« Des pro­grès im­por­tants ont été réa­li­sés »

Flambeau Mercier-Anjou - - NEWS - CA­THE­RINE GI­ROUARD / MÉ­TRO MÉDIA

Bien que le dé­cro­chage sco­laire ait glo­ba­le­ment di­mi­nué au Qué­bec au cours des der­nières an­nées, il de­meure bien com­plexe à pré­ve­nir et à éra­di­quer. Sur­vol de la si­tua­tion avec Mo­nique Bro­deur, doyenne de la fa­cul­té des Sciences de l’édu­ca­tion de l’UQAM. Le taux de Qué­bé­cois qui ter­minent leur se­con­daire en cinq ans est de 64 %, se­lon l’Ins­ti­tut du Qué­bec. Com­ment de­vons- nous voir ces sta­tis­tiques ?

Si on veut en­cou­ra­ger la per­sé­vé­rance, il faut d’abord que le sys­tème et ses ac­teurs s’en­cou­ragent et voient les pro­grès qui ont été faits. Des pro­grès im­por­tants ont été réa­li­sés. Avant 1960, le ni­veau de sco­la­ri­sa­tion des Qué­bé­cois était très faible, et rares étaient les femmes qui se ren­daient à l’uni­ver­si­té. On a réus­si à trou­ver des so­lu­tions à des pro­blèmes plus « fa­ci­le­ment ré­so­lubles » , entre guille­mets, mais au fur et à me­sure qu’on fait re­cu­ler le dé­cro­chage, on ar­rive dans des zones qui sont plus dif­fi­ciles à faire bou­ger.

QUELLES SONT CES CAUSES DE DÉ­CRO­CHAGE PLUS COM­PLEXES ?

La pau­vre­té est un grand fac­teur lié au dé­cro­chage sco­laire. Mais faire re­cu­ler la pau­vre­té, ce n’est pas simple. Il y a aus­si la ques­tion des troubles d’ap­pren­tis­sage, au­tant dans les mi­lieux fa­vo­ri­sés que dé­fa­vo­ri­sés. Il faut alors ai­der les jeunes à per­sé­vé­rer sur le che­min de la réus­site. Et l’uni­ver­si­té n’est pas né­ces­sai­re­ment la fi­na­li­té de la réus­site. Tout le monde peut dé­ve­lop­per son plein po­ten­tiel dans le sec­teur où il a le goût d’évo­luer.

ÉTANT DON­NÉ CES CAUSES MUL­TIPLES, EST- CE QU’UNE DES CLÉS NE SE­RAIT PAS D’OF­FRIR UNE DI­VER­SI­TÉ DE POS­SI­BI­LI­TÉS ?

Nous de­vons adop­ter des stra­té­gies mul­ti­mo­dales, c’est cer­tain, et il existe un très grand nombre d’ini­tia­tives in­té­res­santes pour lut­ter contre le dé­cro­chage. On sait aus­si par ailleurs qu’une des dif­fi­cul­tés dé­ter­mi­nantes est liée aux ca­pa­ci­tés de lec­ture à l’âge de sept ans. À la fin de la deuxième an­née du pri­maire, l’en­fant qui a des dif­fi­cul­tés à lire a plus de risques de dé­cro­cher une fois ren­du au se­con­daire. Com­ment ex­pli­quez- vous ce­la ? La lec­ture est une ca­pa­ci­té es­sen­tielle dans toutes les dis­ci­plines à l’école. Nor­ma­le­ment, l’en­fant sait lire à sept ans et li­ra en­suite pour ap­prendre. Si­non, il se re­trouve dans des si­tua­tions dif­fi­ciles dans toutes les ma­tières à chaque fois qu’il a du ma­té­riel à lire. Il prend alors du re­tard, n’est plus ca­pable de suivre et on l’échappe.

« L’uni­ver­si­té n’est pas né­ces­sai­re­ment la fi­na­li­té de la réus­site. Tout le monde peut dé­ve­lop­per son plein po­ten­tiel dans le sec­teur où il a le goût d’évo­luer.

Mo­nique Bro­deur, doyenne de la fa­cul­té des Sciences de l’édu­ca­tion de l’UQAM. Dé­cro­cher en contexte de crise

COM­MENT PEUT- ON ALORS PRÉ­VE­NIR CES DIF­FI­CUL­TÉS ?

On sait que les in­ter­ven­tions sont in­té­res­santes dès la nais­sance. L’ap­pren­tis­sage du vo­ca­bu­laire, l’ex­po­si­tion au lan­gage écrit à la gar­de­rie, au CPE, à la ma­ter­nelle, l’ap­pren­tis­sage de la lec­ture par des jeux… L’idée est d’in­té­grer ça aux autres ac­ti­vi­tés. Une de mes col­lègues a aus­si fait des tra­vaux sur l‘ in­ter­ac­tion entre l’adulte et l’en­fant par rap­port à la lec­ture. C’est im­por­tant que le pa­rent éta­blisse une re­la­tion bien­veillante et cha­leu­reuse pour en­cou­ra­ger une au­to­no­mie de lec­ture crois­sante de son en­fant, par exemple.

En­vi­ron 60 % des dé­cro­cheurs ont des dif­fi­cul­tés sco­laires au mo­ment de quit­ter les bancs de l’école. Mais qu’ est- il ar­ri­vé aux 40 % qui res­tent ? Se­lon une ré­cente étude me­née par Éric Dion, pro­fes­seur au Dé­par­te­ment d’édu­ca­tion et for­ma­tion spé­cia­li­sées de l’UQAM, une par­tie de ces élèves dé­cro­che­rait en contexte de crise.

Par­mi les dé­cro­cheurs que le cher­cheur a sui­vis dans le cadre de son étude, « en­vi­ron 75 % des pro­blé­ma­tiques ayant conduit au dé­cro­chage des élèves n’étaient pas liées à l’école, mais à des pro­blèmes fa­mi­liaux, des conflits avec les pairs ou à d’autres causes » , peut- on lire dans Ac­tua­li­tés UQAM.

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