L’âme d’une ro­ckeuse

Fugues - - Rencontre -

se re­cueillir avec soi-même n’est ppas pas né­ces­sai­re­ment chose fa­cile pourp pour celle qui est pré­sen­te­ment en tour­née pour deux mois et de­mi, et ce, presque tous les jours. «En fait, en tour­née, j’ai une rou­tine, jus­te­ment parce que mon ho­raire est très in­tense. Par exemple, au­jourd’hui, j’ai un spec­tacle ce soir (en Géor­gie, aux États-Unis). En ma­ti­née, je fais mes éti­re­ments et lorsque j’ai le temps — j’es­saie de le prendre —, je fais de la mé­di­ta­tion. Ce sont des élé­ments-clés de ma rou­tine. Si je peux al­ler prendre une marche, je vais le faire. Gar­der mon corps en forme phy­si­que­ment est pour moi d’une im­por­tance ab­so­lue. En­suite, j’ai des entrevues, comme nous le fai­sons pré­sen­te­ment, ça fait par­tie de ma jour­née. Là nous sommes à l’hô­tel, alors après mes entrevues, je vais me pré­pa­rer pour me rendre au test de son. En­suite, nous al­lons sou­per, faire le con­cert. Puis, re­mon­ter dans le bus et faire la route. La rou­tine re­com­mence le jour sui­vant, puis le jour sui­vant et le jour sui­vant.»

Lorsque Me­lis­sa n’est pas sur la route, elle passe né­ces­sai­re­ment du temps avec ses en­fants et son épouse, Lin­da Wal­lem. Celle qui mi­lite ac­ti­ve­ment pour les droits LGBT de­puis plu­sieurs an­nées n’hé­site pas à mé­lan­ger tra­vail et mi­li­tan­tisme; elle a d’ailleurs lan­cé la chan­son Pulse l’an der­nier, afin d’ho­no­rer les vic­times de la tue­rie d’Or­lan­do.

Bien que les LGBT aient ga­gné de nom­breuses ba­tailles, ce type d’évé­ne­ment nous rap­pelle tra­gi­que­ment qu’il de­meure du tra­vail à faire sur la route de l’éga­li­té so­ciale: «J’ai tou­jours dit que la com­mu­nau­té LGBT se sert mieux lors­qu’elle parle avec son propre coeur, lorsque les re­ven­di­ca­tions pro­viennent de sa propre com­mu­nau­té. Car c’est ce que les com­mu­nau­tés fortes re­flètent à tra­vers le monde. Quand une per- sonne LGBT est forte et confiante, sait ce qqu’elle qu’elle aime en lien avec sa sexua­li­té, ce n’est qu’une cou­leur par­mi une boîte de crayons de cou­leur. C’est aus­si ce que notre com­mu­nau­té doit com­prendre; que cette boîte est consti­tuée de dif­fé­rentes nuances de plu­sieurs cou­leurs. De cette com­pré­hen­sion de la di­ver­si­té dé­coule une com­mu­nau­té forte. C’est là que des pays comme le Ca­na­da, les États-Unis, l’Al­le­magne (etc.), peuvent de­ve­nir une ins­pi­ra­tion pour les com­mu­nau­tés en Ukraine et en Rus­sie où les gens sont in­car­cé­rés, bat­tus et tués. Nous de­vons être forts avant de pou­voir les ai­der. Se ren­for­cer dans le but d’ai­der nos voi­sins est la meilleure chose que nous pou­vons faire se­lon moi.»

D’ailleurs, sous la pré­si­dence Trump, est-ce que les LGBT amé­ri­cains craignent pour leurs ac­quis? «Ça nous aide à com­prendre qu’il y a en­core beau­coup de ré­sis­tance à l’idée de l’éga­li­té et de la li­ber­té, de la di­ver­si­té, de l’amour et du ma­riage, mais en­core là, la meilleure chose que nous pou­vons faire est de res­ter forts, nous avons nos droits aux États-Unis, dé­fen­dons-les et de­meu­rons de bons ci­toyens afin d’ai­der à nous construire un fu­tur po­si­tif: de cette fa­çon, nous ne re­cu­le­rons pas. Je ne crois pas qu’on doive avoir peur, car ce­la ne fait que nous rendre plus faibles. Il faut com­prendre nos droits et conti­nuer de construire nos ma­gni­fiques com­mu­nau­tés et fa­milles.»

Ter­mi­nons à juste titre cette en­tre­vue sur les no­tions de com­mu­nau­tés et d’in­clu­sion, puisque Mon­tréal fut par­mi les pre­mières villes du monde à ac­cueillir la mu­sique de Me­lis­sa Ethe­ridge.

En 1988, son gé­rant l’in­forme que Bring Me Some Wa­ter, ex­trait de son pre­mier al­bum épo­nyme, est un suc­cès au Qué­bec. «C’est à Mon­tréal que les gens se sont vrai­ment ap­pro­prié ma mu­sique avec mon pre­mier al­bum. J’ai fait des tour­nées dans plein d’en­droits à tra­vers le monde, mais Mon­tréal fut le pre­mier en­droit où j’ai fait un grand con­cert dans un aré­na. C’est une longue his­toire d’amour que j’ai avec le pu­blic mon­tréa­lais. Sans conteste, com­pa­ré à d’autres villes du monde, c’est un de mes en­droits préférés où per­for­mer.»

Citation qui fut des plus tan­gibles lors de son con­cert du 5 juillet der­nier au Fes­ti­val In­ter­na­tio­nal de Jazz. De sa toute pre­mière note jus­qu’aux der­niers ap­plau­dis­se­ments, « the first la­dy of rock & roll »a sans conteste re­noué avec son pu­blic chouchou. À n’en point dou­ter, cette re­la­tion pri­vi­lé­giée que Me­lis­sa en­tre­tient avec le pu­blic mon­tréa­lais n’est pas prête de s’es­tom­per.

JU­LIE VAILLAN­COURT

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