Vie en­tière : les taux de par­ti­ci­pa­tion ne sont pas du ren­de­ment

Com­pa­rer ces taux avec le ren­de­ment d’une obli­ga­tion ou d’un CPG équi­vaut à com­pa­rer des pommes avec des mar­teaux.

Finance et Investissement - - PRODUITS ET ASSURANCE - PAR DA­NIEL LA­VER­DIÈRE* les so­cié­tés d’as­su­rances. Loi sur *Da­niel La­ver­dière, A. S. A. Pl. fin., Di­rec­teur prin­ci­pal, Centre d’ex­per­tise, Banque Na­tio­nale Ges­tion pri­vée 1859

l’as­su­rance vie en­tière avec par­ti­ci­pa­tion ( VEAP) peut être per­ti­nente pour cer­tains clients, à condi­tion qu’on ne les in­duise pas en er­reur lors­qu’on leur pré­sente ce pro­duit.

En ef­fet, en uti­li­sant trop ra­pi­de­ment les do­cu­ments pro­mo­tion­nels, cer­tains conseillers en sé­cu­ri­té fi­nan­cière risquent de com­pa­rer à tort les taux de par­ti­ci­pa­tion de ces pro­duits avec les ren­de­ments pré­vus d’un cer­ti­fi­cat de pla­ce­ment ga­ran­ti ( CPG), d’un por­te­feuille obli­ga­taire ou d’un por­te­feuille d’ac­tions. Ce genre de com­pa­rai­son est non seule­ment er­ro­né, mais té­moigne d’une mau­vaise com­pré­hen­sion du pro­duit. Voyons pour­quoi.

D’abord, la VEAP est une as­su­rance vie, et non un pla­ce­ment. Un client y sous­crit parce qu’il a un be­soin per­ma­nent d’as­su­rance ou qu’il a des sur­plus d’ac­tifs et veut faire des ap­pli­ca­tions stra­té­giques. Par exemple, un client for­tu­né de 65 ans pour­rait rem­pla­cer pro­gres­si­ve­ment une par­tie de ses titres à re­ve­nu fixe dé­te­nus dans un compte non en­re­gis­tré par une rente as­su­rée, en uti­li­sant une VEAP comme as­su­rance.

Pre­nons le cas d’un homme qui a 36 ans et qui a be­soin de 2 M$ de pro­tec­tion per­ma­nente. Plu­sieurs op­tions s’offrent à lui, mais pour des rai­sons de sim­pli­fi­ca­tion, li­mi­tons-nous au choix entre une VEAP et une tem­po­raire 100 ans ( T100).

La T100 est une as­su­rance per­ma­nente simple. Ce client paie­ra une prime à vie et au­ra un ca­pi­tal- dé­cès ga­ran­ti. Dans ce cas, la prime an­nuelle est de 14 000 $ en­vi­ron. Ce client de­vra s’as­su­rer que ses primes se­ront bien payées, car le contrat ne donne droit à au­cune va­leur en cas de ré­si­lia­tion du contrat avant échéance. Il doit aus­si s’as­su­rer que le contrat ne s’éteint pas à 100 ans et il vou­dra aus­si sa­voir si la prime s’ar­rête à ce mo­ment.

La VEAP est plus com­pli­quée. Dans un pre­mier temps, la prime ga­ran­tie pour ce client est de l’ordre de 39 000 $ et les va­leurs de ra­chat sont ga­ran­ties. Le ca­pi­tal- dé­cès de base est aus­si ga­ran­ti. Les par­ti­ci­pa­tions sont quant à elles non ga­ran­ties ; elles per­met­tront de re­haus­ser le ca­pi­tal- dé­cès et pro­dui­ront des va­leurs de ra­chat ad­di­tion­nelles.

La prime d’une VEAP est si­gni­fi­ca­ti­ve­ment plus éle­vée qu’une T100, no­tam­ment parce qu’une va­leur de ra­chat existe. La prime est éga­le­ment plus éle­vée en rai­son du droit aux par­ti­ci­pa­tions po­ten­tielles. En ef­fet, la prime an­nuelle d’une vie en­tière sans par­ti­ci­pat ion est beau­coup moindre que celle d’une VEAP.

