Ne lar­guez pas les obli­ga­tions tout de suite.

Leur faible cor­ré­la­tion avec les ac­tions di­ver­si­fie les por­te­feuilles.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR SO­PHIE STI­VAL

les taux d’in­té­rêt sont for­te­ment en hausse au Ca­na­da. Ceux à court terme se font par­ti­cu­liè­re­ment mal­me­ner. Est- ce le mo­ment de se dé­par­tir de ses fonds d’obli­gat ions ? Cer­tai­ne­ment pas, disent les ex­perts consul­tés.

Pour toute l’an­née 2016, les ventes nettes de fonds com­muns de pla­ce­ment obli­ga­taires au pays ont re­pré­sen­té 8,4 % de l’ac­tif to­tal en FCP obli­ga­taires de jan­vier 2016, se­lon In­ves­tor Eco­no­mics. Mal­gré la hausse mar­quée des taux d’in­té­rêt de­puis quelques mois, les ventes nettes de­meurent po­si­tives cette an­née, se­lon les don­nées de l’Ins­ti­tut des fonds d’in­ves­tis­se­ment du Ca­na­da, y com­pris en sep­tembre, alors que la Banque du Ca­na­da aug­men­tait de 25 points de base son taux di­rec­teur, le 6 sep­tembre.

« L’in­dice obli­ga­taire uni­ver­sel au Ca­na­da a per­du 1 % de sa va­leur en sep­tembre et est en re­cul de 3 % pour l’an­née au 30 sep­tembre. Ces faibles rendements sont sus­cep­tibles d’avoir à court terme des ré­per­cus­sions né­ga­tives sur les flux de ca­pi­taux dans le mar­ché obli­ga­taire. Au cours de l’an­née écou­lée, cer­tains fonds comme le fonds de re­ve­nu men­suel Pim­co et le fonds à re­ve­nu stra­té­gique Ma­nu­vie ont ti­ré leur épingle du jeu et ont vu leurs ac­tifs croître pas­sa­ble­ment pen­dant cette pé­riode. Leurs stra­té­gies ne sont pas clas­siques ( plain

va­nilla) et peuvent in­clure des obli­ga­tions hy­po­thé­caires étran­gères, des titres à ren­de­ment éle­vé et des obli­ga­tions sou­ve­raines de pays étran­gers » , sou­ligne James Gau­thier, chef de la re­cherche sur les fonds chez In­dus­trielle Al­liance Va­leurs mo­bi­lières.

Par ailleurs, la sous- ca­té­go­rie des fonds d’obli­ga­tions étran­gères a éga­le­ment bien per­for­mé en 2016 et de­puis le dé­but de 2017, en­re­gis­trant une crois­sance de ses ac­tifs ain­si que des ventes nettes po­si­tives, se­lon In­ves­tor Eco­no­mics. Les en­trées de ca­pi­taux dans plu­sieurs fonds mon- diaux de re­ve­nu fixe sans contraintes ont été ap­pré­ciables, se­lon Dan Hal­lett, ana­lyste de fonds et vice- pré­sident de HighView Fi­nan­cial Group. Les fonds sans contraintes cher­che­ront à gé­né­rer du ren­de­ment en in­ves­tis­sant dans plu­sieurs ca­té­go­ries d’ac­tifs et di­vers sec­teurs. L’uti­li­sa­tion d’ins­tru­ments dé­ri­vés est par­fois per­mise. Ils ne sont gé­né­ra­le­ment pas liés à un in­dice de ré­fé­rence.

« Il est tou­te­fois beau­coup plus dif­fi­cile de pré­voir ce qui ar­ri­ve­ra dans les pro­chains mois, vu la hausse ap­pré­ciable des taux cette an­née au Ca­na­da », af­firme Dan Hal­lett. Par exemple, le taux des obli­ga­tions du gou­ver­ne­ment ca­na­dien à échéance à deux ans a presque tri­plé de­puis douze mois, pas­sant de 0,55 à 1,60 % en sep­tembre der­nier.

« Les mou­ve­ments d’ac­tif dans les fonds de re­ve­nu fixe sont bien sou­vent le re­flet de la per­for­mance ré­cente, et donc pas­sée, de cette ca­té­go­rie d’ac­tif plu­tôt que du ren­de­ment at­ten­du dans le fu­tur » , ob­serve Mi­chael McHugh, vice-pré­sident et ges­tion­naire de por­te­feuille chez Ges­tion d’ac­tifs 1832. Ce der­nier su­per­vise la ges­tion d’en­vi­ron 7 G$ d’ac­tif en re­ve­nu fixe pour les fonds Dy­na­mique.

