Des fa­çons de com­battre l’in­fla­tion.

Le re­port du mo­ment où un client touche ses rentes peut être per­ti­nent.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR FRAN­ÇOIS NOR­MAND

al­louer une par­tie du por­te­feuille d’un client dans une rente via­gère in­dexée n’est pas la seule fa­çon de pro­té­ger son pou­voir d’achat du­rant sa re­traite. D’autres stra­té­gies peuvent être dé­ployées pour lut­ter contre l’in­fla­tion en pé­riode de décaissement, se­lon des spé­cia­listes in­ter­viewés par Fi­nance et In­ves­tis­se­ment.

Ain­si, l’in­fla­tion est un risque im­por­tant à la re­traite puis­qu’elle peut gru­ger le pou­voir d’achat des clients. La hausse de l’es­pé­rance de vie fait que l’in­fla­tion de­vient un en­jeu de plus en plus im­por­tant, sou­ligne l’Au­to­ri­té des mar­chés fi­nan­ciers ( AMF) dans une ana­lyse pu­bliée en 2016 « L’in­fla­tion et l’es­pé­rance de vie : une com­bi­nai­son dan­ge­reuse pour vot re re­traite ? »

« La pos­si­bi­li­té d’être à la re­traite plus long­temps vous de­man­de­ra plus d’épargne », rap­pelle l’AMF. Plus d’épargne certes, mais en­core faut-il qu’elle ne soit pas gru­gée par l’in­fla­tion entre le dé­but de la re­traite du client et son dé­cès.

Au cours des dix der­nières an­nées, le taux d’in­fla­tion an­nuel a tou­jours été in­fé­rieur à 3 %. À long terme, les ex­perts pré­voient qu’il se si­tue­ra aux alen­tours de 2 %, se­lon l’AMF.

Par contre, des pous­sées in­fla­tion­nistes sont pos­sibles comme par le pas­sé. En 1981, l’in­fla­tion a at­teint 12,47 % au Ca­na­da, un re­cord de­puis 1950, se­lon le site

In­fla­tion.eu. Et en 1991, elle était en­core à 5,64 %.

La pru­dence est donc de mise avec l’in­fla­tion, d’au­tant plus que son im­pact peut être très sour­nois. Par exemple, un pa­nier de biens qui coû­tait 100 $ en 1992 coûte au­jourd’hui 155 $, se­lon un cal­cu­la­teur de la Banque du Ca­na­da, ce qui équi­vaut à un taux d’inf la­tion an­nua­li­sé de 1,77 % pen­dant cette pé­riode.

Nous avons de­man­dé à quatre spé­cia­listes d’éla­bo­rer des stra­té­gies pour ai­der un client fic­tif de 65 ans à pro­té­ger son pou­voir d’achat avec un por­te­feuille d’une va­leur d’un mil­lion de dol­lars. Les voi­ci.

1 . SE CONSTI­TUER UN COUS­SIN ET RE­POR­TER LA DE­MANDE DE SA RRQ ET DE SA PSV

S’il en a les moyens, ce client jeune re­trai­té de­vrait consom­mer moins que son réel pou­voir d’achat, af­firme Da­niel La­ver­dière, di­rec­teur prin­ci­pal, centre d’ex­per­tise, chez Banque Na­tio­nale Ges­tion pri­vée 1859.

C’est pour­quoi il sug­gère d’ajus­ter la consom­ma­tion du client comme si l’in­fla­tion était su­pé­rieure d’un point de pour­cen­tage à ses pré­vi­sions de décaissement. Si les spé­cia­listes an­ti­cipent une in­fla­tion an­nuelle de 2 %, il faut pla­ni­fier en fonc­tion d’un scé­na­rio à 3 %.

Da­niel La­ver­dière a fait un cal­cul pour notre re­trai­té fic­tif, tout en lui don­nant une es­pé­rance de vie de 90 ans. Cette per­sonne a donc be­soin de pres­ta­tions pen­dant 25 ans.

Dans cet exemple, un cous­sin d’un point de pour­cen­tage re­pré­sente une di­mi­nu­tion de 10 % du mon­tant maxi­mum que notre re­trai­té peut en théo­rie dé­pen­ser chaque an­née. « Si l’in­fla­tion aug­mente, je suis un peu pro­té­gé », in­siste Da­niel La­ver­dière.

