Ma­nu­vie pour­suit son at­té­nua­tion des risques

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR GUILLAUME POULIN- GOYER

LA FI­NAN­CIÈRE MA­NU­VIE fait un pas de plus dans la ré­duc­tion des risques de ses ac­ti­vi­tés. Après avoir ces­sé les ventes de rentes fixes in­di­vi­duelles à la fin de juin, l’as­su­reur fait une offre in­usi­tée à de nom­breux dé­ten­teurs de FPG Sé­lect as­sor­tis de l’op­tion RevenuPlus afin qu’ils aban­donnent leurs contrats.

D’ici le 14 dé­cembre, des conseillers en sé­cu­ri­té fi­nan­cière de­vront ren­con­trer bon nombre de ces clients dé­ten­teurs de la ver­sion ori­gi­nale du pro­duit et éva­luer avec eux l’offre unique à du­rée li­mi­tée de trans­for­mer la va­leur mar­chande de leur Sé­rie RevenuPlus en fonds dis­tinct or­di­naire de type 75/75, en plus de re­ce­voir un dé­pôt com­plé­men­taire four­ni par Ma­nu­vie.

Les clients ne sont pas obli­gés d’ac­cep­ter l’offre. Ma­nu­vie ré­mu­né­re­ra les conseillers 500$, que l’is­sue de cette ren­contre mène à son ac­cep­ta­tion ou à son re­fus.

La va­leur du dé­pôt com­plé­men­taire va­rie pour chaque client se­lon, no­tam­ment, la va­leur mar­chande des dé­pôts en date du 31 mars 2018, la va­leur

des ga­ran­ties et l’âge. Le cal­cul est fon­dé sur des hy­po­thèses éco­no­miques et dé­mo­gra­phiques.

Dans une com­mu­ni­ca­tion aux conseillers, l’as­su­reur note que : « puisque Ma­nu­vie doit conser­ver du ca­pi­tal pour sou­te­nir les ga­ran­ties au contrat de la Sé­rie RevenuPlus, la mo­di­fi­ca­tion du contrat ap­por­te­ra une plus grande flexi­bi­li­té à Ma­nu­vie pour dé­ga­ger ce ca­pi­tal et en faire une meilleure uti­li­sa­tion ».

« Il y a un avan­tage fi­nan­cier pour Ma­nu­vie par rap­port à cette offre- là. On écoute aus­si nos clients et conseillers qui disent que ce contrat ne ré­pond pas né­ces­sai­re­ment aux at­tentes des clients dont les be­soins ont chan­gé » , in­dique Ma­rie Gau­thier, res­pon­sable des pro­duits d’in­ves­tis­se­ment ga­ran­tis chez Ma­nu­vie.

Cer­tains clients pour­raient aus­si pré­fé­rer la sou­plesse qu’offre le dé­pôt sup­plé­men­taire. « Cer­tains clients ont be­soin de faire des re­traits plus éle­vés que les re­traits ga­ran­tis, ils ont be­soin de sor­tir plus d’ar­gent. En fai­sant ce­la, il y a un im­pact né­ga­tif sur leurs ga­ran­ties fu­tures, ce qui n’est pas né­ces­sai­re­ment la meilleure fa­çon d’uti­li­ser leur contrat » , note Ma­rie Gau­thier.

Il y a aus­si eu des plaintes au su­jet des frais éle­vés de ces contrats, les­quels ré­duisent les ren­de­ments, ajoute-t- elle. En­fin, d’autres clients semblent ne plus avoir be­soin des ga­ran­ties, dit- elle.

« On voit la dé­ter­mi­na­tion des nou­veaux ges­tion­nai res à con­ti­nuer le tra­vail de de­ris­king [ at­té­nua­tion des risques au bi­lan] qui a été en­tre­pris à la suite de la crise fi­nan­cière de 2009 », ex­plique Ro­bert Lan­dry, con­sul­tant et ex-vice- pré­sident exé­cu­tif chez AXA Ca­na­da.

Se­lon lui, cer­taines ga­ran­ties de RevenuPlus forcent Ma­nu­vie à ados­ser un ca­pi­tal réglementaire im­por­tant. « Ce ca­pi­tal n’est pas dé­ployé dans des ac­tifs ren­tables, ou dans des oc­ca­sions d’af­faires ren­tables ou dans les mar­chés les plus ren­tables », note Ro­bert Lan­dry.

GARE À LA CONFOR­MI­TÉ

Consi­dé­rant la com­plexi­té du pro­duit et l’as­pect ir­ré­ver­sible de l’offre, les conseillers doivent bien l’ana­ly­ser et bien in­for­mer le client.

