À L’AF­FICHE

Il fait par­tie des pion­niers par­mi les ges­tion­naires émer­gents.

Finance et Investissement - - LA UNE - PAR RI­CHARD CLOU­TIER fit top- down,

Hexa­vest en­vi­sage l’ajout de nou­veaux vec­teurs de crois­sance, confirme le pré­sident de la firme d’in­ves­tis­se­ment spé­cia­li­sée en ges­tion d’ac­tions mon­diales, Marc Ch­ris­to­pher La­voie.

« hexa­vest a un po­si­tion­ne­ment dé­fen­sif et 2017 n’a pas été une an­née fa­cile pour nous, mais nous croyons que les mar­chés de­vraient in­ces­sam­ment faire une pause. C’est pour­quoi nous sommes d’avis que la pro­tec­tion du ca­pi­tal de nos clients, pré­sen­te­ment, est le plus im­por­tant » , dit Marc Ch­ris­to­pher La­voie, pré­sident et ges­tion­naire de por­te­feuille, Mar­chés eu­ro­péens, chez Hexa­vest.

Il faut dire que le 22 août 2018, la Bourse amé­ri­caine éta­blis­sait un re­cord pour la plus longue pé­riode de crois­sance in­in­ter­rom­pue. Si la firme mont­réa­laise, re­con­nue pour son ap­proche des­cen­dante ( top- down), se « re­met en ques­tion quo­ti­dien­ne­ment », Marc Ch­ris­to­pher La­voie ajoute que ses « por­te­feuilles ont bien ré­agi » cette an­née pen­dant les quelques épi­sodes au cours des­quels les mar­chés ont fai­bli.

Hexa­vest, une firme d’in­ves­tis­se­ment de type bou­tique spé­cia­li­sée en ges­tion d’ac­tions mon­diales, a tou­jours bien réus­si dans les mar­chés bais­siers, pré­cise-t-il. « Aus­si triste que ce soit, c’est un peu la crise fi­nan­cière de 2007-2008 qui nous a per­mis d’éclore, car je di­rais que, de 1991 à 2007, avoir une éti­quette top- down, c’était plus un vent de face qu’un vent ar­rière. »

À la veille de fê­ter ses 15 ans, en 2019, Hexa­vest em­ploie près de 50 per­sonnes, sert une clien­tèle ma­jo­ri­tai­re­ment ins­ti­tu­tion­nelle et a un ac­tif sous ges­tion ( ASG) de près de 20 G$ en 2018. Si l’ASG est pas­sé de 9,5 à 13,7 G$ en 2012, puis a pro­gres­sé de 31 % au cours des mois sui­vants pour at­teindre 18 G$ au 31 dé­cembre 2013, la pro­gres­sion est moins mar­quée de­puis.

La firme en­vi­sage l’ajout de nou­veaux vec­teurs de crois­sance, conf irme Marc Ch­ris­to­pher La­voie. Il cite en exemple le re­ve­nu fixe, « à condi­tion que ça nous rende meilleurs dans ce que l’on fait pré­sen­te­ment ». Se­lon lui, ça se­ra plus à moyen qu’à court terme, mais ce­lui qui a ac­cé­dé à la pré­si­dence de la so­cié­té en 2017 confirme le be­soin de di­ver­si­fi­ca­tion.

LA VO­LON­TÉ D’EN­TRE­PRENDRE

Hexa­vest a été fon­dée en 2004 par six as­so­ciés qui tra­vaillaient alors chez Ges­tion de por­te­feuille Nat­can, au sein de l’équipe « ac­tions étran­gères » di­ri­gée par Vi­tal Proulx.

Marc Ch­ris­to­pher La­voie, pour sa part, a fait ses dé­buts chez Nat­can en août 2003, au­près de Vi­tal Proulx, à titre d’ana­lyste, ac­tions étran­gères. C’est Marc Le­ca­va­lier, un ami d’uni­ver­si­té, qui l’a mis en re­la­tion avec ce der­nier.

