FCP : au- de­là des étoiles

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR JEAN- FRAN­ÇOIS BARBE

dans leurs pu­bli­ci­tés aux conseillers et mes­sages aux ac­tion­naires, les ma­nu­fac­tu­riers de fonds com­muns de pla­ce­ment ( FCP) uti­lisent dif­fé­rentes me­sures de per­for­mance afin d’illus­trer leur ca­pa­ci­té à gé­né­rer de bons ren­de­ments.

Par exemple, AGF si­gnale s’être fixé l’ob­jec­tif d’avoir res­pec­ti­ve­ment 50 % et 60 % de l’ac­tif gé­ré

au- des­sus de la mé­diane pen­dant des pé­riodes d’un et de trois ans. Pour sa part, la Fi­nan­cière CI af­firme me­su­rer son suc­cès par le pour­cen­tage d’ac­tif sous ges­tion ( ASG) se trou­vant dans les deux pre­miers quar­tiles pen­dant 10 ans.

Les ana­lystes bour­siers qui suivent les ma­nu­fac­tu­riers de FCP fa­vo­risent gé­né­ra­le­ment deux me­sures de per­for­mance : le nombre de fonds quatre et cinq étoiles de Mor­ning­star ain­si que le pour­cen­tage d’ASG de pre­mier et de se­cond quar­tile.

Tel est le cas de Ste­phen Bo­land, de GMP Se­cu­ri­ties. Sou­cieux de com­pa­rer les per­for­mances de 14 im­por­tants ma­nu­fac­tu­riers ca­na­diens de FCP, il a cer­né leurs 20 fonds les plus im­por­tants par rap­port à l’ac­tif sous ges­tion. Il a en­suite éta­bli le clas­se­ment des 14 ma­nu­fac­tu­riers se­lon les cri­tères d’étoiles et d’ASG de hauts quar­tiles (voir le ta­bleau « Per for­mance des ma­nu­fac­tu­riers ») .

Tou­te­fois, comme le montre son ta­bleau, ces cri­tères de per- for­mance sont am­bi­gus. Les ré­sul­tats peuvent être bien dif­fé­rents d’un ma­nu­fac­tu­rier à l’autre. Par exemple, Fi­de­li­ty In­vest­ments fait meilleure fi­gure à l’aune du pour­cen­tage de fonds quatre et cinq étoiles ( 72,5 %) que pour le pour­cen­tage d’ac­tif sous ges­tion de pre­mier et de se­cond quar­tile ( 56,6 %). Chez In­ves­co Ca­na­da, c’est l’in­verse : le pour­cen­tage de fonds quatre et cinq étoiles ( 56,3 %) est in­fé­rieur à ce­lui de l’ac­tif sous ges­tion de pre­mier et de se­cond quar­tile ( 74,4 %).

QU’ EST- CE QUE CE­LA SI­GNI­FIE ?

« Ces clas­se­ments sont no­tam­ment in­fluen­cés par la struc­ture des ac­tifs des ma­nu­fac­tu­riers ain­si que par la taille des fonds », ex­plique Jacques Lus­sier, pré­sident et chef des pla­ce­ments d’Ip­sol Ca­pi­tal.

Le co­au­teur de Ra­tio­nal In­ves­ting : The Subt­le­ties of

As­set Ma­na­ge­ment ( New York, Co­lum­bia Bu­si­ness School Pu­bli­shing, 2017) illustre sa pen­sée avec l’exemple sui­vant. « Sup­po­sons qu’un ma­nu­fac­tu­rier ait pla­cé da­van­tage d’ac­tif que ses concur­rents dans le seg­ment re­ve­nus fixes et que ses ré­sul­tats, dans ce seg­ment, aient été in­fé­rieurs à ceux de ses concur­rents. Ce­la pour­rait bien ex­pli­quer pour­quoi ce ma­nu­fac­tu­rier au­rait moins d’ac­tif de pre- mier et de se­cond quar­tile, même si ses fonds en ac­tions avaient don­né de bonnes per for­mances », in­dique-t-il.

De plus, ajoute Jacques Lus­sier, le nombre de fonds quatre et cinq étoiles peut être trom­peur.

« Pre­nons l’exemple d’une firme ayant quelques gros fonds qui au­raient fait mau­vaise fi­gure et plu­sieurs pe­tits fonds qui se se­raient illus­trés. Cette firme au­rait alors plu­sieurs fonds quatre et cinq étoiles, même si seule­ment une faible port ion de l’ac­tif avait été per­for­mante », ex­plique-t-il.

PRU­DENCE AVANT TOUT

Quelles le­çons peut- on ti­rer des cri­tères de per­for­mance gé­né­ra­le­ment re­te­nus pour éva­luer les ma­nu­fac­tu­riers de FCP ?