De plus, ce type d’ana­lyse unique en son genre ac­croît la res­pon­sa­bi li­té fi­du­ciaire du conseiller à l’égard de son client, par rap­port à une ana­lyse ha­bi­tuelle, juge Ro­bert Lan­dry : « Par consé­quent, les di­rec­teurs de ca­bi­net et les res­pon­sables de la confor­mi­té doivent re­dou­bler d’exi­gence et de di­li­gence dans le trai­te­ment des dos­siers. Les risques sont très éle­vés qu’on com­mette une er­reur ou que le client re­vienne un jour et dise qu’il a mal com­pris. Et ça va ar­ri­ver. » Se­lon lui, les risques de pour­suites ju­di­ciaires sont aus­si éle­vés.

« On a consul­té les as­so­ciat ions ré­gle­men­taires ca­na­diennes parce qu’on vou­lait vrai­ment s’as­su­rer que ce qu’on fai­sait était équi­table. Pour toutes les com­mu­ni­ca­tions et tous les do­cu­ments qu’on a pré­pa­rés, on a fait le né­ces­saire pour que, d’un cô­té lé­gal ou réglementaire, ce soit une offre bien pour le client. On a mis beau­coup d’ef­forts sur ce plan », ex­plique Ma­rie Gau­thier.

GA­RAN­TIES EXPLIQUÉES

RevenuPlus est un contrat de rente à ca­pi­tal va­riable qui vise no­tam­ment à ai­der le client à fi­nan­cer sa re­traite grâce à un re­ve­nu via­ger. Un client qui y re­nonce per­drait plu­sieurs avan­tages, d’où la rai­son pour la­quelle Ma­nu­vie offre une com­pen­sa­tion for­fai­taire. Par­mi ces avan- tages, no­tons la ma­nière dont peut évo­luer le mon­tant d’ar­gent à par­tir du­quel se­ra éta­blie la rente via­gère que tou­che­ra le client lors­qu’il se­ra en phase de dé­cais­se­ment.

Ce mon­tant, ap­pe­lé solde du re­trait ga­ran­ti ( SRG), est bo­ni­fié de 5 % à la fin de toute an­née ci­vile au cours de la­quelle au­cun re­trait n’a été ef­fec­tué. Cette bo­ni­fi­ca­tion an­nuelle, cal­cu­lée se­lon un in­té­rêt non com­po­sé sur les dé­pôts faits par le client, n’est pas un dé­pôt en es­pèces sup­plé­men­taire : elle aug­mente le mon­tant ga­ran­ti pour le cal­cul de la rente.

De plus, le SRG peut aus­si aug­men­ter si la va­leur mar­chande du fonds sous- ja­cent croît de ma­nière su­pé­rieure à la bo­ni­fi­ca­tion an­nuelle. Le cas échéant, une ré­ini­tia­li­sa­tion trien­nale peut ve­nir cris­tal­li­ser le SRG à un ni­veau qui de­vien­dra le nou­veau mon­tant à par­tir du­quel est cal­cu­lée la rente.

No­tons que les frais an­nuels de RevenuPlus, qui vont de 0,55 % à 1,25 %, li­mitent la pro­gres­sion et les ren­de­ments du fonds. Par exemple, un fonds mondial équi­li­bré neutre pour­rait payer des frais an­nuels to­taux at­tei­gnant 4,16 %, soit un ratio des frais de ges­tion de 2,91 % plus des frais RevenuPlus de 1,25 %.

Par ailleurs, lorsque le client est en mode dé­cais­se­ment, il peut avoir droit à une rente via­gère cor­res­pon­dant à 5 % du SRG à comp­ter de 65 ans. Un client peut aus­si tou­cher un re­ve­nu ga­ran­ti de 5 % pen­dant 20 ans avant l’âge de 60 ans.

L’un des autres avan­tages de RevenuPlus est l’ac­cès au ca­pi­tal. Con­trai­re­ment à une rente via­gère, pour la­quelle le client s’aliène tout son ca­pi­tal en échange de sa rente, la Sé­rie RevenuPlus per­met au client de re­ce­voir la va­leur mar­chande de son fonds dis­tinct en cas de be­soin. Le cas échéant, il per­drait alors plu­sieurs ga­ran­ties.

Le fonds dis­tinct de rem­pla­ce­ment que pro­pose Ma­nu­vie, la Sé­rie 75, n’a au­cune des ga­ran­ties pré­cé­dentes, ex­cep­té l’ac­cès au ca­pi­tal. C’est un fonds dis­tinct stan­dard avec une ga­ran­tie de 75 % à l’échéance et de 75 % au dé­cès. La Sé­rie RevenuPlus est as­sor­tie d’une ga­ran­tie de 75 % à l’échéance et de 100 % au dé­cès.

La Sé­rie 75 a des frais an­nuels moins éle­vés que RevenuPlus. Par exemple, le même fonds mondial équi­li­bré neutre ci­té pré­cé­dem­ment a un ratio des frais de ges­tion de 2,91 %.

