Oc­ca­sions ana­ly­sées.

On en trouve dans les titres à faible du­ra­tion et de qua­li­té, et dans les ac­tions pri­vi­lé­giées.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR SO­PHIE STIVAL grade) in­vest­ment

la brusque re­mon­tée des taux d’in­té­rêt au Ca­na­da l’an der­nier sou­lève des in­quié­tudes. Où se­ront les oc­ca­sions dans les titres à re­ve­nu fixe en 2018 ? Des ex­perts se pro­noncent.

Les hausses suc­ces­sives du taux di­rec­teur de la Banque du Ca­na­da en juillet et en sep­tembre en ont sur­pris bon nombre. On a craint que le mou­ve­ment se pour­suive, mais ce ne fut pas le cas. « Notre banque cen­trale ne semble pas pres­sée de re­mon­ter son taux di­rec­teur et l’in­fla­tion n’est guère me­na­çante non plus », re­marque Be­noît Du­ro­cher, chef stra­tège éco­no­mique chez Ad­den­da Ca­pi­tal.

Ce der­nier se ré­fère à une ré­cente al­lo­cu­tion pu­blique de la sous- gou­ver­neure Ca­ro­lyn A. Wi lkins, de la Banque du Ca­na­da. Celle- ci a alors consta­té que l’inf la­tion au Ca­na­da se main­tient de­puis quelque temps dé­jà dans la moi­tié in­fé­rieure de la four­chette cible qui va de 1 à 3 %. Or, notre banque cen­trale ac­corde plus de poids au risque que l’inf la­tion baisse en­core plus, et même qu’elle sorte de la four­chette in­fé­rieure lorsque celle- ci est faible comme pré­sen­te­ment. De plus, les ten­sions géo­po­li­tiques exis­tantes et l’ave­nir im­pré­vi­sible d’ac­cords tel que l’Ac­cord de libre- échange nord- amé­ri­cain ( ALÉNA) ap­pellent à la pru­dence.

Soyons francs, ça fait un bail que les ex­perts an­noncent un re­tour du ba­lan­cier, une nor­ma­li­sa­tion des taux d’in­té­rêt chez nous et dans les pays in­dus­tria­li­sés. « On pré­fère em­ployer les termes re­tour vers la neu­tra­li­té », in­dique Be­noît Du­ro­cher. Ce taux cible neutre, es­ti­mé par les au­to­ri­tés mo­né­taires, est ce­lui qui ne sti­mu­le­ra pas l’économie ni ne la ra­len­ti­ra. « Au Ca­na­da, il se si­tue entre 2 % et 3 % », note Ri­chard Beaulieu, éco­no­miste prin­ci­pal chez Ad­den­da. Le taux cible au pays se si­tuait à 1 % au mo­ment de mettre sous presse.

Se­lon ces deux ana­lystes, dans le mar­ché obli­ga­taire, il faut s’at­tendre à un pas­sage à vide et à des ren­de­ments faibles, voire né­ga­tifs, au cours des pro­chaines an­nées. Rap­pe­lons que le prix des obli­ga­tion baisse lorsque leur ren­de­ment aug­mente. Pour­quoi un tel scé­na­rio ? No­tam­ment en rai­son d’une courbe obli­ga­taire qui n’es­compte pas beau­coup de hausses de taux. Par exemple, le ren­de­ment d’une obli­gat ion 5 ans du gou­ver­ne­ment ca­na­dien se si­tue près de 1,65 %, alors que les bons du Tré­sor un an os­cil­lent au­tour de 1,35 %. Dans le terme de 10 ans, on a des taux qui étaient aux en­vi­rons de 1,85 % ré­cem­ment ( mi- no­vembre). « Il n’y a pas beau­coup de prime de r isque ou de cous­sin de pro­tec­tion dans le mar­ché. Si nos an­ti­ci­pa­tions à l’égard des taux fu­turs changent un peu, les obligations se­ront vul­né­rables », sou­ligne Ri­chard Beaulieu.

