« Wal­mar­ti­sa­tion » de l’in­dus­trie ?

Les conseillers res­tent di­vi­sés sur la vente en ligne de pro­duits d’as­su­rance vie sans in­ter­mé­diaire.

Finance et Investissement - - BAROMÈTRE 2018 DE L’ASSURANCE - PAR FRÉ­DÉ­RIC ROY

les conseillers en sé­cu­ri­té fi­nan­cière in­ter­ro­gés dans le cadre du Ba­ro­mètre 2018 de l’as­su­rance de Fi­nance et In­ves­tis­se­ment ne par­viennent pas à s’en­tendre sur la vente de pro­duits d’as­su­rance vie en ligne sans l’in­ter­ven­tion d’un pro­fes­sion­nel.

« Les au­to­ri­tés de ré­gle­men­ta­tion en­voient un mes­sage contra­dic­toire en met­tant d’une part de la pres­sion sur les règles de confor­mi­té du conseiller, et d’autre part, en fai­sant croire au pu­blic qu’elles veillent sur l’in­dus­trie, tout en to­lé­rant une wal­mar­ti­sa­tion" de l’as­su­rance » , sou­tient un ré­pon­dant.

Le pro­jet de loi 141 du gou­ver­ne­ment du Qué­bec, adop­té à la fin de la der­nière ses­sion par­le­men­taire, pré­voit l’ou­ver­ture à la vente de cer­tains pro­duits d’as­su­rance de per­sonnes.

Dès juin 2019, les clients pour­ront ob­te­nir des pro­duits di­rec­te­ment en ligne sans avoir à par­ler avec un conseiller en sé­cu­ri­té fi­nan­cière dû­ment en­re­gis­tré au­près de l’Au­to­ri­té des mar­chés fi­nan­ciers ( AMF).

D’ici là, le ré­gu­la­teur a pro­mis de te­nir des consul­ta­tions et de prendre des me­sures pour en­ca­drer, avec des ba­lises claires, la dis­tri­bu­tion de pro­duits d’as­su­rance par In­ter­net.

Le dé­bat fait rage de­puis deux ans et les ar­gu­ments de manque de connais­sance des clients et de be­soins de conseils d’une per­sonne phy­sique n’ont pas convain­cu le mi­nist re des Fi­nances, Car­los Leitão, et les membres de la Com­mis­sion des fi­nances pu­bliques de re­ve­nir sur leur pro­po­si­tion.

Mal­gré tout, les deux tiers des conseillers in­ter­ro­gés voient d’un mau­vais oeil l’ou­ver­ture à la vente en ligne.

« Vous croyez qu’un client va s’ou­vrir à par­ler de ses rêves, pro­jets, per­cep­tion de la vie à un par­fait étran­ger qu’il n’a ja­mais vu et qu’il ne re­ver­ra ja­mais ? Ima­gi­nez- vous la qua­li­té de l’ana­lyse qui est à la base de la re­com­man­da­tion », ex­plique l’un d’eux.

Ils croient que les clients connaî­tront des dif­fi­cul­tés au mo­ment de faire des ré­cla­ma­tions.

Un ré­pon­dant ex­plique qu’une sou­mis­sion pour une po­lice d’as­su­rance vie faite en ligne sans tests mé­di­caux de­man­dés pour­rait re­ce­ler des sur­prises si ja­mais la ma­la­die frappe le client su­bi­te­ment.

L’as­su­reur de­man­de­ra alors des preuves mé­di­cales au mo­ment de la ré­cla­ma­tion du client, alors que ce der­nier est ma­lade.

« Dans la ma­jo­ri­té des cas, le client ne com­prend pas les dé­tails de la po­lice d’as­su­rance vie […] La plu­part du temps, le client n’ob­tien­dra pas la to­ta­li­té du mon­tant qu’il pen­sait avoir », dit-il.

Un autre com­men­taire fré­quent fait par les conseillers en sé­cu­ri­té fi­nan­cière se po­si­tion­nant contre la vente en ligne d’as­su­rance vie est de sa­voir à qui prof ite­ra réel­le­ment cet te nou­velle loi.

« Ce pro­jet vise la vente mas­sive pour aug­men­ter les pro­fits des banques et des caisses » , ex­plique l’un d’eux, fai­sant écho à des pro­pos si­mi­laires.

VI­VE­MENT LE PRO­GRÈS TECH­NO­LO­GIQUE

Près du tiers des conseillers in­ter­ro­gés croient néan­moins que la dis­tri­bu­tion de pro­duits d’as­su­rance en ligne est une bonne chose ou n’ont pas d’opi­nion sur le su­jet.

Ces der­niers sou­tiennent qu’il s’agit tout sim­ple­ment d’un rat­tra­page lé­gis­la­tif face à une ten­dance mon­diale.

« La tech­no­lo­gie et les lo­gi­ciels sont de plus en plus per­for­mants pour gui­der les consom­ma­teurs dans une dé­marche d’étude de be­soins et dans l’éva­lua­tion des types de pro­tec­tion re­quise. Mal­gré ce­la, l’ex­per­tise du conseiller est une va­leur sûre pour ai­der le consom­ma­teur dans ses choix », sou­ligne l’un d’eux.

Ce com­men­taire re­joint ce­lui d’un autre conseiller : « Je crois que nous de­vons sa­luer le chan­ge­ment et l’in­no­va­tion, pour une fois que nous y as­sis­tons dans notre do­maine. Notre ob­jec­tif com­mun de­vrait être d’ai­der les fa­milles à éta­blir une si­tua­tion fi­nan­cière plus saine et de gros­sir leur pa­tri­moine, il ne faut pas l’ou­blier », dit-il.

AUG­MEN­TA­TION DU NOMBRE DE CLIENTS ?

Cer­tains ré­pon­dants, bien qu’ils voient d’un mau­vais oeil la vente de pro­duits d’as­su­rance de per­sonnes sim­pli­fiés en ligne, consi­dèrent qu’à terme, ils enre- gis­tre­ront une aug­men­ta­tion de leur clien­tèle.

« Cette ou­ver­ture à la vente en ligne nous ap­por­te­ra plus de clients, puis­qu’elle va créer de l’in­cer­ti­tude chez les clients », sou ligne un conseiller en sé­cu­ri­té fi­nan­cière.

Un autre ré­pon­dant ne consi­dère pas le choix des lé­gis­la­teurs qué­bé­cois comme pro­blé­ma­tique, mais croit que les li­mi­ta­tions tech­no­lo­giques for­ce­ront les clients à re­ve­nir vers un pro­fes­sion­nel de l’as­su­rance de per­sonnes.

« Au mo­ment d’une ré­cla­ma­tion, les clients vont consta­ter l’im­por­tance du con­seil et ils vont se tour­ner vers les conseillers, dit- il. C’est mal­heu­reu­se­ment une réa­li­té. »

Je crois que nous de­vons sa­luer le chan­ge­ment et l’in­no­va­tion.

— Un ré­pon­dant

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