Par contre, si l’inf la­tion de­meure aux alen­tours de 2 %, le re­trai­té pour­ra tou­jours ajus­ter sa consom­ma­tion à la hausse s’il le sou­haite.

Pour ré­duire le risque de l’in­fla­tion, Da­niel La­ver­dière sug­gère aus­si de re­por­ter de cinq ans le mo­ment où un client com­mence à tou­cher ses pres­ta­tions du Ré­gime de rentes du Qué­bec, de la Sé­cu­ri­té de la vieillesse ( PSV) et du Sup­plé­ment de re­ve­nu ga­ran­ti. Ces trois sources de re­ve­nus sont en­tiè­re­ment in­dexées à l’in­fla­tion.

Les sommes aux­quelles le client re­trai­té a droit peuvent être ma­jo­rées, se­lon le ré­gime, d’un fac­teur va­riant de 0,6 % à 0,7 % par mois, entre le mo­ment où le client at­teint 65 ans et le mo­ment où il at­teint 70 ans. En re­por­tant le mo­ment où il touche sa rente, le client ver­ra qu’une part plus im­por­tante de son re­ve­nu de re­traite est donc « pro­té­gée » contre l’in­fla­tion.

2. ACHE­TER DES AC­TIONS PRI­VI­LÉ­GIÉES

Sté­phane Ro­chon, vi­ce­pré­sident et di­rec­teur gé­né­ral, chef de la re­cherche pour la clien­tèle pri­vée chez BMO Nes­bitt Burns, sug­gère d’in­ves­tir dans des ac­tions qui versent un di­vi­dende pour ré­duire le risque d’in­fla­tion. « Le di­vi­dende com­pense l’in­fla­tion », dit-il.

Le stra­tège conseille de re­cher­cher les en­tre­prises dont les ac­tions ver­sant un di­vi­dende sont en forte crois­sance. C’est pour­quoi il re­com­mande le titre d’Ac­cen­ture ( ACN), un consul­tant amé­ri­cain dans le sec­teur des tech­no­lo­gies.

La mul­ti­na­tio­nale ver­sait ré­cem­ment un di­vi­dende de 1,96 % par ac­tion, se­lon Bloom­berg. Or, de­puis cinq ans, le titre s’est ap­pré­cié de 91 % ( plus la va­leur du titre aug­mente, plus la va­leur du di­vi­dende aug­mente).

Le stra­tège aime bien aus­si les ac­tions de Bank of Ame­ri­ca ( BAC) et de Ci­ti­group ( C), deux ins­ti­tu­tions fi­nan­cières ma­jeures aux États-Unis.

Bank of Ame­ri­ca of­frait ré­cem­ment un di­vi­dende de 1,87 % par ac­tion. De­puis cinq ans, la va­leur du titre a bon­di de 175 %. Ci­ti­group verse pour sa part un di­vi­dende de 1,73 % par ac­tion. En cinq ans, le titre de l’ins­ti­tu­tion a plus que dou­blé (112 %).

3. IN­VES­TIR DANS LES OBLI­GA­TIONS À REN­DE­MENT RÉEL

Jo­ce­lyn Bis­son­nette, ges­tion­nai re de por te­feui l le chez Des­jar­dins Ges­tion in­ter­na­tio­nale d’ac­tifs, pro­pose de ré­duire le risque in­fla­tion­niste en in­ves­tis­sant dans les obli­ga­tions à ren­de­ment réel telles que les obli­ga­tions du gou­ver­ne­ment ca­na­dien.

Ces titres à re­ve­nu fixe sont conçus pour suivre le rythme de l’in­fla­tion. Ain­si, deux fois par an­née, l’in­ves­tis­seur re­çoit des paie­ments d’in­té­rêt ajus­tés à l’in­dice des prix à la consom­ma­tion.

De plus, lors­qu’une obli­ga­tion à ren­de­ment réel ar­rive à échéance, le mon­tant que l’in­ves­tis­seur ré­cu­père ( la va­leur no­mi­nale) est éga­le­ment ajus­té en fonc­tion de l’in­fla­tion.

