nant dans la pla­ni­fi­ca­tion de la re­traite, la pla­ni­fi­ca­tion suc­ces­so­rale et l’op­ti­mi­sa­tion fis­cale. L’as­su­rance vie de­meure alors un ou­til fi­nan­cier fis­ca­le­ment avan­ta­geux », ob­serve An­dré Lan­glois, vice- pré­sident, As­su­rance des par­ti­cu­liers chez Des­jar­dins As­su­rances. Il ajoute que le sec­teur de l’as­su­rance vie a été très vi­gou­reux au cours des der­nières an­nées, si­gna­lant no­tam­ment qu’il est de plus en plus cou­rant de voir un client de 75, 80 ou 85 ans contrac­ter une as­su­rance vie.

Ges­tion­naire de por­te­feuille chez Des­ja rdins Ges­tion in­ter­na­tio­nale d’ac­tifs, Jo­ce­lyn Bis­son­nette se penche sur deux seg­ments de la po­pu­lat ion, soit les in­ves­tis­seurs de 45 à 65 ans au som­met de leur ca­pa­ci­té d’épargne, et ceux qu’il ap­pelle les dé­cais­seurs, c’est- à- dire les gens qui ar­rivent à la re­traite et qui com­mencent à re­ti­rer l’ar­gent de leurs fonds. « On s’aper­çoit que vers 2030, nous au­rons un ra­tio de 1 pour 1 ; il y au­ra au­tant de gens qui re­ti­re­ront l’ar­gent de leurs fonds d’épargne que de gens qui contri­bue­ront à leurs fonds » , rap­porte-t-il.

Un constat qu’il juge d’au­tant plus im­por­tant que, se­lon lui, le nombre d’in­ves­tis­seurs au som­met de leur ca­pa­ci­té d’épargne a di­mi­nué de­puis 2011-2012, et la gé­né­ra­tion sui­vante in­ves­ti­ra moins, ce qui fe­ra chu­ter la de­mande de pro­duits d’in­ves­tis­se­ment. De ce fait, fait- il re­mar­quer, la de­mande aug­men­te­ra pour des pro­duits en ac­tions qui offrent des di­vi­dendes, des pro­duits à re­ve­nu fixe ain­si que des obli­gat ions qui off rent du ren­de­ment.

An­dré Lan­glois sou­tient que de leur cô­té, les jeunes gé­né­ra­tions ont des be­soins dif­fé­rents. Par exemple, elles optent par­fois pour que le pro­duit de l’as­su­rance vie soit ver­sé de fa­çon men­suelle à leurs par­te­naires, à leurs hé­ri­tiers ou à d’autres. « Donc, les pro­duits pour­raient êt re ap­pe­lés à chan­ger » , avance- t- i l . Pre­mier v ice­pré­sident, Stra­té­gies et ges­tion de l’offre chez SSQ Groupe fi­nan­cier, Éric Tru­del abonde dans ce sens. « Oui, les 15 à 34 ans ont des be­soins dif­fé­rents. Nous de­vons nous adap­ter au cha­pitre des pro­duits et de la fa­çon de les li­vrer. C’est ce qui a ame­né, par exemple, de­puis quelques an­nées, les ré­gimes f lexibles en as­su­rance col­lec­tive », af­firme-t-il.

Il ex­plique que beau­coup d’em­ployeurs offrent un ré­gime de base com­pre­nant des pro­tec­tions en as­su­rance vie, en as­su­rance sa­laire et en as­su­rance san­té, et donnent des cré­dits flexibles qui per­mettent aux as­su­rés de choi­sir des ga­ran­ties ad­dit ion­nel les se­lon leurs propres be­soins. « Les plus jeunes font des choix dif­fé­rents des gens de 40 ans et de 55 ans », ajoute Éric Tru­del.

L’ASLD AU­RA LA COTE

Tant Des­jar­dins que SSQ Groupe fi­nan­cier le confirment : l’as­su­rance soins de longue du­rée de­vien­dra un pro­duit d’as­su­rance très re­cher­ché, même si les ventes an­nuelles sont ac­tuel­le­ment ané­miques. « Tôt ou tard, ça de­vien­dra la res­pon­sa­bi­li­té des in­di­vi­dus de pré­voir aus­si leur fi­let de sé­cu­ri­té so­ciale, et ce­la chan­ge­ra aus­si le mar­ché de la pla­ni­fi­ca­tion de la re­traite », ex­plique An­dré Lan­glois.

Éric Tru­del dé­crit quatre risques de la vie : ce­lui de mou­rir jeune, de vivre vieux, d’être ma­lade et de de­ve­nir dé­pen­dant. L’as­su­rance soins de longue du­rée s’ins­crit dans ce der­nier risque. « Si je me pro­jette dans 15 ans en 2032, je ne vois pas comment l’as­su­rance soins de longue du­rée, sous une forme ou une autre, ne se­ra pas un des gros pro­duits en as­su­rance de per­sonnes », lance-t-il.

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