MI­CHEL TREM­BLAY FÊ­TÉ EN GRAND

MI­CHEL TREM­BLAY FÊ­TÉ EN GRAND

Fugues - - Sommaire - DE­NIS-DA­NIEL BOULLÉ

«Mon Mon cher Mi­chel Mi­chel, c’est à ton tour tour…» a en­ton­né le pu­blic du TNM TNM, di­manche 25 juin der­nier après la re­pré­sen­ta­tion de «De­main ma­tin, Mon­tréal m’at­tend», pour Mi­chel Trem­blay, en­tou­ré des co­mé­diens, de Re­né Ri­chard Cyr et de Fran­çois Dom­pierre, en l’hon­neur des 75 ans de l’au­teur.

Une jour­née de cé­lé­bra­tions pour l’au­teur de Les Belles-soeurs, puis­qu’en­suite une cen­taine d’in­vi­tés, sur­tout de l'uni­vers ar­tis­tique, ont pu lui rendre hom­mage. Par­mi eux, Ro­bert Le­page, Fran­cine Cha­loux, Guy­laine Trem­blay, et bien d’autres et par vi­déo, la nou­velle mi­nistre de la Culture fran­çaise, Fran­çoise Nys­sen, ex-Di­rec­trice des Édi­tions Actes Sud qui co­éditent, avec Lé­méac, l’oeuvre de Trem­blay. Les deux édi­teurs en ont pro­fi­té pour lan­cer La Dia­spo­ra des Des­ro­siers qui re­groupe en un seul vo­lume les 9 ro­mans met­tant en scène les per­son­nages de la fa­mille ma­ter­nelle de Mi­chel Trem­blay, 1 400 pages en tout. Une grande soi­rée qui a ému l’au­teur. «C’était bou­le­ver­sant de re­voir des ami.e.s, d’en­tendre des té­moi­gnages, comme ceux de Ro­bert Le­page et de Serge Bou­cher, ou en­core d’en­tendre mes airs d’opé­ra préférés par des chan­teurs ly­riques», ra­conte Mi­chel Trem­blay en en­tre­vue.

Mais les hom­mages, la re­con­nais­sance, ou en­core l’im­por­tance de son oeuvre pour la culture en gé­né­ral et celle du Qué­bec en par­ti­cu­lier, ne viennent pas en­ta­mer son hu­mi­li­té. «Je n’y pense pas vrai­ment. En fait, j’y pense quand je me le fais dire, mais le dan­ger si j’y pen­sais trop se­rait d’y croire, et de fi­nir par y croire, confie l’au­teur des Belles-soeurs. Quand j’écris, je n’ima­gine pas à ce mo­ment-là que la pièce se­ra jouée, ou en­core que mon ro­man se­ra tra­duit dans plu­sieurs langues étran­gères. Je sais qu’il y a des écri­vains qui écrivent pour leur lec­to­rat, leur pu­blic, j’ai dû mal à les croire. Dans mon cas, je suis la pre­mière per­sonne à qui je dois plaire. Je me fous, à ce mo­ment-là, de ce que les autres pour­raient pen­ser, car si je le fai­sais, je me cen­su­re­rais, j’en suis convain­cu».

