L’onde de choc Van­guard

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR JEAN- FRAN­ÇOIS BARBE

en lan­çant quatre fonds com­muns de pla­ce­ment ( FCP) à bas frais de ges­tion au dé­but de l’été der­nier, Pla­ce­ments

Van­guard Ca­na­da met les spé­cia­listes de la ges­tion ac­tive au dé­fi. Les ma­nu­fac­tu­riers de FCP de­vront- ils ré­vi­ser leurs struc­tures de prix? Chose cer­taine, les dis­tri­bu­teurs sont à l’af­fût.

Se­lon les aper­çus des fonds, les frais de ges­tion de sé­rie F ne dé­passent pas 0,5%. Van­guard si­gnale que les frais de ges­tion pour­raient être ré­duits si les ren­de­ments sont in­fé­rieurs à ceux des in­dices de ré­fé­rence. En re­vanche, ils sont pla­fon­nés à 0,5%, peu im­porte les gains ob­te­nus.

Ce fai­sant, Van­guard ré­duit les coûts en ges­tion ac­tive. Se­lon les don­nées de dé­cembre 2017 trans­mises par Me­gan Cobb, ana­lyste prin­ci­pale chez Stra­te­gic In­sight,

les frais de ges­tion moyens de sé­rie F pon­dé­rés en fonc­tion de l’ac­tif se si­tuent à 0,83 %.

Dis­tri­bués en sé­ries F et I ( pour in­ves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels), les quat re fonds de Van­guard sont pi lo­tés par des sous- conseillers d’en­ver­gure, tels que Baillie Gif­ford Over­seas (voir « En sa­voir plus » plus bas). Le pla­ce­ment mi­ni­mum est de 5 000 $ pour les parts de sé­rie F, et de 1 M$ pour les parts de sé­rie I.

Ex- vice- pré­sident prin­ci­pal, so­lu­tions gé­rées chez Fonds Dy­na­mique, Marc St- Pierre ne cache pas son en­thou­siasme. « Au Ca­na­da, Van­guard a fait sa marque comme ma­nu­fac­tu­rier de fonds né­go­ciés en Bourse [ FNB]. Avec ces quatre fonds com­muns, il fait un pas en avant. Dans l’in­dus­trie, il y au­ra une onde de choc. Les ma­nu­fac­tu­riers ayant des frais éle­vés, mais qui gé­nèrent peu de ren­de­ments de­vront fa­ta­le­ment abais­ser leurs frais » , dit ce­lui qui est main­te­nant à la tête de MSP & As­so­ciés, sa firme de consul­ta­tion en ges­tion de pa­tri­moine.

Marc St- Pierre re­joint ain­si le point de vue d’iA Va­leurs mo­bi­lières. Dans une note de re­cherche in­ti­tu­lée « Van­guard to en­ter the ac­tive mu­tual fund space with dirt- cheap of­fe­rings » ( 23 fé­vrier 2018), les ana­lystes James Gau­thier et De­nise Da­vids es­timent que Van­guard est en voie de de­ve­nir un « ca­ta­ly­seur de chan­ge­ment » au­près des ma­nu­fac­tu­riers de FCP.

Dans le monde de la dis­tri­bu­tion, la marque Van­guard ré­sonne po­si­ti­ve­ment.

« À pre­mière vue, ces nou­veaux fonds com­muns à bas coûts risquent de bou­le­ver­ser l’in­dus­trie. L’ini­tia­tive est brillante. Van­guard re­met la ges­tion ac­tive à l’ordre du jour. Et elle ar­rive au bon mo­ment, compte te­nu des risques de cor­rec­tions de mar­chés », dit Sté­phane Beaulieu, vice-pré­sident in­vest is­se­ment chez MICA Ca­bi­nets de ser­vices fi­nan­ciers.

Il faut dire que Van­guard a les moyens de ses am­bi­tions.

Éta­bli dans la ré­gion de Phi­la­del­phie, ce ma­nu­fac­tu­rier a com­men­cé ses act ivi­tés en 1975 en lan­çant le pre­mier fonds in­di­ciel en Amé­rique du Nord. Une qua­ran­taine d’an­nées plus tard, Van­guard af­fiche 5,1 T$ US ( bil­lions, ou mil­lions de mil­lions, tril­lions en an­glais) d’ac­tif sous ges­tion, dont en­vi­ron 70 % se concentre en ges­tion pas­sive. Deuxième ges­tion­naire d’ac­tif de la pla­nète, Van­guard pour­rait tôt ou tard coif­fer le nu­mé­ro un, Bla­ckRock, en rai­son de sa crois­sance ful­gu­rante, comme l’illus­trent des en­trées nettes de 1 G$ US par jour ou­vrable.