« L’en­goue­ment pour les fonds à haut ren­de­ment suit une pé­riode de bonne per­for­mance pour cet te ca­té­gor ie de titres. On se tourne vers des ca­té­go­ries d’ac­tifs plus ris­qués, alors que la com­pen­sa­tion en fonc­tion du risque pour l’in­ves­tis­seur est à son plus bas de­puis plu­sieurs an­nées », constate le por­te­feuilliste.

« Comme in­ves­tis­seur, on doit plu­tôt se de­man­der quelle est la bonne com­po­sante de risque à dé­te­nir dans le por­te­feuille lors­qu’on dé­ter­mine l’al­lo­ca­tion des ac­tifs. Ce­ci in­clut le type de cré­dit, la du­rée et la com­po­si­tion sec­to­rielle des titres. Ne sa­chant pas ce que nous ré­serve l’ave­nir, il faut dé­ter­mi­ner quel com­pro­mis est ac­cep­table et jus­ti­fie d’aug­men­ter ces risques si les choses ne se passent pas comme pré­vu. On veut évi­ter de sur­pon­dé­rer ou de sous- pon­dé­rer cer­taines ca­té­go­ries d’ac­tifs », ajoute Mi­chael McHugh.

« Tout ce qui concerne le cré­dit cor­po­ra­tif nous semble ac­tuel­le­ment cher. Nous avons donc di­mi­nué nos po­si­tions dans les obli­ga­tions à ren­de­ment éle­vé. Dans notre por­te­feuille de titres de bonne qua­li­té ( in­vest­ment

grade), nous avons aug­men­té la qua­li­té du cré­dit tout en ré­dui­sant lé­gè­re­ment notre du­ra­tion », pré­cise-t-il.

PLAI­DOYER POUR LA QUA­LI­TÉ

De­puis un an, les taux d’in­té­rêt sont en hausse et pour­raient mon­ter en­core dans les pro­chains mois, par­ti­cu­liè­re­ment dans le seg­ment à court terme de la courbe, se­lon James Gau­thier : « Nous ne sommes ce­pen­dant pas des pré­vi­sion­nistes de taux d’in­té­rêt. Nous croyons que les obli­ga­tions de grande qua­li­té doivent faire par­tie d’un por­te­feuille afin de jouer leur rôle de fi­let de sé­cu­ri­té et de pro­tec­tion dans le cas d’une ré­ces­sion ou d’une ca­tas­trophe bour­sière. Ceux qui dé­tiennent des obli­ga­tions pour cette rai­son doivent conti­nuer à le faire. »

Pour ces clients, ré­duire l’al­lo­ca­tion en obli­ga­tions pour ache­ter plus d’ac­tions ne se­rait pas une bonne tac­tique, es­time James Gau­thier : « Ceux qui sou­haitent re­haus­ser la per­for­mance

de leurs pla­ce­ments en ajou­tant des titres à ren­de­ment éle­vé doivent le faire de ma­nière mo­dé­rée. On pour­rait donc dé­te­nir entre 10 % et 30 % de la por­tion à re­ve­nu fixe du por­te­feuille dans de tels titres, tout dé­pen­dant des be­soins du client et de sa to­lé­rance au risque. »

Les clients in­quiets ne de­vraient pas écar­ter l’idée de pla­cer tem­po­rai­re­ment des mon­tants dans des fonds sé­cu­ri­taires, sou­tient James Gau­thier. « Les comptes d’épargne à in­té­rêt éle­vé

( High ISA) offrent des rendements au­tour de 1,5 %, sou­vent sans frais. » Ils sont éga­le­ment ad­mis­sibles à la pro­tect ion de 100 000 $ de la So­cié­té d’as­su­rance- dé­pôts du Ca­na­da.

« Pour ga­gner de nou­veaux ac­tifs, cer­tains conseillers se­ront prêts à chas­ser le ren­de­ment et ce­la peut être ris­qué », re­marque Dan Hal lett. Se­lon lui, les obli­ga­tions de grande qua­li­té au­ront tou­jours leur place dans le por­te­feuille des épar­gnants et en pos­sé­der au moins 50 % de la por­tion à re­ve­nu fixe du por­te­feuille a du sens. Ils per­mettent de sta­bi­li­ser les re­ve­nus et vont pro­té­ger le por­te­feuille en li­mi­tant les pertes en pé­riode de grande vo­la­ti­li­té bour­sière.