LES AS­SU­REURS PAR­TAGENT LEUR RISQUE

Exa­mi­nons com­ment fonc­tionnent les par­ti­ci­pa­tions fu­tures d’une VEAP. Les par­ti­ci­pa­tions sont un avan­tage aux ti­tu­laires de po­lices, ver­sé pé­rio­di­que­ment, qui pro­vient des bé­né­fices gé­né­rés par la po­lice.

Les par­ti­ci­pa­tions pro­viennent de l’écart fa­vo­rable entre les hy­po­thèses de ta­ri­fi­ca­tion d’un as­su­reur et les ré­sul­tats réels qu’il en­re­gistre. Les prin­ci­pales sources d’écart sont les ren­de­ments fu­turs sur les primes in­ves­ties, les taux de mor­ta­li­té de de­main, les dé­chéances ( aban­dons) de contrats, l’évo­lu­tion des frais ad­mi­nis­tra­tifs no­tam­ment en pé­riode d’in­fla­tion.

Au mo­ment de la fixa­tion de la prime, l’ac­tuaire se po­si­tionne sur cha­cune de ces va­riables et adopte une ap­proche conser­va­trice ( ex. : moins de ren­de­ment, plus de mor­ta­li­té). En consé­quence, la prime fixée au ti­tu­laire est beau­coup plus éle­vée, mais cet ex­cé­dent exi­gé se­ra éven­tuel­le­ment re­tour­né sous forme de « par­ti­ci­pa­tions » aux ti­tu­laires de ces contrats. L’as­su­reur tien­dra cette comp­ta­bi li­té dans un compte de par­ti­ci­pa­tion, et non pas dans ses fonds gé­né­raux.

Voi­ci un élé­ment clé, les taux de par­ti­ci­pa­tion sont en par­tie des primes payées en trop qui sont re­tour­nées au client en rai­son d’hy­po­thèses conser­va­trices. Ce­ci est loin d’être com­pa­rable à un ren­de­ment sur un pla­ce­ment.

En émet­tant des VEAP, les as­su­reurs se trouvent en quelque sorte à par­ta­ger une par­tie du risque avec les ti­tu­laires. Si tout va bien, l’as­su­ré en pro­fite en re­ce­vant des par­ti­ci­pa­tions plus gé­né­reuses. L’as­su­reur en pro­fite éga­le­ment, car il peut conser­ver cer­tains gains dans ses ré­serves pour sta­bi­li­sa­tion des par­ti­ci­pa­tions, afin de sa­tis­faire les exi­gences de ca­pi­tal ré­gle­men­taire, ou pour ver­ser à ses ac­tion­naires en res­pec­tant tou­te­fois les li­mites fixées par l’ar­ticle 461 de la

Les par­ti­ci­pa­tions, qui es­sen­tiel­le­ment sont un rem­bour­se­ment de « trop payé » en rai­son du conser­va­tisme ini­tial dans le cal­cul de la prime, sont ex­pri­mées sous forme d’un pour­cen­tage. Le « trop payé » n’est pas pré­ju­di­ciable à long terme au ti­tu­laire, car tout ex­cé­dent d’ex­pé­rience lui se­ra re­tour­né dans le fu­tur, sou­vent par une cou­ver­ture d’as­su­rance plus éle­vée en cas de dé­cès tar­dif.

Une illustration d’un contrat de type VEAP com­porte des va­leurs ga­ran­ties et une es­ti­ma­tion des va­leurs pou­vant pro­ve­nir des par­ti­ci­pa­tions. Les par­ti­ci­pa­tions peuvent ser­vir sous forme de paie­ment au comp­tant, de ca­pi­ta­li­sa­tion des par­ti­ci­pa­tions, de com­plé­ment d’as­su­rance, de bo­ni­fi­ca­tion d’as­su­rance li­bé­rée ou de ré­duc­tion de primes an­nuelles. En ac­cord avec les lignes di­rec­trices LD6 de l’As­so­cia­tion ca­na­dienne des com­pa­gnies d’as­su­rances de per­sonnes ( ACCAP), un scé­na­rio est pré­sen­té avec le ba­rème des par­ti­ci­pa­tions cou­rantes ain­si qu’un scé­na­rio plus dé­fa­vo­rable. Dans le contexte ac­tuel, il peut même être re­com­man­dé d’évi­ter de por­ter trop at­ten­tion au ba­rème cou­rant.

