L’ÂME DE LA JAR­DI­NIÈRE

À COUPS DE CONVIC­TION ET DE DÉ­VO­TION, UN SIMPLE JAR­DIN DE CU­RÉ EST DE­VE­NU UN LIEU FOI­SON­NANT DE VIE ET DE SÉ­RÉ­NI­TÉ.

Fleurs Plantes Jardins - - Sommaire - Texte Ca­role Schinck // Pho­tos An­gus McRitchie // Re­cherche et stylisme Ju­lie Des­lau­riers

À force de temps et de dé­voue­ment, une pro­prié­taire cultive son propre pe­tit coin de pa­ra­dis.

C est avant tout son char­mant amé­na­ge­ment ex­té­rieur qui a mo­ti­vé une bio­lo­giste et sa fa­mille à ac­qué­rir cette mai­son plan­tée en pleine cam­pagne mon­té­ré­gienne, il y a une ving­taine d’an­nées. « Les pro­prié­taires en­tre­te­naient un jar­din à la fran­çaise, une sorte de jar­din de cu­ré, ra­conte l’ac­tuelle pro­prio. Il y avait là une âme, de belles formes, mais il fal­lait un cer­tain en­ca­dre­ment à tout ça. » Dé­ployé sur quelque 45 000 pi2, ce dé­cor dé­li­cieu­se­ment bu­co­lique s’est épa­noui à la fa­veur d’un dé­voue­ment as­si­du, mais aus­si d’une part d’es­sais et d’er­reurs. « La na­ture du sol, les grands vents, l’am­pleur de la tâche… J’ai dû – et je dois en­core – do­ser mes ef­forts, confie notre jar­di­nière, même si je passe ici presque tous mes temps libres. C’est pour­quoi j’ai ra­me­né cer­tains pro­jets à des pro­por­tions plus réa­listes, comme le po­ta­ger, qui né­ces­si­tait au­pa­ra­vant

« IL Y AVAIT LÀ UNE ÂME, MAIS IL FAL­LAIT

UN CER­TAIN EN­CA­DRE­MENT. »

l’uti­li­sa­tion d’un pe­tit trac­teur… La par­tie ar­rière, cô­té sud, a beau­coup évo­lué. J’y ai plan­té ce que j’aime, à me­sure qu’un coin ou l’autre se dé­té­rio­rait. J’ap­pré­cie un style vieillot et les com­po­si­tions proches de la na­ture, des zones sau­vages : une roche cou­verte de mousse et bor­dée de plantes in­di­gènes, des champs de fleurs à perte de vue, comme ce ta­pis d’hy­dran­gées bleues que j’ai vu en Bre­tagne, à la li­sière d’un cours d’eau. D’ailleurs, j’adore créer des mas­sifs en­tiers de la même plante. L’en­tre­tien est plus fa­cile et l’ef­fet d’en­semble, sai­sis­sant. »

GLO­RI­FIER LA NA­TURE

Le pay­sage se dé­cline en di­verses aires aux plan­ta­tions et aux fonc­tions va­riées, le tout émaillé d’arbres ma­tures. De­vant, des bos­quets touf­fus ac­cen­tuent le ca­rac­tère rus­tique de la mai­son. Ailleurs, les îlots qui conjuguent ar­bustes, feuillages et fleurs se suc­cèdent, avec les as­tilbes, les ca­pu­cines, les hé­mé­ro­calles et les hy­dran­gées au rang des pré­fé­rées. « J’ai un faible pour la cou­leur, ad­met la maî­tresse des lieux, et j’ai mes “pé­riodes ” : bleue, orange, mauve… » Pa­vée au fil des ans et dé­ga­gée d’un cou­vert trop om­bra­geux, la ter­rasse, ré­ser­vée aux conver­sa­tions et aux re­pas, oc­cupe une place de choix. À quelques en­jam­bées, le po­ta­ger mul­ti­plie les va­rié­tés de lé­gumes. Plus dis­cret, un coin dî­nette, « pe­tit-déj’ », ou apé­ro, évoque une douce in­do­lence pro­ven­çale.

LES TRA­VAUX ET LES JOURS

Les an­nées se suivent, les en­vies aus­si. Les plans d’un étang pro­pice à la bai­gnade sont tou­jours dans les car­tons. Et l’idée d’une oa­sis de calme, à proxi­mi­té d’un des deux grands saules pleu­reurs, est en ger­mi­na­tion. « Je l’ima­gine à l’ombre, avec une chaise longue ou un ha­mac, et le son des longues branches ber­cées par le vent », rêve la pro­prié­taire. D’ici là, le quo­ti­dien se vit à la belle sai­son au rythme des soins ré­gu­liers, des ré­coltes et des flo­rai­sons. Tra­vaux struc­tu­rels – fosse, sen­tiers de pa­vé, mu­rets –, vie et mort des vé­gé­taux dictent sou­vent l’échéan­cier. Le po­ta­ger, lieu de sa­vou­reuses ex­pé­ri­men­ta­tions, four­nit bien sûr sa part de be­sogne, mais son lot de ré­com­penses aus­si, avec ses bras­sées de tendres lai­tues, de lé­gumes ra­cines cro­quants, de to­mates jouf­flues et d’épis do­rés. Avec une dé­vo­tion qua­si mo­na­cale, la jar­di­nière cultive ain­si, pe­tit à pe­tit, son propre pe­tit coin de pa­ra­dis bé­ni.

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PAGE DE GAUCHE De­vant la mai­son d’al­lure nor­mande, hy­dran­gées et hé­lianthes croissent à pro­fu­sion. 1 Une gerbe odo­rante de tiges de la­vande ‘Hid­cote’ et ‘Muns­tead’ fraî­che­ment cou­pées. 2 Far­niente sur la ter­rasse à l’ombre d’un grand saule pleu­reur. 3 Des hy­dran­gées pa­ni­cu­lées, coup de coeur de la pro­prié­taire, en pleine éclo­sion. 4 À l’heure des re­pas, le re­gard tra­verse les écrins de pom­miers, d’érables et de peu­pliers pour se perdre dans les champs culti­vés des alen­tours. // IN­FOS Table et chaises en teck AlphaPlantes. Cous­sins de chaises et che­min de table Pier 1 Im­ports. Vases sur la table Ho­me­Sense.

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– La pro­prié­taire

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1 Ama­teur d’oi­seaux, le pro­prié­taire a cra­qué pour cette man­geoire en mé­tal à mo­tifs de mé­sange. 2 À l’ombre d’un noyer cen­dré, un banc in­vite à la dé­tente, à deux pas du po­ta­ger. À gauche, des iris et des for­sy­thias at­tendent une pro­chaine trans­plan­ta­tion. 3 Des cléomes roses fleu­rissent au mi­lieu du maïs. 4 Angles et rec­tangles ont fa­ci­li­té la créa­tion du po­ta­ger, se­mé de bor­dures et d’al­lées. Culmi­nant avec un saule ma­jes­tueux, ce point de vue est le pré­fé­ré de la pro­prié­taire en fin de jour­née. 5 To­mates et ca­rottes, ha­ri­cots ram­pants et grim­pants, pommes de terre et bet­te­raves, choux va­riés, ar­ti­chauts et poi­reaux… la ré­colte de lé­gumes four­nit des pro­vi­sions jus­qu’au coeur de l’hi­ver.

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