« LES CONSEILLERS À LA MA­NOEUVRE »

Ana­lyste en ser­vices fi­nan­ciers chez Ca­nac­cord Ge­nui­ty, Scott Chan pense que cer­tains ma­nu­fac­tu­riers in­dé­pen­dants su­bi­ront un choc. « Je ne crois pas que les ma­nu­fac­tu­riers imi­te­ront la struc­ture de frais de Van­guard. En re­vanche, les ma­nu­fac­tu­riers in­dé­pen­dants sont vul­né­rables. Ils ne pour­ront main­te­nir leurs struc­tures de frais qu’à la condi­tion de gé­né­rer des per­for­mances su­pé­rieures à la moyenne », af­firme-t-il.

Dans l’es­prit de Marc St-Pierre, la pres­sion sur la baisse des frais de ges­tion pro­vien­dra des conseillers eux- mêmes. « Les conseillers me disent qu’ils ont de plus en plus de dif­fi­cul­té à jus­ti­fier les frais au­près de leur clien­tèle. Les ges­tion­naires qui n’ont pas dé­mon­tré de ca­pa­ci­té sou­te­nue à gé­né­rer de l’al­pha au­ront du mal à se main­te­nir en vie. Les conseillers se­ront à la ma­noeuvre », dit Marc St-Pierre.

SUR LE TER­RAIN

Marc Du­buc est re­pré­sen­tant en épargne col lect ive chez Ser­vices en pla­ce­ments Peak. À titre d’ex- di­rec­teur prin­ci­pal stra­té­gie mar­ke­ting et ges­tion de l’offre du ma­nu­fac­tu­rier de fonds Fi­du­cie Des­jar­dins, il a une riche ex­pé­rience du lan­ce­ment de nou­veaux pro­duits.

« Les gens de Van­guard sont gé­né­ra­le­ment très in­no­va­teurs. Ils trou­ve­ront des conseillers ré- cep­tifs à leur nou­velle offre. Per­son­nel­le­ment, j’at­ten­drai deux ou trois ans avant de pen­ser à adop­ter les fonds com­muns de Van­guard, ques­tion de leur lais­ser le temps de faire leurs preuves », dit Marc Du­buc.

Vice-pré­sident, ventes, in­ves­tis­se­ments et re­traite du Groupe Clou­tier, Ro­bert La­chance pré­fère aus­si se gar­der une cer­taine marge de ma­noeuvre. « Il y au­ra de la pres­sion de la part des consom­ma­teurs, sur­tout de ceux qui ont plus de 100 000 $ d’ac­tif. La ques­tion des coûts est de­ve­nue l’une de leurs cordes sen­sibles. Il est im­pos­sible d’y échap­per. Gé­né­ra­le­ment, nous vou­lons un his­to­rique d’au moins trois ans avant de sug­gé­rer de nou­veaux pro­duits à nos conseillers », si­gnale-t-il.

D’ailleurs, ajoute le res­pon­sable du Groupe Clou­tier, le mar­ché des fonds ac­tifs à bas coûts n’est pas in­ex­plo­ré. « Il existe des pro­duits très com­pé­ti­tifs de sé­rie F, no­tam­ment en ac­tions in­ter­na­tio­nales. Il fau­dra les com­pa­rer avec ceux de Van­guard », constate Ro­bert La­chance.

Di­rec­teur gé­né­ral d’Ex­cel Ges­tion Pri­vée, une di­vi­sion du Groupe Fi­nan­cier Ho­ri­zons, Nor­mand Mo­rin n’est pas prêt à dé­rou­ler le ta­pis rouge. « Le ren­de­ment net, après les frais, consti­tue l’élé­ment clé à consi­dé­rer. Les fonds ayant des frais de ges­tion bas ne sont pas né­ces­sai­re­ment les plus ren­tables pour les in­ves­tis­seurs. Sup­po­sons aus­si qu’un fonds de Van­guard sous- per­forme son in­dice de ré­fé­rence : est- ce que la baisse des frais de ges­tion au­ra un im­pact si­gni­fi­ca­tif par rap­port à d’ autres fonds qui af­fi­che­raient de meilleurs ren­de­ments ?» s’ in­ter­roge-t-il.

Il est vrai­sem­blable que les quatre fonds ac­ti­ve­ment gé­rés de Van­guard ne sont qu’un dé­but. « Dans l’im­mé­diat, nous ne pré­voyons pas de nou­veaux lan­ce­ments. Ce­pen­dant, il est pro­bable que nous amè­ne­rons sur le mar­ché d’autres stra­té­gies à faibles coûts » , dit Ben­ja­min Crea­ry, di­rec­teur des ventes pour les comptes na­tio­naux chez Pla­ce­ments Van­guard Ca­na­da.

Ben­ja­min Crea­ry pré­cise que deux chefs de vente ( who­le­sa­lers) couvrent le ter­ri­toire qué­bé­cois. À en ju­ger par les ré­ponses des dis­tri­bu­teurs, ils ont du pain sur la planche, car les ventes ne leur tom­be­ront pas du ciel.

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