Par ailleurs, le re­trai­té peut in­ves­tir dans les obli­ga­tions aus­si bien à long terme qu’à court terme afin de pro­té­ger son pou­voir d’achat , pré­ci se Jo­cel yn Bis­son­nette. « La mé­ca­nique des obli­ga­tions à ren­de­ment réel fait en sorte qu’elles s’ajustent au­to­ma­ti­que­ment chaque mois en fonc­tion de l’in­fla­tion ob­ser­vée le mois pré­cé­dent. »

Les clients peuvent aus­si in­ves­tir dans l’éven­tail de fonds d’obli­ga­tions à ren­de­ment réel qui com­prennent no­tam­ment des obli­ga­tions de so­cié­tés.

4. AVOIR 3 AN­NÉES DE FLUX MONÉTAIRE DANS DES PLA­CE­MENTS LIQUIDES

Guy­laine Dufresne, di­rec­trice prin­ci­pale, in­ves­tis­se­ment et pla­ni­fi­ca­tion fi­nan­cière chez Va­leurs Mo­bi­lières Banque Lau­ren­tienne, pré­co­nise de ré­ser­ver une somme re­pré­sen­tant trois an­nées de flux monétaire dans un por­te­feuille de pla­ce­ments dits sûrs, comme des cer­ti­fi­cats de pla­ce­ment ga­ran­ti ( CPG), des obli­ga­tions à court terme ou des fonds de mar­ché monétaire.

Dans le même temps, le client peut in­ves­tir le reste de son ca­pi­tal dans un por­te­feuille plus dy­na­mique (tout en res­pec­tant bien en­ten­du sa to­lé­rance au risque), comme des ac­tions pri­vi­lé­giées. Le re­trai­té s’as­sure ain­si que cette par­tie du pa­tri­moine ob­tient un ren­de­ment su­pé­rieur à l’in­fla­tion.

« Dans la stra­té­gie, l’im­por­tant c’est qu’on s’as­sure d’avoir un ren­de­ment su­pé­rieur à l’inf la­tion afin de pro­lon­ger la du­rée du pa- tri­moine du client. Le por­te­feuille plus dy­na­mique ser­vi­ra à ali­men­ter le por­te­feuille de flux monétaire au fil des ans », ex­plique Guy­laine Dufresne.

Se­lon elle, la ges­tion du por­te­feuille est tout aus­si im­por­tante pen­dant la pé­riode de décaissement que pen­dant la pé­riode d’ac­cu­mu­la­tion.

Pour ré­duire le risque d’in­fla­tion, Guy­laine Dufresne af­firme qu’un conseiller peut aus­si te­nir compte de fac­teurs im­por­tants, comme l’im­po­si­tion des dif­fé­rentes formes de re­ve­nus, les types de comptes qui peuvent être uti­li­sés ( le CELI, par exemple) ou l’ordre de décaissement des comptes.

« Tous ces fac­teurs peuvent faire une dif­fé­rence ma­jeure dans la si­tua­tion fi­nan­cière d’une per­sonne qui dé­caisse ses ac­tifs. Sou­vent, la dif­fé­rence ré­side jus­te­ment dans le fait de pou­voir se per­mettre des re­ve­nus in­dexés ou non à l’inf la­tion » , sou­ligne Guy­laine Dufresne.

Elle cite l’exemple d’un client qui a des ac­tifs im­por­tants dans un REER, un CELI et un compte non en­re­gis­tré. À sa re­traite vers 60 ans, ce client dé­cide de re­ti­rer des ac­tifs uni­que­ment de son CELI, car les re­traits sont non im­po­sables et re­portent les re­traits du REER au mo­ment où il est obli­gé de le faire, c’est-à-dire à 72 ans.

Si le solde de son REER fait que le mi­ni­mum qu’il est te­nu de re­ti­rer de son FERR (pro­ve­nant de son REER) est re­la­ti­ve­ment éle­vé, le client pour­rait perdre cer­tains cré­dits so­cio- fis­caux ou même de­voir rem­bour­ser une par­tie de sa PSV. « Des re­traits de mon­tants moins im­por­tants de son FERR avant 72 ans au­raient pos­si­ble­ment pu évi­ter une telle si­tua­tion » , pré­cise Guy­laine Dufresne.

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