« Marc Ch­ris­to­pher est une per sonne à la foi s très in­tel­lec­tuelle et avec qui on peut s’amu­ser so­cia­le­ment, qui aime beau­coup rire et ras­sem­bler les gens. C’est jus­te­ment sa plus grande qua­li­té, soit d’être une per­sonne com­plète à plu­sieurs égards », ra­conte Marc Le­ca­va­lier, au­jourd’hui vice- pré­sident et ges­tion­naire de por­te­feuille, ac­tions de pe­tite ca­pi­ta­li­sa­tion chez Fie­ra Ca­pi­tal.

« Ce n’est pas un ha­sard s’il a fait le saut en ges­tion de por­te­feuille et a connu beau­coup de suc­cès. Il a tou­jours eu une soif et une fa­ci­li­té d’ap­pren­tis­sage su­pé­rieures à la moyenne. Son cô­té ras­sem­bleur et hu­main l’ai­de­ra gran­de­ment dans son rôle de pré­sident d’Hexa­vest » , ajoute-t-il.

Marc Ch­ris­to­pher La­voie est en­tré chez Nat­can sans sa­voir que, neuf mois plus tard, il quit­te­rait la fi­liale de la Banque Nat io­nale pour dé­mar rer Hexa­vest. Il est d’ailleurs le plus jeune de l’équipe de co­fon­da­teurs, qui re­groupe aus­si Vi­tal Proulx, Marc Veilleux, De­nis R ivest, Ro­ber t Bru­nel le et Fré­dé­ric Im­beault.

« Lorsque j’ai an­non­cé à mes pa­rents qu’on quit­tait la banque pour dé­mar­rer une firme, ils m’ont dit : "Oui, mais à la banque, tu as un fonds de pen­sion", évoque-t-il, le sou­rire aux lèvres. J’avais 28 ans, je suis CA et CFA, alors je me di­sais que si ça ne mar­chait pas, je trou­ve­rais autre chose. »

Vi­tal Proulx, co­chef des pla­ce­ments et pré­sident du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion d’Hexa­vest, ment ionne pour sa par t : « Lors­qu’on a dé­mar­ré la firme, je ne peux pas dire que l’on connais­sait Marc Ch­ris­to­pher de longue date, mais il y avait un de per­son­na­li­té, de culture, de va­leurs entre lui et les autres co­fon­da­teurs. »

Na­tif de la ré­gion de Qué­bec, Marc Ch­ris­to­pher La­voie est l’aî­né d’une fa­mille qui compte trois en­fants. Après un pas­sage de deux ans à l’Uni­ver­si­té La­val, où il a étu­dié l’ac­tua­riat, il a ob­te­nu un bac­ca­lau­réat, puis une maî­trise, op­tion comp­ta­bi­li­té, de l’Uni­ver­si­té de Sher­brooke.

Il a dé­bu­té sa car­rière chez Sam­son Bé­lair/ De­loitte & Touche avant de se joindre à P r ice­wa­te­rhou­seCoo­per s ( PWC), en 2000, à titre de conseiller se­nior, ac­qui­si­tions d’en­tre­prises. En 2002-2003, à l’âge de 27 ans, Marc Ch­ris­to­pher La­voie a pas­sé près d’un an à Ber­lin, au sein d’une équipe mul­ti­dis­ci­pli­naire com­po­sée d’une tren­taine d’ex­perts de PWC ve­nus de Mon­tréal, Londres et New York.

« Ce fut toute une ex­pé­rience », dit-il, et à son re­tour, il avait « tou- jours soif d’ap­prendre ». Après être pas­sé de la comp­ta­bi­li­té à la fus ion- ac­qui s i t ion, Ma rc Ch­ris­to­pher La­voie se ré­oriente de nou­veau, cette fois vers le sec­teur bour­sier, bien qu’il n’eût alors « ja­mais tou­ché un [ ter­mi­nal] Bloom­berg » de sa vie.