Chez Fie­ra Ca­pi­tal, on pense que la bonne conduite de l’éco­no- mie ca­na­dienne et de l’économie mon­diale de 2017 se pour­sui­vra en 2018, ce qui in­ci­te­ra les banques cen­trales à res­ser­rer da­van­tage les condi­tions mo­né­taires. Ce scé­na­rio est peu fa­vo­rable aux obligations sen­sibles aux mou­ve­ments de taux d’in­té­rêt. « On croit que la Ré­serve fé­dé­rale amé­ri­caine re­haus­se­ra les taux courts jus­qu’à 2 % d’ici la fin de l’an­née 2018. Au Ca­na­da, la banque cen­trale de­vrait haus­ser son taux di­rec­teur deux ou trois fois éga­le­ment. L’in­fla­tion, qui était conte­nue cette an­née, pour­rait re­mon­ter au­tour de 2 % et même un peu plus haut », pré­voit Fran­çois Bour­don, chef des pla­ce­ments glo­bal chez Fie­ra Ca­pi­tal.

GÉ­RER LA DU­RA­TION DU POR­TE­FEUILLE

Au cours des pro­chains mois, le client de dé­tail vou­dra donc jouer de pru­dence en se tour­nant du cô­té des obligations avec de plus courtes échéances. « On pour­rait op­ter pour un FNB d’obligations de so­cié­tés de qua­li­té dont les termes sont de 5 ans et moins », sug­gère Ri­chard Beaul ieu. Ce­lui-ci croit qu’à ce stade avan­cé du cycle éco­no­mique, les obligations à ren­de­ment éle­vé sont plus ris­quées. Si une cor­rec­tion boursière ou même une ré­ces­sion sur­vient, ce type de cré­dit se­ra plus vul­né­rable, spé­cia­le­ment du fait que les écarts se sont pas­sa­ble­ment res­ser­rés les der­nières an­nées. « Il fau­dra aus­si te­nir compte de la ca­pa­ci­té de l’in­ves­tis­seur de dé­tail à su­bir une perte en ca­pi­tal », pré­vient-il.

Il se­ra donc sen­sé de gar­der la du­ra­tion du por­te­feuille as­sez courte au cours des pro­chains mois, soit au­tour de trois ou quatre ans, ren­ché­rit Fran­çois Bour­don. « Les obligations à ren­de­ment réel du gou­ver­ne­ment du Ca­na­da de­vraient éga­le­ment bien per­for­mer si l’in­fla­tion re­prend », croit-il. Il en existe dans le terme de 5 ans ( du­rée d’en­vi­ron 4 ans). La dif­fé­rence entre le ren­de­ment d’une obli­ga­tion à ren­de­ment no­mi­nal et ce­lui d’une obli­ga­tion à ren­de­ment réel se­ra le taux d’in­fla­tion an­ti­ci­pé. « Cet écart se si­tue pré­sen­te­ment à 1,44 %, alors que la Banque du Ca­na­da vise un taux d’in­fla­tion de 2 %. On pense que sur une pé­riode de 5 ans, l’in­fla­tion se­ra plus éle­vée. Même si le ren­de­ment avant l’in­fla­tion est de 25 points de base plus l’in­fla­tion, c’est une va­leur re­fuge à consi­dé­rer en cas de crise afin de pro­té­ger le por­te­feuille contre une hausse du coût de la vie. Il s’agit de cré­dit de pre­mière qua­li­té », sou­ligne-t-il.

PRI­MOR­DIALE, LA QUA­LI­TÉ DU CRÉ­DIT

Quant aux écarts de cré­dit entre les obligations de pre­mière qua­li­té et les autres, le gros du res­ser­re­ment des écarts est der­rière nous. « Le ci­tron a été pas mal pressé de­puis 2009. On pour­rait même voir un lé­ger élar­gis­se­ment l’an pro­chain. Ce­ci ne veut pas dire qu’on doit bou­der le cré­dit pour au­tant, mais plu­tôt qu’il faut être sé­lec­tif et re­gar­der du cô­té des obligations de pre­mière qua­li­té (

» , re­marque Fran­çois Bour­don. Tout comme l’an der­nier, le sec­teur éner­gé­tique et les pi­pe­lines ont la fa­veur des ges­tion­naires de Fie­ra Ca­pi­tal.

