Sur quoi gar­der l'oeil en 2018.

À quoi peut- on s’at­tendre de l’éco­no­mie et des mar­chés cette an­née?

Finance et Investissement - - LA UNE - FI

PAR SYL­VIE LE­MIEUX fi­nance etin­ves­tis­se­ment a in­ter­ro­gé trois ex­perts afin de sa­voir quels risques re­tiennent leur at­ten­tion en 2018.

UNE MON­TÉE DE L' IN­FLA­TION

Une pro­gres­sion de l’in­fla­tion, qui se chif­frait à 2,1 % se­lon la plus ré­cente éva­lua­tion de l’In­dice des prix à la consom­ma­tion ( IPC) glo­bal de la Banque du Ca­na­da, pour­rait se pro­duire en 2018, se­lon les ex­perts in­ter­viewés.

« Sur le plan des in­ves­tis­se­ments, on s’ap­proche d’une ma­tu­ri­té du cycle, ce qui est an­non­cia­teur d’une mon­tée de l’inf la­tion, ex­plique Sé­bas­tien La­voie, éco­no­miste en chef de Va­leurs mo­bi­lières Banque

Lau­ren­tienne. Gé­né­ra­le­ment, les banques cen­trales ré­agissent en ser­rant la vis sur le plan mo­né­taire. Pour l’ins­tant, ça n’a pas été le cas, plu­sieurs banques cen­trales, dont celle du Ja­pon et la Banque cen­trale eu­ro­péenne, sont en­core proac­tives, et c’est pour­quoi les mar­chés évo­luent en ligne droite. Ce­pen­dant, la

Ré­serve fé­dé­rale amé­ri­caine a com­men­cé à chan­ger de cap en se dé­les­tant des obli­ga­tions qui ar­rivent à ma­tu­ri­té. Il reste à voir ce que fe­ra Jay Po­well, suc­ces­seur de Ja­net Yel­len. »

La per­for­mance de l’éco­no­mie ca­na­dienne, qui af­fiche presque le plein em­ploi, est un fac­teur qui a le po­ten­tiel de do­per l’in­fla­tion, se­lon Jean-Re­né Ouel­let, ges­tion­naire de por te­feui l le chez Va­leurs mo­bi­lières Des­jar­dins.

« Au Qué­bec, le chô­mage est à son plus creux de­puis 1976. Les en­tre­prises peinent à trou­ver des tra­vailleurs, un pro­blème qui est de­ve­nu criant, alors que le gou­ver­ne­ment ca­na­dien veut en­clen­cher d’autres pro­jets d’in­fra­struc­tures. Ce­la au­ra un im­pact sur les sa­laires. S’ils de­vaient aug­men­ter un peu plus qu’es­comp­té, il y au­ra une mon­tée de l’in­fla­tion. Ce se­rait un peu iro­nique, mais ce­la pour­rait nous plon­ger plus ra­pi­de­ment dans une ré­ces­sion. »

Il n’y a tou­te­fois pas lieu de craindre une mon­tée de l’in­fla­tion jus­qu’à 3 ou 4 %, se­lon Fran­çois Bour­don, chef des pla­ce­ments glo­bal chez Fie­ra

Ca­pi­tal. « Il pour­rait y avoir un peu plus de vo­la­ti­li­té sur les mar­chés fi­nan­ciers, mais rien de dra­ma­tique », dit-il.

Si la ma­jo­ri­té des in­di­ca­teurs sont au vert ac­tuel­le­ment, il craint tou­te­fois que des élé­ments struc­tu­rels viennent ra­len­tir l’éco­no­mie. « Le vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion, la dé­mo­gra­phie, l’en­det­te­ment éle­vé, la pro­duc­ti­vi­té re­la­ti­ve­ment faible… le poids de ces fac­teurs struc­tu­rels pour­rait pe­ser sur les mar­chés fi­nan­ciers et nous ame­ner vers une éco­no­mie plus faible, ex­plique Fran­çois Bour­don. Ce n’est pas notre scé­na­rio prin­ci­pal, mais c’est un risque que nous consi­dé­rons quand nous éta­blis­sons nos po­li­tiques de ré­par­ti­tion des ac­tifs. »

UN RE­GAIN DU PRO­TEC­TION­NISME

Sé­bas­tien La­voie sur­veille de près les né­go­cia­tions de l’Ac­cord de libre- échange nord-amé­ri­cain ( ALE­NA). « Il y a tou­jours un risque qu’il ne soit pas re­nou­ve­lé. Ce­la en­traî­ne­rait une tur­bu­lence sur les mar­chés nord-amé­ri­cains qui pour­rait me­na­cer des sec­teurs éco­no­miques. Si la mon­naie ca­na­dienne se dé­pré­cie pour ab­sor­ber le coup, ce­la au­rait un im­pact pour les gros in­ves­tis­seurs qui ont des pla­ce­ments en dol­lars amé­ri­cains. »

À cour t terme, le non­re­nou­vel­le­ment de l’ALE­NA ne se­rait peut-être pas si né­ga­tif que ça, re­con­naît Sé­bas­tien La­voie. « La Banque du Ca­na­da est en me­sure d’in­ter­ve­nir, le gou­ver­ne­ment pour­rait aus­si dé­ci­der d’abais­ser le taux d’im­po­si­tion des en­tre­prises pour main­te­nir leur com­pé­ti­ti­vi­té. N’em­pêche que, struc­tu­rel­le­ment, je ne vois pas ça d’un bon oeil. Il pour­rait y avoir une perte de po­ten­tiel sur le plan éco­no­mique. De fa­çon dé­li­bé­rée, l’ad­mi­nis­tra­tion amé­ri­caine cherche à créer un contexte pour que les en­tre­prises pré­fèrent s’ins­tal­ler sur le sol amé­ri­cain plu­tôt que ca­na­dien. »

LES TEN­SIONS GÉOPOLITIQUES

Les conflits au Moyen- Orient, le pro­tec­tion­nisme ac­cru de la Chine, les crises po­li­tiques en Asie, no­tam­ment en Co­rée du Nord, sont tous des élé­ments du contexte géo­po­li­tique mon­dial qui pour­raient pe­ser sur les mar­chés mon­diaux en 2018, es­timent les ex­perts in­ter­viewés.

Il y a re­cru­des­cence des ten­sions en Iran en même temps que ses re­la­tions avec l’Ara­bie saou­dite res­tent conflic­tuelles. De plus, la ré­cente dé­ci­sion de Do­nald Trump au su­jet du trans­fert de l’am­bas­sade des États- Unis à Jé­ru­sa­lem est ve­nue je­ter de l’huile sur le feu dans cette ré­gion du monde. Fi­na­le­ment, la crise de l’en­det­te­ment en Chine re­pré­sente aus­si un risque de na­ture à in­fluer sur les mar­chés fi­nan­ciers, se­lon Fran­çois Bour­don.

« Dans ce pays, le pro­ces­sus dé­ci­sion­nel tient à un homme plu­tôt que de re­po­ser sur une dé­mo­cra­tie. Si le di­ri­geant a en­vie de faire ra­len­tir l’éco­no­mie pour ré­ta­blir une sta­bi­li­té à long terme, ce­la de­vient un risque », ex­plique Fran­çois Bour­don. Pour le mo­ment, la force de l’éco­no­mie mon­diale sert de rem­part, mais un re­vi­re­ment est tou­jours pos­sible.

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