Tem­pête tech­no­fi­nan­cière

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR RI­CHARD CLOUTIER

l’un des plus grands dé­fis aux­quels nous de­vons au­jourd’hui faire face col­lec­ti­ve­ment consiste à as­su­rer un équi libre entre l’hu­main et la tech­no­lo­gie, a af­fir­mé Guy Cor­mier, pré­sident et chef de la di­rec­tion du Mou­ve­ment Des­jar­dins, lors du Fo­rum FinTech Ca­na­da 2017, qui s’est te­nu à Mon­tréal, en oc­tobre.

« Les nou­velles tech­no­lo­gies et les ap­pli­ca­tions en in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle peuvent être mises au ser­vice du meilleur comme du pire. Elles peuvent être de for­mi­dables sources de pro­grès ou, au contraire, re­pré­sen­ter un réel dan­ger », avance Guy Cor­mier. L’es­sor des fake news, des lo­gi­ciels mal­veillants et des fraudes à grand dé­ploie­ment est un phé­no­mène qui dé­coule lui aus­si de l’évo­lu­tion de la tech­no­lo­gie, illustre-t-il.

Cette ré­con­ci­lia­tion de l’hu­main avec la tech­no­lo­gie « passe ab­so­lu­ment par le re­fus de tout sa­cri­fier à la re­cherche du pro­fit à court terme », se­lon Guy Cor­mier. C’est pour­quoi il est d’avis qu’il faut prendre da­van­tage soin des anal­pha­bètes nu­mé­riques, des gens pour qui la tech­no­lo­gie va beau­coup trop vite ac­tuel­le­ment et qui n’ont pas la ca­pa­ci­té d’ap­prendre à se ser­vir des ou­tils nu­mé­riques qui prennent néan­moins tou­jours plus de place dans leur vie.

À dé­faut d’y par­ve­nir en adap­tant col­lec­ti­ve­ment la fa­çon de ser­vir ces lais­sés-pour-compte, « la ré­vo­lu­tion nu­mé­rique va tout sim­ple­ment gé­né­rer une nou­velle ca­té­go­rie d’ex­clus dans la so­cié­té. Et aug­men­ter le nombre d’ex­clus dans la so­cié­té, ça n’a ja­mais été une grande voie pour la pros­pé­ri­té à long terme », es­time-t-il.

TOUS LES ATOUTS

La ré­vo­lu­tion nu­mé­rique est « une tem­pête qui vient de tou­cher terre au pays des ser­vices fi­nan­ciers et elle nous frappe de plein fouet » , il lust re Guy Cor­mier. Il la ca­rac­té­rise par les ca­pa­ci­tés de sto­ckage des or­di­na­teurs, mais aus­si par les avan­cées tech­no­lo­giques mar­quant no- tam­ment les do­maines de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, de la ro­bo­tique et du big da­ta, et in­siste sur le fait qu’elle s’ac­com­pagne d’ef­fets per­tur­ba­teurs. « Des­jar­dins et plu­sieurs autres en­tre­prises de notre sec­teur doivent s’adap­ter. Cette tem­pête, c’est un vent nou­veau, un en­chaî­ne­ment d’ac­teurs et de sec­teurs d’ac­ti­vi­té qui émergent et bous­culent les ac­teurs éta­blis » , ré­sume Guy Cor­mier. Cer­tains ne vont pas s’en re­mettre, alors que d’autres vont de­voir faire évo­luer leur mo­dèle d’af­faires de fa­çon très si­gni­fi­ca­tive : « Dans le monde fi­nan- cier, dit-il, c’est notre ave­nir qui est en train de se des­si­ner. »

Guy Cor­mier est d’avis que, bien qu’elle ne soit pas seule dans la course, Mon­tréal – et le Qué­bec – a tous les atouts pour de­ve­nir un lea­der dans ce nou­vel éco­sys­tème, parce qu’on y trouve « des cer­veaux, du sa­voir­faire, des in­fra­struc­tures et des ré­seaux de col­la­bo­rat ion qui vont de­ve­nir jour après jour en­core plus éten­dus et in­té­grés ».

Ci­tant une étude du Brook­field Ins­ti­tute, il confirme que le grand Mon­tréal est la mé­tro­pole ca­na­dienne où il y a la plus im­por­tante concen­tra­tion d’em­plois dans le sec­teur tech­no­lo­gique. Puis, évo­quant le pou­voir d’at­trac­tion de Mon­tréal, Guy Cor­mier rap­pelle qu’elle ac­cueille­ra no­tam­ment les centres de re­cherche de DeepMind ( Google), de Fa­ce­book et de la mul­ti­na­tio­nale fran­çaise Thales. « Je n’au­rais pas as­sez du dî­ner pour vous par­ler des en­tre­prises qui ont des pro­jets d’in­ves­tis­se­ment à Mon­tréal, parce qu’il se passe quelque chose ici en ma­tière de haute tech­no­lo­gie », ré­sume-t-il.

Tout ce­la est ex­trê­me­ment ex­ci­tant, convient Guy Cor­mier, « à condi­tion que ces géants du nu­mé­rique contri­buent au ren­for­ce­ment de notre éco­sys­tème et qu’ils contri­buent cha­cun à créer de la va­leur pour notre éco­no­mie ».

On doit re­fu­ser de sa­cri­fier l’in­té­rêt col­lec­tif au droit de faire n’im­porte quoi pour fa­vo­ri­ser quelques in­té­rêts par­ti­cu­liers, es­time Guy Cor­mier. « Pour dé­ve­lop­per une éco­no­mie du­rable et res­pon­sable, dans le res­pect des per­sonnes, des col­lec­ti­vi­tés et de la na­ture, la tech­no­lo­gie doit ren­for­cer notre ca­pa­ci­té à faire des choix plu­tôt que d’être une source de contraintes. »

La tech­no­lo­gie doit ren­for­cer notre ca­pa­ci­té à faire des choix plu­tôt que d’être une source de contraintes. — Guy Cor­mier

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