Les fonds doivent gé­rer leur risque de liquidité

Des ba­lises ré­gle­men­taires existent pour ce faire.

Finance et Investissement - - ÉCONOMIE ET RECHERCHE - PAR CLAUDE DOSTIE JR »

l’or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale des com­mis­sions de va­leurs ( OICV) a ré­cem­ment pu­blié, pour consul­ta­tion au­près de l’in­dus­trie, une liste de « bonnes pra­tiques » en ma­tière de ges­tion de liquidité pour les fonds d’in­ves­tis­se­ment.

L’OICV re­voit ain­si les règles qu’elle met­tait en avant en 2013 et qui sont re­mises au goût du jour à la suite des re­com­man­da­tions du Con­seil de sta­bi­li­té fi­nan­cière ( CSF).

L’or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale re­com­mande es­sen­tiel­le­ment aux ges­tion­naires de fonds de bien connaître les risques de liquidité propres à leurs fonds et de sur­veiller constam­ment leur « pro­fil de risque » . Ce­la si­gni­fie de te­nir compte de la ca­té­go­rie d’ac­tifs du fonds, du pro­fil des in­ves­tis­seurs et de la taille du fonds com­pa­ra­ti­ve­ment au mar­ché.

Par­mi les prin­ci­paux risques des fonds d’in­ves­tis­se­ment, on compte ce­lui de dés­équi­libre de liquidité entre les in­ves­tis­se­ments et les condi­tions de ra­chat pour les uni­tés ou parts de ces fonds. Le risque dé­cou­lant de l’ef­fet de le­vier dans ces fonds et des ac­ti­vi­tés de prêts de titres fi­nan­ciers y fi­gure aus­si.

L’OICV énu­mère éga­le­ment des ou­tils de ges­tion de liquidité, comme le swing pri­cing ( l’ajus­te­ment des prix – à la baisse ou à la hausse – en fonc­tion du vo­lume de sor­tie ou d’en­trée dans le fonds) ou l’im­po­si­tion de frais sup­plé­men­taires pour le re­trait d’une grande quan­ti­té de parts d’un fonds.

Au Ca­na­da, les fonds peuvent im­po­ser des frais de ra­chat, sus­pendre les ra­chats ou même pro­po­ser un « ra­chat en na­ture » où le fonds cé­de­rait des act ifs sous-ja­cents plu­tôt que de payer l’in­ves­tis­seur.

BA­LISES RÉ­GLE­MEN­TAIRES

Les re­com­man­da­tions ne sont pas très dif­fé­rentes des me­sures avan­cées en 2013, sauf du cô­té des tests de stress. En ef­fet, l’OICV re­for­mule sa re­com­man­da­tion sur le su­jet en pré­ci­sant que les en­ti­tés doivent sur­veiller leurs risques de liquidité d’une ma­nière « conti­nue » et en res­pec­tant les ba­lises « ré­gle­men­taires ».

Au Qué­bec, se­lon l’Au­to­ri­té des mar­chés fi­nan­ciers ( AMF), des tests de stress sont ef­fec­tués par les ges­tion­naires de fonds, no­tam­ment lors de la créa­tion d’un fonds. Ces tests ne sont ce­pen­dant pas une obli­ga­tion qu’im­pose ce ré­gu­la­teur.

« Les ges­tion­naires de por­te­feuille ef­fec­tuent gé­né­ra­le­ment des tests de stress sur une base ré­gu­lière et font rap­port des ré­sul­tats aux ges­tion­naires de fonds. Di­vers or­ganes de gou­ver­nance éta­blis chez le ges­tion­naire de fonds exa­minent les ré­sul­tats des tests qui leur sont ain­si sou­mis » , in­dique Syl­vain Thé­berge, porte-pa­role de l’AMF, par cour­riel.

PE­TIT RISQUE DE CA­TAS­TROPHE

Sur la ques­tion des risques de liquidité des fonds d’in­ves­tis­se­ment, Si­mon Car­rier, char­gé de cours en fi­nance à l’Uni­ver­si­té La­val, pré­cise que les fonds com­muns ne sont pas une source di­recte de risque de liquidité : « Les fonds com­muns sont des ins­tru­ments d’in­ves­tis­se­ment qui ne sont pas né­ces­sai­re­ment à la source d’une crise de liquidité ; ils la su­bissent plu­tôt. »

Rus­sell Wer­mers, pro­fes­seur de fi­nance à l’Uni­ver­si­té du Ma­ry­land, consi­dère pour sa part qu’il y a un « tout pe­tit risque qu’un évé­ne­ment énorme ar­rive », af­firme-t-il en en­tre­vue. Il voit le po­ten­tiel d’une crise, mais spé­cia­le­ment dans cer­tains types de fonds qui in­ves­tissent dans des ac­tifs moins liquides. Les fonds de dettes d’en­tre­prises ou les fonds d’obli­ga­tions à haut ren­de­ment, par exemple.

Les fonds né­go­ciés en Bourse ( FNB) sont aus­si au nombre des dan­gers po­ten­tiels. Pour Rus­sell Wer­mers, les FNB sont une « wild card » dans l’équa­tion. « Per­sonne ne sait exac­te­ment ce qui pour­rait ar­ri­ver en cas de ventes mas­sives de FNB, au­tant d’un point de vue théo­rique que pra­tique, avance-t-il. Les FNB sont des pro­duits dé­ri­vés et c’est ce que les gens ou­blient. Leur prix est dé­ri­vé d’un ac­tif sous- ja­cent, mais ce prix n’est pas né­ces­sai­re­ment le même que ce­lui du­dit ac­tif. » Il y a en­core un point d’in­ter­ro­ga­tion, se­lon lui, concer­nant les ac­tions à pré­voir en cas de pa­nique de la part des « par­ti­ci­pants au­to­ri­sés », soit les grandes banques d’in­ves­tis­se­ment qui agissent comme « ani­ma­teurs de mar­ché ».

Pour Si­mon Car­rier, la plu­part des FNB ne se­raient pas confron­tés aux mêmes pro­blèmes de liquidité que les fonds tra­di­tion­nels. « Les FNB sont sou­vent des fonds in­di­ciels plus trans­pa­rents. La va­leur in­trin­sèque d’un FNB est sou­vent très près de sa va­leur mar­chande. Dans les fonds com­muns, on veut pro­fi­ter de l’ex­per­tise d’un ges­tion­naire. La com­po­si­tion du fonds n’est pas connue chaque jour. L’in­ves­tis­seur ne sait pas dans quel pro­duit il in­ves­tit.

Sur les risques des FNB, l’AMF af­firme que « bien ma­lin ce­lui qui pour­rait pré­dire le com­por­te­ment des FNB et les im­pacts qu’ils au­raient sur les mar­chés, y com­pris leurs sous- ja­cents, en pé­riode de ten­sion sur les mar­chés » , af­firme Syl­vain Thé­berge. L’AMF pré­voit par­ti­ci­per aux tra­vaux de l’OICV sur les risques que posent les FNB.

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