La presse en a beau­coup par­lé : Mi­chel Trem­blay, n’était pas très chaud à l’idée de voir une re­prise de De­main ma­tin, Mon­tréal m’at­tend. Trop da­tée se­lon lui et qu’il avait dé­jà, par deux fois, ré­écrite en par­tie. «C’est un texte que j’avais dé­jà re­tou­ché en 1972, puis en 1995 dans une mise en scène de De­nise Fi­lia­trault. Je ne vou­lais plus y tou­cher et j’ai re­fu­sé au dé­part quand Re­né Ri­chard Cyr m’a té­lé­pho­né à Key West pour me dire que le TNM et les Fran­co­pho­lies sou­hai­taient la re­mon­ter dans le cadre du 375e an­ni­ver­saire de Mon­tréal. De­main ma­tin, Mon­tréal m’at­tend est une co­mé­die mu­si­cale an­crée dans le temps, au tout dé­but des an­nées 70: c’est un brû­lot, un coup de gueule, et gé­né­ra­le­ment les brû­lots ne sont ef­fi­caces qu'à l’époque où ils ont été écrits. Et si la mu­sique est tou­jours bonne, les chan­sons aus­si, beau­coup des plai­san­te­ries me sem­blaient pous­sié­reuses et il y avait cer­taines lon­gueurs qui n’avaient plus d’in­té­rêt, ex­plique Mi­chel Trem­blay. Alors Re­né Ri­chard Cyr m’a de­man­dé la per­mis­sion de lui lais­ser carte blanche pour re­tra­vailler le texte. Et comme pour Les Belles-soeurs ou Sainte Car­men de la Main, j’avais ou­blié notre conver­sa­tion quand, un an plus tard, je re­çois un cour­riel de Re­né Ri­chard, avec en pièce-jointe le texte re­vu par lui. J’ai beau­coup ri en li­sant et j’ai été sou­la­gé, les mo­di­fi­ca­tions ap­por­tées fai­saient du sens».

Un sou­la­ge­ment qui se­ra re­dou­blé par le choix de ré­créer l’uni­vers des ca­ba­rets des an­nées soixante qui tour­naient avec de pe­tites équipes aus­si bien d’ar­tistes que de tech­ni­ciens. «Il y a 22 ans, De­nise Fi­lia­trault en avait fait une co­mé­die mu­si­cale à grand dé­ploie­ment, c’était ma­gni­fique, mais à l’ori­gine, De­main ma­tin, Mon­tréal m’at­tend était un show de club, rap­pelle Mi­chel Trem­blay, et dans la mise en scène de

Re­né Ri­chard Cyr, on re­trouve cette am­biance, quelque chose de plus près de Ber­tolt Brecht et Kurt Weill».

Au fil du temps et de leur collaboration, le duo Trem­blay/Cyr s’est im­po­sé comme s’était im­po­sée la collaboration entre l’au­teur et An­dré Brassard. «Nous nous connais­sons de­puis plus de 30 ans. En 1987, j’ai mon­té Bon­jour là, bon­jour, et c’est-là qu’a com­men­cé notre ami­tié, ex­plique Re­né Ri­chard Cyr, re­joint au té­lé­phone, et sur­tout j’aime la confiance qu’il a dans mon tra­vail. Mi­chel Trem­blay est quelque chose pour moi entre un père et un grand-frère. Je l’ad­mire énor­mé­ment, et nous avons au fil du temps une ami­tié qui ne se dé­ment pas». L’au­teur ne ta­rit pas d’éloges non plus sur le met­teur en scène, une des per­sonnes les plus in­tel­li­gentes, avec An­dré Brassard, qui lui ait été don­né l’oc­ca­sion de ren­con­trer. «Comme An­dré Brassard, comme moi aus­si, Re­né Ri­chard est un gars qui est né et a gran­di à Mon­tréal, nos pas­sés se res­semblent, on a vé­cu des choses sem­blables, c’est nor­mal qu’ils com­prennent bien mon uni­vers. Et à ce­la s’ajoute un ta­lent in­dé­niable et une in­tel­li­gence re­mar­quable. Ce qu’il fait est for­mi­dable».

En at­ten­dant une pro­chaine pro­duc­tion, l’au­teur comme l’homme de théâtre pro­fitent des va­cances avant une ren­trée char­gée. «Je viens de fi­nir les cor­rec­tions de mon der­nier ro­man qui pa­raî­tra en sep­tembre, et jus­qu’à la fin août, je me re­pose», conclut Mi­chel Trem­blay. Quant à Re­né Ri­chard Cyr, outre Mon­tréal m’at­tend… qui se­ra re­pris au TNM cet au­tomne, ce sont Les Belles-soeurs en an­glais qui oc­cu­pe­ront son temps dès la ren­trée, puisque la co­mé­die mu­si­cale tour­ne­ra dans les prin­ci­pales villes du pays.

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