« Les in­ves­tis­seurs sont pré­sen­te­ment com­plai­sants, croit Marc- An­dré Gau­dreau, v ice­pré­sident et ges­tion­naire de por­te­feuille chez Fonds Dy­na­mique. Le mar­ché s’at­tend à ce que tout se passe bien. La vo­la­ti­li­té est d’ailleurs à son plus bas ni­veau de­puis plu­sieurs dé­cen­nies. La pro­ba­bi­li­té que 2018 ne soit pas une conti­nui­té de 2017 est donc as­sez éle­vée. » Ce­ci no­tam­ment en rai­son des grandes banques cen­trales qui vont ces­ser en 2018 leurs pro­grammes de ra­chats de titres. La qua­li­té du cré­dit se­ra, se­lon lui, un en­jeu pri­mor­dial l’an pro­chain.

« Les écarts de cré­dit cor­po­ra­tifs de l’in­dice Uni­vers ( FTSE/ TMX Ca­na­da) ont di­mi­nué de plus de 20 points de base en 2017. Il semble donc y avoir moins de pos­si­bi l ités de baisses de grande am­pleur, mais le mar­ché de­meure ré­cep­tif, sur­tout si la ré­forme fis­cale aux États-Unis va de l’avant et sti­mule da­van­tage le mar­ché bour­sier » , af­firme Ka­rin Sul­li­van, Ges­tion­naire de por­te­feuille prin­ci­pale, Re­ve­nu fixe et co- Chef, Obligations de so­cié­tés chez Ad­den­da Ca­pi­tal. Les écarts sont en­core su­pé­rieurs de 10 points de base à leur creux d’après- crise at­teint en 2014 alors qu’aux États-Unis, ils ont at­teint un creux avant de re­mon­ter un peu, ajoute la spé­cia­liste.

Qu’en est-il des primes de risque des obligations pro­vin­ciales, soit l’écart en points de base au-des­sus des obligations gou­ver­ne­men­tales ca­na­diennes ? « Elles ont for­te­ment di­mi­nué en 2017. La com­pres­sion des écarts s’est ef­fec­tuée pour l’en­semble du sec­teur ( d’ouest en est du pays), alors que les obligations des pro­vinces pro­duc­trices de pé­trole ( Al­ber­ta, Sas­kat­che­wan et Terre- Neuve et La­bra­dor) dé­ga­geaient les meilleurs ren­de­ments. Et 2018 se­ra une an­née d’élec­tions et bien ma­lin ce­lui qui pré­di­ra cor­rec­te­ment les ré­sul­tats au Qué­bec et en On­ta­rio ! Cette pé­riode pour­rait être vo­la­tile of­frant ain­si des oc­ca­sions d’in­ves­tis­se­ment » , in­dique Bar­bar a Lam­ber t , Ges­tion­naire de por­te­feuille prin­ci­pale, Re­ve­nu fixe chez Ad­den­da Ca­pi­tal.

DI­VER­SI­FIER À L’IN­TER­NA­TIO­NAL

Puisque le Ca­na­da ne re­pré­sente que 3 % du mar­ché obli­ga­taire mon­dial, on peut se de­man­der si le ter­reau est plus fer­tile ailleurs. Les obligations étran­gères ont d’ailleurs connu de très bonnes per­for­mances l’an der­nier. « Plu­sieurs pays, no­tam­ment la Grèce qui est en dé­faut conti­nuel, ont réus­si à se fi­nan­cer pour 15 ans à 5,64 %. Dans ce cas pré­cis, ce­la nous ap­pa­raît in­sen­sé, mais d’autres titres de dette sou­ve­raine sont at­trayants, comme le Mexique et la Po­logne, af­firme Fran­çois Bour­don. Un pe­tit in­ves­tis­seur pré­fè­re­ra évi­dem­ment avoir un por­te­feuille d’obligations in­ter­na­tio­nales bien di­ver­si­fié en ache­tant, par exemple, un FNB qui a une ex­po­si­tion tac­tique per­met­tant de ré­agir ra­pi­de­ment lors­qu’il y a une crise. »

