L’HOR­TI­CUL­TURE FA­ÇON MI­NIA­TURE

FAS­CI­NANT, L’ART DU BON­SAÏ NE CESSE DE FAIRE DES ADEPTES QUI S’Y CONSACRENT TOUT AU LONG DE L’AN­NÉE. TOUR D’HO­RI­ZON D’UNE PRA­TIQUE UNIQUE.

Fleurs Plantes Jardins - - Sommaire - // Texte Catherine Ouel­let-Cummings

On lève le voile sur le bon­saï et le pen­jing, deux arts mil­lé­naires qui riment avec doig­té, pa­tience et beau­té.

Bon­saï ou pen­jing ? Bien qu’on as­so­cie sou­vent l’art des arbres mi­nia­tures au Ja­pon, c’est plu­tôt aux Chi­nois qu’on doit leur ap­pa­ri­tion. Ce sont eux qui ont été les pre­miers à culti­ver des arbres en pots dans un but es­thé­tique, il y a plus de 2000 ans. À cette époque, on ne par­lait pas en­core de bon­saï, mais plu­tôt de pen­jing, un mot si­gni­fiant « pay­sage ». « L’art du pen­jing se per­pé­tue et il y a, en­core au­jourd’hui, de grands maîtres qui s’y consacrent », ex­plique Ro­bert Smith, pro­prié­taire de la pé­pi­nière Bon­saï Gros-Bec et co­fon­da­teur de la So­cié­té de bon­saï et de pen­jing du Qué­bec. « Le pen­jing est une re­pré­sen­ta­tion de ce à quoi un arbre pour­rait res­sem­bler dans la na­ture. Il n’est pas rare d’y trou­ver plu­sieurs arbres mis en­semble à la fa­çon d’une fo­rêt, des roches qui évoquent les mon­tagnes et même cer­tains pe­tits dé­tails ar­chi­tec­tu­raux comme un banc, un abri ou en­core des per­son­nages. » Les bon­saïs – du ja­po­nais bon, si­gni­fiant « pot ,» et sai, si­gni­fiant « plan­ter » – ont fait leur ap­pa­ri­tion il y a quelques cen­taines d’an­nées. « Les Ja­po­nais ont raf­fi­né l’art du bon­saï, pour­suit-il. Ils ont étu­dié les arbres et co­di­fié les règles de créa­tion. » À la dif­fé­rence des pen­jings, conçus pour être ob­ser­vés sous tous leurs angles, les bon­saïs sont créés pour être ad­mi­rés de face. Pour ce faire, le bon­saïste pla­ni­fie ce dont l’arbre au­ra l’air dans les an­nées à ve­nir et exé­cute ses in­ter­ven­tions en fonc­tion de ce qu’il a pré­vu.

D’ARBRE À BON­SAÏ

On peut uti­li­ser à peu près n’im­porte quelle es­pèce d’arbre pour faire un bon­saï, mais cer­taines va­rié­tés sont plus pro­pices que d’autres. Par exemple, mieux vaut op­ter pour des va­rié­tés dont les feuilles ou les ai­guilles sont dé­jà pe­tites, comme un érable ja­po­nais plu­tôt qu’un érable à sucre ou un mé­lèze plu­tôt qu’un pin blanc. « Nous pou­vons réduire la taille des feuilles grâce à cer­taines tech­niques, mais il y a des li­mites aux di­men­sions que nous pou­vons at­teindre, ex­plique Ro­bert Smith. En outre, c’est im­pos­sible de réduire la taille des fruits, il faut donc li­mi­ter la pro­duc­tion des arbres frui­tiers. » Les bon­saïs se di­visent en trois ca­té­go­ries : les arbres tro­pi­caux, rus­tiques et se­mi­rus­tiques. « Parce qu’ils sont ha­bi­tués

à l’ombre et se conservent à l’in­té­rieur pen­dant l’hiver, les arbres tro­pi­caux, comme le fi­cus, sont les plus fa­ciles à en­tre­te­nir et sont tout in­di­qués pour les débutants », dit Brian Don­nel­ly, confé­ren­cier, membre du Groupe Bon­saï Qué­bec et bon­saïste de­puis plus de 30 ans. Ils sont dis­po­nibles dans les pé­pi­nières spé­cia­li­sées où les jeunes arbres, en­core pe­tits, sont gé­né­ra­le­ment peu dis­pen­dieux. Les arbres rus­tiques, quant à eux, pro­viennent de di­vers en­droits au Qué­bec – no­tam­ment de la Côte-Nord –, où ils ont été sé­lec­tion­nés en fonc­tion de cer­taines ca­rac­té­ris­tiques, comme la beau­té na­tu­relle de leur tronc, puis cueillis avec soin. Par­mi les prin­ci­pales va­rié­tés, on trouve le thuya, le mé­lèze et le pin gris. « Ces arbres se gardent à l’ex­té­rieur toute l’an­née, in­dique Brian Don­nel­ly. Il suf­fit de leur construire un abri pour pro­té­ger les branches et les ra­cines et faire en sorte d’évi­ter d’assé-

« LES ARBRES TRO­PI­CAUX SONT LES PLUS FA­CILES À EN­TRE­TE­NIR. »

– Brian Don­nel­ly

cher le feuillage. » La préparation d’un arbre rus­tique né­ces­site tou­te­fois beau­coup de pa­tience. « Il faut comp­ter jus­qu’à quatre ans après la cueillette avant de pou­voir tra­vailler l’arbre, le temps que ce­lui-ci se re­mette de son dé­ra­ci­ne­ment, et pro­ba­ble­ment une di­zaine d’an­nées avant que le bon­saï puisse être pré­sen­té dans une ex­po­si­tion », pré­vient le spé­cia­liste. Entre les deux, les arbres se­mi-rus­tiques, comme les érables ja­po­nais, ap­portent leur lot de dé­fis sup­plé­men­taires. « Pen­dant l’hiver, ces arbres ont be­soin d’une pé­riode de re­pos de plu­sieurs mois, pen­dant les­quels ils doivent être conser­vés à une tem­pé­ra­ture d’en­vi­ron 3 », pré­cise Brian Don­nel­ly. Tou­te­fois, si vous ne pos­sé­dez pas l’en­droit idéal pour ce type de bon­saï, vous pou­vez le confier à un bon­saïste spé­cia­li­sé qui en pren­dra soin pen­dant l’hiver.

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