Pla­ni­fier l’im­pré­vi­sible

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR ANNE GAIGNAIRE

« l’âge de la re­traite est tout sim­ple­ment im­pré­vi­sible », af­firme Mor­ning­star dans « The Re­ti re­ment Mi rage : Why In­ves­tors Should Fo­cus Less on Ti­ming and More on Sa­ving », une étude sur l’âge du dé­part à la re­traite des tra­vailleurs. Près de la moi­tié ( 48%) prennent leur re­traite plus tôt qu’ils ne l’avaient en­vi­sa­gé. En moyenne, ils se re­tirent quatre ans avant la date pré­vue.

Les rai­sons sont mul­tiples, se­lon Gaé­tan Veillette, Fel­low

Ad­mi­nis­tra­teur agréé et pla­ni­fi­ca­teur fi­nan­cier. « Par­fois, c’est par choix, par­fois par obli­ga­tion, ex­plique-t-il. Sou­vent, ils ar­rêtent de tra­vailler plus tôt pour des rai­sons de santé ou parce qu’ils perdent leur emploi. La réa­li­té fait dé­vier leurs pro­jec­tions. »

Se­lon l’étude de Mor­ning­star, une dou­zaine de fac­teurs inf luent sur l’âge du dé­part à la re­traite, dont « le genre, la si­tua­tion fa­mi­liale, le ni­veau d’édu­ca­tion, le ni­veau de stress et de charge phy­sique de l’emploi oc­cu­pé ».

Ce­la dit, ces fac­teurs n’ont que « peu ou pas de pou­voir pré­dic­tif sur la pro­ba­bi­li­té de prendre sa re­traite plus tôt que pré­vu. Le seul fac­teur qui nous semble in­di­quer quand quel­qu’un risque de prendre sa re­traite est l’âge pré­vu dans sa pla­ni­fi­ca­tion et la dis­tance de ce­lui- ci par rap­port au chiffre ma­gique de 61 ans. »

En ef­fet, ci­tant un son­dage me­né par la firme de re­cherche Gal­lup, Mor­ning­star rap­pelle que les gens pren­draient leur re­traite quatre ans plus tôt que pré­vu en moyenne.

« L’âge mé­dian au­quel les gens pré­voient prendre leur re­traite, comme l’a me­su­ré un son­dage de l’Em­ployee Be­ne­fit Re­search Ins­ti­tute ( EBRI), était de 65 ans par com­pa­rai­son avec un âge de prise de la re­traite réel de 62 ans, ce qui confirme les conclu­sions de l’étude me­née par Gal­lup », écrit Mor­ning­star dans son rap­port.

Se­lon une étude de l’Uni­ver­si­té du Mi­chi­gan au su­jet de la santé et de la re­traite, les in­di­vi­dus qui pro­jettent de prendre leur re­traite avant 61 ans sont plus sus­cep­tibles de tra­vailler plus long­temps, alors que ceux qui pré­voient la prendre après 61 ans risquent de pro­ba­ble­ment le faire avant cet âge.

« En d’autres mots, l’âge réel de la prise de la re­traite avoi­sine 61 ans, et chaque an­née de tra­vail pré­vue en moins ou en plus de ce chiffre ré­sulte en une dif­fé­rence de six mois dans l’âge réel de la prise de la re­traite, écrit Mor­ning­star au su­jet des don- nées de l’Uni­ver­si­té du Mi­chi­gan. Par exemple, quel­qu’un qui pro­jette de prendre sa re­traite à 69 ans se­ra pro­ba­ble­ment re­trai­té à 65 ans ( 69 - 61= 8 x 0,5 = 4 ; 69 - 4 = 65). »

SANTÉ MEN­TALE

Sou­vent, « les gens sont juste tan­nés de leur emploi ou de tra­vailler. Ils ont ac­cu­mu­lé de la fa­tigue et veulent s’ar­rê­ter », constate Hé­lène Boi leau, pla­ni­fi­ca­trice fi­nan­cière, pla­ce­ment et re­traite dans une suc­cur­sale de La­val de la Banque de Mon­tréal ( BMO).