Si les dé­buts chez Hexa­vest « n’ont pas été de tout re­pos », en juillet 2006 la firme avait presque ac­cu­mu­lé 1 G$ en ASG. « Nous sommes alors pas­sés en mode dé­fen­sif, pro­ba­ble­ment 12 mois trop tôt, mais c’est aus­si là que nous avons com­men­cé à faire du dé­mar­chage aux États-Unis. »

Plus de 250 ren­contres furent né­ces­saires, no­tam­ment avec des fonds de pen­sion, avant d’ob­te­nir un pre­mier man­dat au sud de la fron­tière. « Le mar­ché cont in­uait de mon­ter et nous de­vions ex­pli­quer pour­quoi nous ob­te­nions une sous­per­for­mance. Mais nous avons gar­dé nos convic­tions et dès que le sys­tème s’est mis à va­ciller, nous avons af­fi­ché une très bonne per­for­mance. En 2008, nous avions plus que com­pen­sé ce que nous avions lais­sé sur la table entre juin 2006 et juin 2007. »

C’est à cet te époque où Hexa­vest per­çait aux États-Unis que l’idée de mettre sur pied au Qué­bec un pro­gramme pour les ges­tion­naires en émer­gence au­rait ger­mé dans l’es­prit de Vi­tal Proulx, croit Marc Ch­ris­to­pher La­voie. Aux États- Unis, les caisses de re­traite pu­bliques consacrent jus­qu’à 1 % de leur ac­tif et par­fois da­van­tage aux ges­tion­naires émer­gents dans le cadre de tels pro­grammes.

Quoi qu’il en soit, les suc­cès amé­ri­cains d’Hexa­vest ins­pirent. « Hexa­vest a ob­te­nu son pre­mier man­dat aux États-Unis par l’in­ter­mé­diaire d’un pro­gramme de ges­tion­naires en émer­gence et c’est ce qui a vé­ri­ta­ble­ment lan­cé la firme. Vi­tal Proulx et son équipe ont dé­mys­ti­fié l’éco­sys­tème des ges­tion­naires émer­gents amé­ri­cains, nous ont mis en contact avec des ac­teurs de ce mi­lieu et nous vi­vons au­jourd’hui les suites de ce trans­fert d’in­for­mat ion » , a f f i rme Ro­ber t Beau­re­gard, co­fon­da­teur et chef des pla­ce­ments de Ges­tion d’ac­tifs Glo­bal Al­pha.

No­tons que Vi­tal Proulx, Marc Ch­ris­to­pher La­voie et plu­sieurs membres d’Hexa­vest sont im­pli­qués au sein du Chan­tier en­tre­pre­neu­riat de Fi­nance Mon­tréal, qui a lan­cé en 2015 le Pro­gramme des ges­tion­naires en émer­gence du Qué­bec ( PGEQ). Son ob­jec­tif est de confier des man­dats de ges­tion à des firmes qué­bé­coises en dé­mar­rage ou de pe­tite taille afin de les ai­der à per­cer le mar­ché ins­ti­tu­tion­nel. En mai 2018, ce pro­gramme pos­sé­dait un ca­pi­tal de 262 M$.

CROÎTRE EN DE­MEU­RANT UNE BOU­TIQUE

Après 2009, Hexa­vest, forte d’une crois­sance « ef fer­ves­cente », voit son ASG pas­ser de 1 G$ à 10 G$ en deux ans, si­gnale Marc Ch­ris­to­pher La­voie.

Comme l’équipe ne compte en­core qu’une ving­taine de per­sonnes, « l’idée de trou­ver un par­te­naire pour dis­tri­buer nos pro­duits et nous ai­der à croître, sans s’in­gé­rer dans nos opé­ra­tions, fait son che­min ». Se­lon Marc Ch­ris­to­pher La­voie, Hexa­vest de­vait dé­ter­mi­ner si elle vou­lait de- ve­nir une firme de dis­tri­bu­tion ou de­meu­rer une bou­tique d’in­ves­tis­se­ment.

La firme d’in­ves­tis­se­ment Ea­ton Vance, de Boston, ap­proche Hexa­vest à cette époque. « Elle nous a "cour­ti­sés" pen­dant une di­zaine de mois, de l’au­tomne 2011 à juin 2012 », avant de faire l’ac­qui­si­tion d’une par­ti­ci­pa­tion de 49 %, de­ve­nant ain­si son par­te­naire de dis­tri­bu­tion à l’ex­té­rieur du Ca­na­da.