Quant aux mar­chés pri­vés, bien qu’ils offrent des re­ve­nus et des rendements at­trayants, ils sont éga­le­ment beau­coup moins liquides. « On peut en dé­te­nir un peu dans le por­te­feuille, mais il faut avoir la flexi­bi­li­té de ré­équi­li­brer le por­te­feuille en ajou­tant des ac­tions après un re­cul boursier. Les titres de grande qua­li­té se­ront fa­ciles à vendre, ce qui n’est pas le cas des pla­ce­ments pri­vés », note Dan Hal­lett.

QUELLE DU­RA­TION CHOI­SIR ?

Qu’en est-il du choix de la du­ra­tion du por­te­feuille obli­ga­taire des clients ? Bien que celle de l’in­dice obli­ga­taire uni­ver­sel FTSE TMX Ca­na­da soit su­pé­rieure à 7 ans, beau­coup de par­ti­cu­liers et de re­pré­sen­tants ne se sentent pas à l’aise d’ache­ter des titres avec de longues échéances. Rap­pe­lons que de nom­breux ges­tion­naires de por­te­feuilles obli­ga­taires au Ca­na­da ont le man­dat de cal­quer ou même de battre le ren­de­ment de cet in­dice de ré­fé­rence. Leurs clients sont sou­vent des ins­ti­tu­tions et des fonds de pen­sion.

« Lors­qu’il s’agit de clients de dé­tail, on constate en dis­cu­tant avec les conseillers qu’une du­ra­tion au­tour de 5 ans est sou­vent mieux adap­tée à leur si­tua­tion. Ce­ci en rai­son de la sen­si­bi­li­té au prix plus éle­vée dans le cas de l’in­dice uni­ver­sel, alors qu’une du­ra­tion plus basse per­met de li­mi­ter le risque de perte », pré­cise Mi­chael McHugh.

« N’ou­blions pas aus­si qu’une hausse de taux de 25 points de base a un im­pact plus im­por­tant au­jourd’hui qu’il y a une ving­taine d’an­nées, lorsque les taux étaient si­gni­fi­ca­ti­ve­ment plus éle­vés. Vu le ni­veau his­to­ri­que­ment bas des taux d’in­té­rêt, en pro­por­tion, l’ef­fet est am­pli­fié. Les taux de cou­pon sont éga­le­ment plus faibles qu’avant, ce qui ré­duit le cous­sin de sé­cu­ri­té lorsque les taux re­montent. La sen­si­bi­li­té au prix des obli­ga­tions est donc plus éle­vée » , sou­ligne Dan Hal­lett.

Dans un tel contexte, bon nombre de conseillers sont ten­tés de ré­duire la du­ra­tion du por­te­feuille de leurs clients et se tournent vers d’autres types d’ac­tifs gé­né­ra­teurs de re­ve­nus af in de com­pen­ser les plus faibles rendements. « Cer­tains vont di­mi­nuer la por­tion en obli­ga­tions et ajou­ter des act ions dans le por­te­feui l le. Par­fois, on pren­dra plus de risque en se tour­nant vers les mar­chés pri­vés ou en ajou­tant des titres à ren­de­ment éle­vé, du moins bon cré­dit ou en­core, des fonds de re­ve­nu fixe sans contraintes » , constate- t- il. Il faut alors bien com­prendre l’im­pact de ces dé­ci­sions sur le por­te­feuille glo­bal.

Dans les mois à ve­nir, la sup­pres­sion pro­gres­sive des po­li­tiques ac­com­mo­dantes aux États- Unis et aus­si en Eu­rope va main­te­nir sous pres­sion les taux d’in­té­rêt, d’après Mi­chael McHugh. « Il a été avan­ta­geux d’avoir une du­rat ion plus courte de­puis la fin de l’été 2016. Avec la re­mon­tée des taux, nous avons aug­men­té cette du- ra­tion à 4 ans et de­mi, et nous sou­hai­tons l’aug­men­ter à 5 ans, si les taux aug­mentent en­core plus pro­chai­ne­ment et que les obli­ga­tions gou­ver­ne­men­tales amé­ri­caines à 10 ans né­go­cient près de 3 %. »

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