Il est for­te­ment sug­gé­ré de re­de­man­der pé­rio­di­que­ment ces illus­tra­tions pour voir com­ment les par­ties non ga­ran­ties évo­luent. Le conseiller qui les re­de­mande pour son client ap­por­te­ra une belle va­leur ajou­tée.

C’est d’au­tant plus im­por­tant de le faire que les par­ti­ci­pa­tions sont à la baisse de­puis le dé­but des an­nées 1990. Cette chute s’ex­plique en grande par­tie avec la baisse si­mi­laire ob­ser­vée du ren­de­ment des titres à re­ve­nu fixe. Alors que les par­ti­ci­pa­tions af­fi­chaient des taux avoi­si­nant 12 % en 1990, ces taux sont plus de l’ordre de 6 % en 2018. Cette chute de moi­tié au­ra des im­pacts ma­jeurs sur les illus­tra­tions pro­duites il y a 25 ou 30 ans. Un ac­tuaire me fai­sait sa­voir qu’à l’époque où les agents d’as­su­rance étaient cap­tifs, donc re­pré­sen­taient un as­su­reur en par­ti­cu­lier, le conser­va­tisme pou­vait être plus éle­vé, car la prime était moins com­pa­rée avec un pro­duit ex­terne. Les at­tentes de gains, soit les écarts avec les hy­po­thèses, étaient par consé­quent plus grandes.

Cette baisse des ren­de­ments des titres à re­ve­nu fixe a cer­tai­ne­ment eu un im­pact sur les taux réels de par­ti­ci­pa­tion des ti­tu­laires de po­lices. Ce­pen­dant, des gains ont pro­ba­ble­ment ré­sul­té de l’amé­lio­ra­tion de la mor­ta­li­té, puisque l’es­pé­rance de vie a conti­nué d’aug­men­ter au cours des 30 der­nières an­nées. En ce qui touche les dé­chéances, il semble y en avoir moins se­lon le « Rap­port sur les ins­ti­tu­tions fi­nan­cières » de l’Au­to­ri­té des mar­chés fi­nan­ciers, ce qui aug­mente les coûts et est dé­fa­vo­rable aux par­ti­ci­pa­tions.

Pour ter­mi­ner la com­pa­rai­son entre une T100 et une VEAP, no­tons que si la prime d’une VEAP pou­vait re­pré­sen­ter 2,5 fois celle d’un contrat T100, on pour­rait s’at­tendre à ce qu’un dé­cès à l’es­pé­rance de vie donne en­vi­ron 250 % de la cou­ver­ture ini­tiale ga­ran­tie. Si le client dé­cède hâ­ti­ve­ment, il au­rait for­te­ment pré­fé­ré un contrat T100. Ce­pen­dant, en cas de dé­cès vers 95 ans, on de­vrait re­ce­voir plus que le contrat T100 si on sous­crit à une VEAP.

Dans les faits, le taux de ren­de­ment in­terne ( TRI) d’un contrat T100 est dé­crois­sant, pou­vant at­teindre 0 % à très long terme. Dans le cas d’une cou­ver­ture VEAP, le TRI est plus bas au dé­but, car la prime ver­sée est plus dis­pen­dieuse, et la cou­ver­ture, sem­blable. Tou­te­fois, dans un dé­cès tar­dif, le TRI est meilleur, car la cou­ver­ture est plus éle­vée. On pour­rait dire que les par­ti­ci­pa­tions apla­nissent la courbe du TRI. Tou­te­fois, le vrai TRI ne se­ra connu que dans plu­sieurs an­nées quand on pour­ra confir­mer si les illus­tra­tions de ca­pi­tal-dé­cès pré­vu se réa­lisent.

