Les pré­vi­sions de Fran­çois Bour­don.

Res­tez à l’af­fut des signes pré­cur­seurs.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR ALIZÉE CALZA FI

fran­çois bour­don, chef des pla­ce­ments glo­bal chez Fie­ra Ca­pi­tal, ana­lyse la si­tua­tion éco­no­mique et donne ses pré­vi­sions pour les pro­chaines an­nées. Il offre ain­si ses pers­pec­tives en ma­tière de pla­ce­ment pour 2018. En en­tre­tien avec Fi­nance et

In­ves­tis­se­ment, Fran­çois Bour­don af­firme que les banques cen­trales vont re­lâ­cher leur ap­proche in­ter­ven­tion­niste et aug­men­ter leurs taux di­rec­teurs.

Ce­pen­dant, le chef des pla­ce­ments glo­bal chez Fie­ra Ca­pi­tal s’at­tend à une ré­ces­sion dans quelques an­nées. Il conseille de sur­veiller les taux d’in­té­rêt par rap­port aux taux neutres pour pré­voir si et, éven­tuel­le­ment, quand ce ra­len­tis­se­ment de la crois­sance éco­no­mique se pro­dui­ra.

Fi­nance et In­ves­tis­se­ment (FI ): Pour­quoi vous at­ten­dez-vous à une ré­ces­sion à la mi-2020 ?

Fran­çois Bour­don ( FB) : L’éco­no­mie se porte très bien, les banques cen­trales comme la Ré­serve fé­dé­rale ont com­men­cé à aug­men­ter les taux. On pense qu’elles vont conti­nuer de ce pas pen­dant en­core plu­sieurs tri­mestres et qu’on va ar­ri­ver à un mo­ment où la hausse du taux d’in­té­rêt au­ra un im­pact sur l’éco­no­mie. L’an­née 2020 nous semble être un mo­ment ap­pro­prié : on n’est plus dans la pre­mière manche du cycle éco­no­mique, on ap­proche plus de la sep­tième ou hui­tième manche. Donc, nous pré­voyons deux ou trois ans en­core sans ré­ces­sion.

FI : Quels in­dices éco­no­miques de­vrions-nous sur­veiller pour dé­ter­mi­ner si cette ré­ces­sion se pro­dui­ra ou non ?

FB : Pour nous, l’élé­ment le plus im­por­tant est le ni­veau des taux d’in­té­rêt par rap­port aux taux neutres. Ç’a été un in­di­ca­teur très utile pour nous lors de la der­nière ré­ces­sion et au cours de celle d’avant. À ce stade- ci, le taux neutre va os­cil­ler entre 2 % et 3 %, donc si les taux d’in­té­rêt se re­trouvent en haut de ce­la, il fau­dra com­men­cer à le re­gar­der de plus près. Le signe qui nous lais­se­ra croire que les banques cen­trales vont aug­men­ter les taux d’in­té­rêt, c’est l’inf la­tion. On pense que l’in­fla­tion se­ra un élé- ment cru­cial et, pour notre part, on est d’avis qu’elle va aug­men­ter et pro­ba­ble­ment se si­tuer au- des­sus de 2 % pour l’an­née 2018. Ce­la au­ra pour ré­sul­tat que la Banque du Ca­na­da, tout comme la Ré­serve fé­dé­rale, va aug­men­ter ses taux.

FI : Vous es­ti­mez que les dé­ci­sions de pla­ce­ment non tra­di­tion­nelles of­fri­ront un meilleur rap­port risque- ren­de­ment. Quelles stra­té­gies vous in­té­ressent plus par­ti­cu­liè­re­ment ?