Les clients qui dé­tiennent la Sé­rie RevenuPlus dans un compte non en­re­gis­tré re­ce­vront un feuillet fis­cal T3 et, dans le cas des ré­si­dents du Qué­bec, un re­le­vé RL-16 dis­tinct à l’égard du dé­pôt com­plé­men­taire pour l’an­née d’im­po­si­tion en cours. Ces feuillets s’ajoutent aux autres feuillets fis­caux an­nuels ha­bi­tuels, ce qui vient ré­duire la va­leur nette d’im­pôt de cet avan­tage. Ce­pen­dant, au­cun feuillet fis­cal ne se­ra pro­duit lorsque la Sé­rie RevenuPlus est dé­te­nue dans des ré­gimes en­re­gis­trés et im­mo­bi­li­sés.

Par ailleurs, Ma­nu­vie a re­ti­ré du mar­ché RevenuPlus en 2012 et l’a rem­pla­cé par un autre pro­duit, Re­trai­teP­lus, dont les ga­ran­ties sont moins avan­ta­geuses pour le client.

TOUT DÉ­PEND DU CLIENT !

« Est- ce que ça vaut la peine d’ac­cep­ter l’offre ? Ça dé­pend », ré­sume Louis Thi­bault, vi­ce­pré­sident as­su­rances chez MICA Ca­bi­nets de ser­vices fi­nan­ciers.

Se­lon lui, un conseiller mé­tho­dique de­vrait ren­con­trer son client, vé­ri­fier l’état de sa si­tua­tion per­son­nelle et com­pa­rer des scé­na­rios de re­traite dans les cas où il ac­cep­te­rait l’offre de Ma­nu­vie par rap­port aux cas où il gar­de­rait RevenuPlus. Louis Thi­bault note qu’il ne s’agit pas d’une mau­vaise offre, mais que les ga­ran­ties au contrat ont aus­si une va­leur dont on doit te­nir compte.

« Si le client a pris ce pro­duit pour les bonnes rai­sons et que sa si­tua­tion n’a pas chan­gé, pro­ba­ble­ment qu’il va le gar­der » , es­time Louis Thi­bault.

Un client qui au­rait, par exemple, une san­té très pré­caire, ce qui ré­dui­rait de fa­çon si­gni­fi­ca­tive son es­pé­rance de vie, pour­rait ac­cep­ter l’offre et pro­fi­ter de cette porte de sor­tie. Un client qui a su­bi des re­vers fi­nan­ciers im­por­tants et qui en­vi­sa­geait dé­jà d’aban­don­ner ce pro­duit parce qu’il a be­soin de son ar­gent pour­rait aus­si pro­fi­ter de cette oc­ca­sion.

Tou­te­fois, si un client a sous­crit ce pro­duit dans un compte non en­re­gis­tré, le fait que le dé­pôt com­plé­men­taire soit im­po­sable ré­duit la va­leur après im­pôt de ce dé­pôt. « Pour ce type de client, l’offre vaut moins la peine » , ex­plique Louis Thi­bault.

Il donne aus­si l’exemple d’un client qui a op­té pour RevenuPlus dans le seul ob­jec­tif d’avoir une rente de re­traite et qui ar­rive à la re­traite dans la pro­chaine an­née. Dans ce cas, son conseiller pour­rait éva­luer quel se­rait l’ef­fet d’uti­li­ser la somme for­fai­taire et la va­leur mar­chande, puis d’ache­ter une rente via­gère à par­tir d’un compte en­re­gis­tré.

« À ce mo­ment, quel se­ra mon re­ve­nu de re­traite par rap­port à mon re­ve­nu avec RevenuPlus ? Il fau­dra l’éva­luer au cas par cas. Tou­te­fois, avec RevenuPlus, je peux en tout temps prendre mon ar­gent à sa juste va­leur mar­chande. Si j’achète une rente, je n’ai pas ac­cès à mon ar­gent au be­soin. J’ai un in­con­vé­nient que je dois consi­dé­rer », note Louis Thi­bault.

Se­lon lui, un client qui est loin de la re­traite et qui peut pro­fi­ter en­core de plu­sieurs an­nées où il tou­che­ra une bo­ni­fi­ca­tion an­nuelle de 5 % pour ab­sence de re­traits pour­rait re­fu­ser l’offre. « Il faut faire des cal­culs, mais on est à une étape du cycle éco­no­mique où on se dit qu’il va pos­si­ble­ment y avoir une crise. Est- ce que c’est le bon ti­ming de dé­bar­quer d’un pro­duit qui a de belles ga­ran­ties alors que le risque de baisse de mar­ché est pré­sent ? Ça dé­pend du client, mais à mon avis, non. »

« S’il y a une baisse des mar­chés, les ga­ran­ties vont coû­ter en­core plus cher à Ma­nu­vie, parce que l’écart entre la va­leur mar­chande du fonds et la va­leur ga­ran­tie va aug­men­ter avec le temps », ajoute Louis Thi­bault.

Ma­nu­vie note que seuls les clients ad­mis­sibles à un dé­pôt com­plé­men­taire su­pé­rieur à 5 000 $ re­ce­vront une offre cet au­tomne. Les autres clients ad­mis­sibles re­ce­vront une offre en 2019.

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