POURRIONS- NOUS VIVRE SANS BAPTÊMES, SANS MARIAGES ET… SANS NOËL?

Fugues - - Sommaire - ✖ SAMUEL LAROCHELLE sa­muel_­la­ro­chelle@hot­mail.com

Je n’ai pas choi­si d’être bap­ti­sé, de faire ma première com­mu­nion et de re­ce­voir le sa­cre­ment du par­don. À 13 ans, ce­pen­dant, je me suis ex­clu de ce que je croyais être le seul ri­tuel re­li­gieux de ma fa­mille: al­ler à la messe de Noël, le 24 décembre en soi­rée. Je ne pos­sé­dais pas la pa­tience pour sur­vivre à une heure sur un banc trop pe­tit et trop dur, pen­dant qu’un vieillard par­ta­geait d’une voix ef­fa­cée des en­sei­gne­ments dé­gou­li­nants de bons sen­ti­ments dont je n’avais pas be­soin. Je réa­li­sais aus­si que la re­li­gion n’oc­cu­pait au­cune place dans notre quo­ti­dien et que cette vi­site à l’église n’était rien d’autre qu’une ha­bi­tude que per­sonne n’osait re­mettre en ques­tion. Des an­nées plus tard, j’ai en­vie d’al­ler plus loin et d’ou­vrir le dé­bat: pour­quoi n’éva­cuons-nous pas com­plè­te­ment les conno­ta­tions re­li­gieuses de nos vies?

Pen­sons d’abord aux baptêmes et aux mariages cé­lé­brés sous le sceau de l’église. Je sais que les va­leurs de base de la re­li­gion ca­tho­lique pro­meuvent des concepts louables comme l’amour, l’en­traide et le par­tage, mais quand on ana­lyse avec lu­ci­di­té la fa­çon dont l’Église s’est com­por­tée à tra­vers les siècles, on ne peut pas­ser sous si­lence ses in­nom­brables fautes: sa fer­me­ture aux membres de la com­mu­nau­té LGBTQ, son pa­triar­cat om­ni­pré­sent, le sexisme sous-en­ten­du dans le trai­te­ment qu’elle ré­serve aux femmes, le ra­cisme à peine voi­lé der­rière les mis­sions d’évan­gé­li­sa­tion ici et à l’étran­ger, la pé­do­phi­lie, les vio­lences, les se­crets et les men­songes. Bref, quand on bap­tise un en­fant pour qu’il soit ac­cueilli dans la mai­son de Dieu, c’est dans ce genre d’uni­vers où on l’in­vite. Et lorsque des amou­reux se jurent fi­dé­li­té, non pas lors d’une union ci­vile, mais dans une cé­ré­mo­nie à l’Église, c’est l’ap­pro­ba­tion sym­bo­lique du cu­ré, des évêques, des car­di­naux, du pape et du Va­ti­can qu’on re­cherche, consciem­ment ou non.

Pour­quoi per­pé­tuer ces ri­tuels? Pour suivre les traces des gé­né­ra­tions qui nous ont pré­cé­dées? Pour faire plai­sir à pa­pa ou grand-ma­man? Parce qu’on n’a pas le cou­rage de bri­ser une tra­di­tion qui ne convient pas à nos va­leurs? À mon avis, il est grand temps de ques­tion­ner nos mo­ti­va­tions et nos convic­tions. Pen­dant que les femmes oc­cupent de plus en plus l’es­pace qui leur re­vient, que les per­sonnes LGBTQ vivent dans un cli­mat da­van­tage ou­vert au Québec et que la so­cié­té prend de plus en plus conscience des gestes et des pa­roles in­ac­cep­tables qui ont été le fruit quo­ti­dien des ci­toyens de­puis trop long­temps, com­ment jus­ti­fier son dé­sir d’être membre d’une église qui a du sang sur les mains, des scan­dales dans ses ti­roirs et des idées dignes d’un autre mil­lé­naire dans ses livres?

J’ai du mal à com­prendre l’ex­trême con- tra­dic­tion de mes proches, des êtres ai­mants et pro­gres­sistes, qui échangent leurs voeux dans une église et qui tiennent à bap­ti­ser leur nou­veau-né. Je n’ai en­core ja­mais re­fu­sé d’in­vi­ta­tion à un ma­riage ou un bap­tême. J’ai par­fois mis les pieds sur l’au­tel et dans le ju­bé pour chan­ter du­rant les mariages d’amies à qui j’of­frais une chan­son en ca­deau. Je ne fais pas de scan­dale. Je ne leur demande pas com­ment elles osent être ami avec un ho­mo­sexuel et en­cou­ra­ger une ins­ti­tu­tion qui les consi­dère comme des hu­mains de deuxième ca­té­go­rie. Mais je me ques­tionne: suis-je fi­dèle à MES convic­tions en étant té­moin d’événements dans la vie de gens que j’adore, dans un contexte qui me ré­volte?

Par ailleurs, comme le temps des Fêtes ap­proche, je ne peux faire au­tre­ment que d’étendre ma ré­flexion aux cé­lé­bra­tions de Noël. Celles-ci ne se li­mitent pas à la messe, éva­cuée de ma vie de­puis long­temps. En réa­li­té, elles riment pour la plu­part des gens avec un ras­sem­ble­ment fa­mi­lial, des ri­tuels gas­tro­no­miques/cultu­rels/spor­tifs/voya­geurs, une pause de tra­vail, un mo­ment pour se re­po­ser, pour s’amu­ser et pour faire le point. Je ne vou­drais ja­mais convaincre qui que ce soit d’éva­cuer ces ha­bi­tudes, mais il est tout de même pri­mor­dial de réa­li­ser que dans notre sup­po­sée so­cié­té laïque, l’un des plus im­por­tants congés de l’an­née a été pen­sé en fonc­tion d’une fête re­li­gieuse…

Ras­su­rez-vous, je ne mi­li­te­rai pas pour faire écla­ter le ca­len­drier de la so­cié­té ci­vile, dont dé­pendent les écoles et bien des or­ga­ni­sa­tions pu­bliques et pri­vées. Je ne bou­de­rai pas non plus mon plai­sir quand vien­dra le temps de pra­ti­quer Mi­nuit Ch­ré­tien avec ma prof de chant, en fai­sant vi­brer les murs de son im­meuble avec ma grosse voix. Je suis même prêt à faire sem­blant d'ai­mer les oreilles de Ch­rist, une fois par an­née, à la ca­bane à sucre. Mais pour le reste, j’ai en­vie de re­mettre en ques­tion tout ce qui touche à l’église, de près ou de loin, avec comme obli­ga­tion in­évi­table de créer de nou­velles tra­di­tions, bien à moi, bien à nous, qui cé­lèbrent l’hu­main et la com­mu­nau­té, sans dé­ni­grer ni dic­ter com­ment pen­ser.

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