FB : Nous pen­sons que les stra­té­gies non tra­di­tion­nelles vont don­ner de bons ré­sul­tats, parce que les stra­té­gies tra­di­tion­nelles comme les obli­ga­tions et les ac­tions se sont ex­trê­me­ment bien illus­trées au cours des 30 der­nières an­nées, par­ti­cu­liè­re­ment de­puis la crise de 2008. Donc, il n’y a pas beau­coup de jus. Se­lon nous, les stra­té­gies non tra­di­tion­nelles vont pro­duire de bons ren­de­ments, parce qu’elles sont moins tri­bu­taires de la baisse des taux d’in­té­rêt que les obli­ga­tions et, jus­qu’à un cer­tain point, que les ac­tions. Une de nos stra­té­gies pré­fé­rées, c’est l’agri­cul­ture. C’est une nou­velle stra­té­gie où il y a d’im­por­tants be­soins de ca­pi­taux et où la cir­cons­tance d’offre et de de­mande est at- trayante. Se­lon nous, l’aug­men­ta­tion de la classe moyenne dans les pays en dé­ve­lop­pe­ment va contri­buer à une forte hausse de la de­mande. De plus, la dis­po­ni­bi­li­té des terres arables est en di­mi­nu­tion constante, et en in­ves­tis­sant dans l’agri­cul­ture, on peut amé­lio­rer la pro­duc­ti­vi­té et po­ten­tiel­le­ment bé­né­fi­cier de prix à l’heure. C’est la stra­té­gie qu’on pense êt re la plus por­teuse.

On aime aus­si les fonds de cou­ver­ture, qui ne sont vrai­ment pas re­cher­chés ces jours- ci. C’est sûr que quand les mar­chés bour­siers aug­mentent de 10 à 15 % par an­née, on ne re­garde pas vrai­ment les stra­té­gies de cou­ver­ture. Mais dans un en­vi­ron­ne­ment plus nor­mal, au­quel on s’at­tend dans les pro­chaines an­nées, la de­mande en stra­té­gies de cou­ver­ture de­vrait re­prendre.

FI : Quelles sont les pers­pec­tives pour le re­ve­nu fixe dans les 12 à 24 pro­chains mois ?

FB : Pas très bonnes, je vous di­rais. Comme je l’ai men­tion­né, on s’at­tend à ce que les taux soient à la hausse, que la Banque du Ca­na­da com­mence à aug­men­ter ses taux de fa­çon plus éner­gique l’an pro­chain, que l’inf la­tion soit plus éle­vée. De plus, au même mo­ment, on se re­trouve avec des écarts de cré­dit aux en­tre­prises as­sez ser­rés. Ce­la ne laisse pas beau­coup d’es­pace pour réa­li­ser de gros ren­de­ments d’obli­ga­tions pour l’an­née 2018.

FI : Quels signes vous font croire que les banques cen­trales vont re­lâ­cher leur ap­proche in­ter­ven­tion­niste ?

FB : On pense que les après de la crise de 2008 sont main­te­nant der­rière nous. L’éco­no­mie va beau­coup mieux. L’in­fla­tion com­mence à s’amé­lio­rer, donc il n’y a plus de rai­son de sou­te­nir l’éco­no­mie par des po­li­tiques mo­né­taires beau­coup t rop souples . Dans cet en­vi­ron­ne­ment-là, nous croyons que les banques cen­trales vont re­de­ve­nir ce qu’elles étaient au­pa­ra­vant, qu’elles vont aug­men­ter les taux pour les ra­me­ner à des ni­veaux plus neutres.

FI : Est- ce que la hausse ré­cente, en sep­tembre, du taux di­rec­teur de la Banque du Ca­na­da vous a sur­pris ?

FB : Un peu, en rai­son du mo­ment où ça été ef­fec­tué. On croyait qu’il était né­ces­saire d’aug­men­ter les taux, mais on pen­sait qu’elle le fe­rait au mois d’oc­tobre. Quand on re­garde ça dans une pers­pec­tive plus longue, que ça se fasse au mois de sep­tembre ou au mois d’oc­tobre n’a pas vrai­ment d’in­ci­dence, mais en gros, ça am­pli­fie peut- être les pro­blèmes de com­mu­ni­cat ion que la Banque connaît de­puis un mo­ment.

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