Tout d’abord, la plus grande pru­dence, à l’ins­tar des pla­ni­fi­ca­teurs fi­nan­ciers An­dré Mar­tel et Syl­vain De Cham­plain.

« Je n’ai ja­mais consi­dé­ré des clas­se­ments sur un an, une re­cette de vo­la­ti­li­té, mais des clas­se­ments sur de plus longues pé­riodes, comme cinq ans, oui. Tou­te­fois, je m’in­forme aus­si du risque. Les écarts-types sur cinq ans per­mettent de mieux éva­luer la per­for­mance de ges­tion­naires n’ayant pas bé­né­fi­cié de la conjoncture en rai­son de leur po­si­tion­ne­ment, par exemple, en fonds de type va­leur », dit An­dré Mar­tel, conseiller en sé­cu­ri­té fi­nan­cière, re­pré­sen­tant en épargne col lect ive et pré­sident du ca­bi­net An­dré Mar­tel et as­so­ciés – Ser­vices fi­nan­ciers.

Conseiller en sé­cu­ri­té fi­nan­cière et pré­sident du ca­bi­net mont­réa­lais De Cham­plain Groupe fi­nan­cier, Syl­vain De Cham­plain n’ac­corde pas, lui non plus, une confiance illi­mi­tée aux cri­tères ha­bi­tuels de per­for­mance de ma­nuf ac­tur ier s de fonds.

« La mau­vaise for­tune de très gros fonds di­mi­nue­ra la per­for­mance d’un ma­nu­fac­tu­rier dans le clas­se­ment des ac­tifs de pre­mier et de se­cond quar­tile. Il faut cher­cher à sa­voir pour­quoi . Par exemple, il pour­rait s’agir du ré­sul­tat d’une stra­té­gie consis­tant à re­ti­rer ses billes du mar­ché dans l’an­ti­ci­pa­tion d’un krach. Conti­nue­ra-t- on alors à par­ti­ci­per à ce très grand fonds pres­ti­gieux qui fait mau­vaise fi­gure pour cette rai­son ? Au conseiller à y voir et à faire son tra­vail ! » dit-il.

IM­PACT DU MAR­KE­TING

Les cri­tères de per­for­mance cou­rants – nombre de fonds quatre et cinq étoiles et pour­cen­tage d’ASG de pre­mier et de se­cond quar­tile – ont leurs failles, mais rien n’em­pêche les ma­nu­fac­tu­riers de fonds d’en ap­pli­quer d’autres.

« Je crois que les ma­nu­fac­tu­riers uti­li­se­ront les cri­tères qui les ai­de­ront le mieux à vendre leurs pro­duits, confie Ste­phen Bo­land. Le cri­tère de l’ac­tif sous ges­tion se­ra tou­jours à consi­dé­rer. Ain­si, cer­taines firmes ont quelques très grands fonds qui four­nissent de bonnes per­for­mances. Par exemple, les 10 plus g rands fonds du Groupe In­ves­tors re­pré­sentent 58 % de son ac­tif sous ges­tion. Chez CI, cette pro­por­tion at­teint 41 %. Si ces 10 mé­ga­fonds ont de bons ré­sul­tats, il se­rait alors ra­tion­nel de mettre en va­leur ce pour­cen­tage de l’ac­tif sous ges­tion qui est per­for­mant. »

En d’autres termes, ce n’est pas de­main la veille que tous les ma­nu­fac­tu­riers adop­te­ront les mêmes cri­tères – et les mêmes pé­riodes de ré­fé­rence – dans leurs pu­bli­ci­tés et leurs com­mu­ni­ca­tions aux ac­tion­naires.

Guy Mi­neault est di­ri­geant fon­da­teur du Mou­ve­ment d’édu­ca­tion et de dé­fense des in­ves­tis­seurs en fonds ( MÉDIF), et au­teur d’un livre de fi­nances per­son­nelles in­ti­tu­lé Mieux réus­sir vos pla­ce­ments sans les su­bir : Pour l’in­ves­tis­seur qui veut mieux réus­sir ses pla­ce­ments et pour le conseiller qui veut mieux le ser­vir ( Qué­bec, Édi­tions Sa­piens, 2010).

Se­lon lui, les ma­nu­fac­tu­riers ont ten­dance à choi­sir des cri­tères de per­for­mance qui avan­tagent leurs fonds. « À la li­mite, rien ne les em­pê­che­rait de créer des me­sures de per­for­mance qu’ils pour­raient en­suite se van­ter d’avoir constam­ment sur­pas­sées », af­firme-t-il.

Les écarts- types sur cinq ans per­mettent de mieux éva­luer la per­for­mance de ges­tion­naires n’ayant pas bé­né­fi­cié de la conjoncture en rai­son de leur po­si­tion­ne­ment, par exemple, en fonds de type va­leur.

— An­dré Mar­tel

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