Si près de 45 % des clients d’Hexa­vest sont au Ca­na­da, près d’un quart viennent d’Asie Pa­ci­fique et un autre quart, des États- Unis. « L’in­dus­trie de la pen­sion en Asie est im­por­tante. Nous y avons peu de man­dats, mais ils comptent pour de gros mon­tant s » , pré­cise Marc Ch­ris­to­pher La­voie.

Ea­ton Vance vi­sait ini­tia­le­ment une par­ti­ci­pa­tion de 75 %, ce qui cor­res­pond à son mo­dèle d’ac­qui­si­tion ha­bi­tuel, ex­plique Marc Ch­ris­to­pher La­voie, « mais nous n’étions pas prêts à cé­der le contrôle, alors nous avons fi­ni par nous en­tendre sur 49 %, avec une op­tion exer­çable cinq ans plus tard ».

Puis, en jan­vier 2017, Vi­tal Proulx s’est re­ti­ré de la pré­si­dence d’Hexa­vest au pro­fit de Marc Ch­ris­to­pher La­voie. « En 2016, Vi­tal a eu 50 ans. Il di­sait : "J’adore ce que je fais, on a mon­té une belle firme, on est res­pon­sable d’une cin­quan­taine de per­sonnes et des clients comptent sur nous, mais pour les 10-15 an­nées à ve­nir, je vais faire ce qui me plaît vrai­ment." »

« Ame­ner quel­qu’un comme pré­sident, ça me per­met­tait de pas­ser plus de temps dans les choses que j’aime. Marc Ch­ris­to­pher, lui, c’est une per­sonne de dé­tails et on avait be­soin de quel­qu’un avec cette qua­li­té pour être à la tête de la firme », as­sure Vi­tal Proulx, qui se concentre main­te­nant sur sa pas­sion, la ges­tion de por­te­feuille.

L’ im­pl i c ation de Marc Ch­ris­to­pher La­voie dans les né­go­cia­tions avec Ea­ton Vance, en 2011, a été un fac­teur dé­ter­mi­nant dans sa no­mi­na­tion. « Il a été pré­sent dans tous les as­pects de la tran­sac­tion et a ra­pi­de­ment été re­con­nu comme fai­sant par­tie du plan de suc­ces­sion » , confirme Vi­tal Proulx.

En 2017, Ea­ton Vance a choi­si de ne pas exer­cer l’op­tion qui lui au­rait per­mis de prendre le contrôle de la firme, et a plu­tôt de­man­dé à Vi­tal Proulx de s’en­ga­ger en­core pour plu­sieurs an­nées au­près d’Hexa­vest.

« Le fait qu’ils n’aient pas exer­cé leur op­tion n’a pas été per­çu né­ga­ti­ve­ment de notre part, té­moigne Ma rc Chr is­to­pher La­voie. Nous avons en­core un par­te­naire et nous sommes tou­jours maîtres de notre des­ti­née. Nous pou­vons donc en conclure que le mo­dèle d’af­faires fonc­tion­nait bien et que l’ali­gne­ment des in­té­rêts était par­fait. »

Marc Ch­ris­to­pher La­voie ajoute : « Bien qu’il s’agisse pré­sen­te­ment d’une pé­riode où la per­for­mance est moins fa­cile et que, en 2017, de­vant la force de la Bourse, Hexa­vest ait connu une sous- per­for­mance, nous avons confiance en notre style. Nous ne pou­vons pas contrô­ler le mar­ché, mais nous pou­vons contrô­ler le pro­ces­sus, et le pro­ces­sus fonc­tionne. »

Bien qu’il s’agisse pré­sen­te­ment d’une pé­riode où la per­for­mance est moins fa­cile et que, en 2017, de­vant la force de la Bourse, Hexa­vest ait connu une sous­per­for­mance, nous avons confiance en notre style.

— Marc Ch­ris­to­pher La­voie

PHO­TO : MAR­TIN LAPRISE

PHO­TO : MAR­TIN LAPRISE

Aus­si triste que ce soit, c’est un peu la crise fi­nan­cière de 2007-2008 qui nous a per­mis d’éclore, car je di­rais que, de 1991 à 2007, avoir une éti­quette c’était plus un vent de face qu’un vent ar­rière.

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