GRAIN DE FO­LIE !

Fleurs Plantes Jardins - - Sommaire -

Le billet de Lar­ry Hodg­son, notre ex­pert hor­ti­cole.

Jaime les plates-bandes à l’an­glaise. Elles ont certes une struc­ture très ri­gide, mais leurs plan­ta­tions si di­verses dé­bordent sou­vent du cadre, comme si elles vou­laient s’af­fran­chir de la tu­telle du jar­di­nier. Les plantes qui s’en­tre­mêlent à qui mieux mieux dans une joyeuse anarchie, c’est su­perbe ! Ce­pen­dant, je vois ra­re­ment ce type de jar­dins au Qué­bec. Des ten­ta­tives, oui, mais une vraie plate-bande de cot­tage, fa­çon Ger­trude Je­kyll – pay­sa­giste an­glaise du 19e siècle –, il y en a très peu.

Je me suis sou­vent de­man­dé pour­quoi les plates-bandes de style bri­tish d’ici man­quaient de fo­lie... Je pense avoir trou­vé la ré­ponse : nous n’uti­li­sons pas as­sez les bis­an­nuelles. Or, ces plantes re­pré­sentent, en gé­né­ral, une bonne moi­tié des vé­gé­taux des jar­dins bri­tan­niques. Chez nous, on pré­fère les fleurs vi­vaces du­rables, celles qui re­viennent fi­dè­le­ment d’une an­née à l’autre, exac­te­ment au même en­droit, nous as­su­rant un contrôle strict sur le jar­din. Mais où est le grain de fo­lie si tout est dé­jà pré­vu ? C’est là que les bis­an­nuelles entrent en jeu. Une bis­an­nuelle se res­sème. Tou­jours. On admire son feuillage la pre­mière an­née, ses fleurs la deuxième. En­suite, la plante mère meurt (d’où son nom : qui vit deux ans) et ré­pand ses se­mences un peu par­tout. Ain­si, un an plus tard, elle n’est plus là où vous l’aviez plan­tée, mais ap­pa­raît où vous l’at­ten­dez moins. Et c’est jus­te­ment le se­cret de son suc­cès : elle li­bère la pla­te­bande de la do­mi­na­tion du jar­di­nier, brise la struc­ture qu’on a ten­té de lui im­po­ser.

N’es­sayez tou­te­fois pas de trou­ver une sec­tion « Bis­an­nuelles » dans votre jar­di­ne­rie lo­cale. Vous ver­rez des di­gi­tales et des roses tré­mières au rayon des vi­vaces, mais c’est tout. Pour les nom­breuses autres de la fa­mille, comme les mo­lènes, les oeillets des poètes ou les myo­so­tis, il faut des se­mences, qu’on sème en pleine terre en juin ou juillet. Elles pro­duisent très ra­pi­de­ment une belle ro­sette et, l’été sui­vant, des fleurs ap­pa­raî­tront par­tout, par­tout, par­tout. Rien de plus fa­cile pour le jar­di­nier… ni de plus li­bé­ra­teur pour le jar­din !

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