« Pour un épar­gnant ca­na­dien, le mar­ché obli­ga­taire in­ter­na­tio­nal ne semble pas of­frir beau­coup de va­leur pré­sen­te­ment », af­firme Ri­chard Beaulieu. Il fau­dra te­nir compte du risque politique et de la vo­la­ti­li­té des de­vises qui est sou­vent su­pé­rieure aux ren­de­ments obli­ga­taires. Par exemple, les primes de risque et les taux sont éga­le­ment faibles un peu par­tout en Eu­rope. Ad­den­da Ca­pi­tal pré­fère plu­tôt faire des in­cur­sions tac­tiques à l’in­ter­nat io­nal. On tien­dra alors compte du risque de de­vise en le cou­vrant en to­ta­li­té ou en par­tie, se­lon les coûts de cou­ver­ture.

L’AT­TRAIT DES AC­TIONS PRI­VI­LÉ­GIÉES

Dans un con­texte de re­mon­tée des taux d’in­té­rêt, 2018 risque d’être en­core fa­vo­rable aux ac­tions pri­vi­lé­giées à taux ré­vi­sable, et ce, mal­gré la très bonne per­for­mance de ces titres l’an der­nier. « Ce pour­rait être la ca­té­go­rie d’ac­tif de re­ve­nu fixe qui per­for­me­ra le mieux au cours de la pro­chaine an­née, mais la vo­la­ti­li­té risque éga­le­ment d’être plus forte. Avec des taux plus éle­vés, une inf la­tion qui re­prend, on pense que ces titres sont at­trayants par rap­port aux titres obli­ga­taires d’en­tre­prises », re­marque Fran­çois Bour­don.

Les act ions pri­vi lé­giées à taux ré­vi­sables tous les cinq ans et qui se né­go­cient sous la va­leur au pair offrent en­core une bonne va­leur si les taux d’in­té­rêt montent, confirme MarcAn­dré Gau­dreau : « Par exemple, si je pos­sède une ac­tion pri­vi­lé­giée qui se né­go­cie sous le pair et dont le taux est ré­vi­sé dans 2 ans et que les taux montent, il pour­rait sur­ve­nir deux choses à la date de ré­vi­sion : le taux de di­vi­dende se­ra plus éle­vé parce que le taux des obligations gou­ver­ne­men­tales de 5 ans es­compte des hausses. Je suis donc content d’aug­men­ter mon ren­de­ment. Si l’émet­teur pré­fère ra­che­ter le titre, ce n’est pas grave puisque je vais faire un gain en ca­pi­tal. »

Par ailleurs, le com­por­te­ment de ces tit res dé­pen­dra de plu­sieurs fac­teurs, comme la cote de cré­dit de l’émet­teur, le taux de di­vi­dende, les condi­tions de ré­ini­tia­li­sa­tion ( ni­veau de l’écart au- des­sus des obligations du Ca­na­da), les clauses de ra­chat ain­si que l’offre et la de­mande. « Vu le stade avan­cé du cycle éco­no­mique, on vou­dra dé­te­nir des titres de bonne qua­li­té et on pri­vi­lé­gie au Ca­na­da le sec­teur non fi­nan­cier, comme les pi­pe­lines », sou­ligne le spé­cia­liste. Les ac­tions pri­vi­lé­giées du sec­teur ban­caire amé­ri­cain sont éga­le­ment at­trayantes puisque le consom­ma­teur amé­ri­cain est moins en­det­té que le ca­na­dien, dit- il. Il existe des FNB d’ac­tions pri­vi­lé­giées, no­tam­ment à taux ré­vi­sables, qui per­mettent de di­ver­si­fier le risque de cré­dit.

Vu le stade avan­cé du cycle éco­no­mique, on vou­dra dé­te­nir des titres de bonne qua­li­té.

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