PAS DU REN­DE­MENT, LES PAR­TI­CI­PA­TIONS

Bien que les par­ti­ci­pa­tions soient ex­pri­mées sous forme de pour­cen­tage ( ex. : 6,25 %), il est très fa­cile de com­pa­rer in­jus­te­ment ce taux avec les ren­de­ments pu­bliés dans les mar­chés fi­nan­ciers. La com­pa­rai­son est sou­vent sug­gé­rée par les pu­bli­ca­tions de vente. Ces do­cu­ments mar­ke­ting jux­ta­posent les par­ti­ci­pa­tions an­nuelles his­to­riques aux taux de ren­de­ment des obli­ga­tions, CPG et ac­tions, et ana­lyse la vo­la­ti­li­té de ces taux. Le but est de mon­trer une sta­bi­li­té des taux de par­ti­ci- pa­tion par rap­port aux mar­chés, mais la com­pa­rai­son est très boi­teuse. Ce genre de com­pa­rai­son peut fa­ci­le­ment vou­loir lais­ser croire à tort que l’as­su­reur gère mieux les sommes.

Or, les taux de par­ti­ci­pa­tion sont stables, entre autres parce que les as­su­reurs uti­lisent des mé­thodes de ni­vel­le­ment des ré­sul­tats (tech­niques d’uni­for­mi­sa­tion) afin de lis­ser les par­ti­ci­pa­tions an­nuelles ac­cor­dées. Par exemple, les as­su­reurs peuvent re­por­ter dans le temps les gains et les pertes sur les titres à re­ve­nu fixes et les ac­tions de leur por­te­feuille grâce à une mé­ca­nique comp­table.

De plus, rap­pe­lons-le, les par­ti­ci­pa­tions sont la ré­par­ti­tion entre les ti­tu­laires des gains réa­li­sés dé­cou­lant des hy­po­thèses par rap­port aux ré­sul­tats réels. Si les ré­sul­tats sont ca­tas­tro­phiques, par exemple parce que les ren­de­ments sont in­fé­rieurs aux at­tentes, la mor­ta­li­té est éle­vée, il y a moins d’aban­dons de contrats que pré­vu et les coûts ad­mi­nis­tra­tif sont en forte crois­sance, on pour­rait tech­ni­que­ment voir des pertes s’ac­cu­mu­ler. Dans ce cas, les par­ti­ci­pa­tions de­vien­draient nulles, et les pres­ta­tions se rap­pro­che­raient des va­leurs ga­ran­ties et des as­su­rances li­bé­rées sous­crites avec les par­ti­ci­pa­tions an­té­rieures.

Quand un as­su­reur dé­clare la par­ti­ci­pa­tion à 6,25 %, ce­la ne veut au­cu­ne­ment dire que le compte des par­ti­ci­pa­tions a ob­te­nu ce ren­de­ment. Ce compte est ha­bi­tuel­le­ment très peu pon­dé­ré en ac­tions. En fait, peut-être que la moi­tié de cette par­ti­ci­pa­tion pro­vient du fait que la moyenne mo­bile du por­te­feuille de pla­ce­ments du compte a été su­pé­rieure aux at­tentes de ren­de­ment uti­li­sées lors de la ta­ri­fi­ca­tion ini­tiale, par exemple un ren­de­ment réel de 5 % par rap­port à des at­tentes de 2 %. L’autre moi­tié pour­rait pro­ve­nir de l’amé­lio­ra­tion de mor­ta­li­té ob­ser­vée de­puis quelques an­nées, d’un taux d’aban­don plus éle­vé ou de frais ad­mi­nis­tra­tifs bien contrô­lés. Le grand conser­va­tisme des hy­po­thèses rend plus pro­bable que ces ré­sul­tats tech­niques soient su­pé­rieurs aux an­ti­ci­pa­tions.

Pré­tendre que 6,25 % de par­ti­ci­pa­tion d’une VEAP est beau­coup mieux que le ren­de­ment d’un CPG est si­mi­laire à com­pa­rer une pomme avec un mar­teau. Et ce se­rait une er­reur de le faire.

Si deux hommes avancent cha­cun 2 500 $ pour cou­vrir les frais d’une se­maine d’un camp de pêche et re­viennent avec 2 000 $ non dé­pen­sés qu’ils ap­pliquent sur un pro­chain voyage, ces 2 000 $ ne sont pas du ren­de­ment sur 5 000 $. Les par­ti­ci­pa­tions d’une VEAP pro­viennent en grande par­tie d’un trop payé pour une cou­ver­ture spé­ci­fique, donc un re­tour d’argent pour les ti­tu­laires de VEAP.

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