Une réa­li­té qu’elle prend très au sé­rieux. « Quand je vois des clients qui ont fait un ou plu­sieurs burn- out, je re­fais les cal­culs pour voir com­ment ce se­rait pos­sible pour eux de ces­ser leur tra­vail. C’est très in­sé­cu­ri­sant pour eux de par­tir avant la date pré­vue de la re­traite, mais s’ils ne sont pas bien, i l vaut mieux qu’ils s’ar­rêtent. Alors, quand je vois que ça peut fonct ion­ner, je dé­dra­ma­tise les chiffres, je les aide à vi­sua­li­ser. »

La pla­ni­fi­ca­trice pré­voit éga­le­ment avec ses clients les ajuste- ments à faire quand c’est né­ces­saire : tra­vailler dans un autre do­maine à temps par­tiel ou re­voir à la baisse leur ni­veau de vie, par exemple.

Le dé­part pré­coce n’est pas tou­jours pos­sible, voire conseillé. « Par­fois, les clients ne peuvent pas par­tir, parce qu’ils n’ont pas as­sez mis d’argent de cô­té », ob­serve An­dré La­casse, pla­ni­fi­ca­teur fi­nan­cier chez Ser­vices fi­nan­ciers La­casse.

« En pre­nant une re­traite hâ­tive, le risque aug­mente, rap­pelle pour sa part Gaé­tan Veillette. Le plus grand risque éco­no­mique à la re­traite est de sur­vivre à son ca­pi­tal. »

Or, l’es­pé­rance de vie aug­mente de trois mois par an en moyenne. « Cer­tains in­ves­tis­seurs au­raient be­soin de dou­bler leurs éco­no­mies pour at­teindre leur ob­jec­tif de re­traite » , sou­ligne Mor­ning­star dans son rap­port.

La firme de re­cherche conclut de son étude que « les in­di­vi­dus et les conseillers doivent in­té­grer l’in­cer­ti­tude liée à l’âge du dé­part à la re­traite dans les pla­ni­fi­ca­tions de la re­traite en fo­ca­li­sant sur l’épargne ».

VI­SUA­LI­SER

Pour Hé­lène Boi­leau, c’est une évi­dence. « Je ne fais ja­mais de pla­ni­fi­ca­tion jus­qu’à 65 ans, même si les gens me disent qu’ils veulent tra­vailler jus­qu’à cet âge. Je les convaincs de faire leur pla­ni­fi­ca­tion dans l’hy­po­thèse d’un dé­part à 60 ans. On fait alors un plan plus au­da­cieux avec plus d’ac­tions et plus d’épargne » , ex­plique-t-elle.

Le mes­sage phare des conseillers à leurs clients : épar­gnez ! « L’épargne est le fac­teur fon­da­men­tal d’en­ri­chis­se­ment du pa­tri­moine. C’est le fac­teur clé pour at­teindre ses ob­jec­tifs fi­nan­ciers à la re­traite » , lance Gaé­tan Veillette. D’où l’im­por­tance « de com­men­cer à épar­gner jeune pour prendre l’ha­bi­tude, ajoute An­dré La­casse. Une fois que c’est an­cré, on est en pi­lo­tage au­to­ma­tique et l’épargne s’ac­cu­mule et fruc­ti­fie. »

Pour ai­der les clients à com­prendre l’ef­fort à four­nir afin d’avoir as­sez d’argent pour vivre et se faire plai­sir à la re­traite, il faut les ai­der à vi­sua­li­ser. Les conseillers uti­lisent tous des lo­gi­ciels qui per­mettent de gé­né­rer ra­pi­de­ment dif­fé­rents scé­na­rios se­lon di­vers cri­tères, comme l’âge pré­vu du dé­part à la re­traite et l’épargne ac­cu­mu­lée en fonc­tion des éco­no­mies mises de cô­té. « Je leur montre les scé­na­rios s’ils partent à la re­traite à 65 ans et à 60 ans. En gé­né­ral, il y a un très grand écart. Ça les conscien­tise et les amène sou­vent à mettre plus d’argent de cô­té », té­moigne An­dré La­casse.

Le seul fac­teur qui nous semble in­di­quer quand quel­qu’un risque de prendre sa re­traite est l’âge pré­vu dans sa pla­ni­fi­ca­tion et la dis­tance de ce­lui- ci par rap­port au chiffre ma­gique de 61 ans. — Mor­ning­star

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