31 JANVIER ET 1ER FÉ­VRIER 2018

Fugues - - Sortir - DENIS-

est la toute der­nière pro­duc­tion de la troupe ja­po­naise TAO, qui re­groupe des ar­tistes-per­cus­sion­nistes de re­nom­mée mon­diale que plus de sept mil­lions de spec­ta­teurs ont dé­cou­vert de­puis la créa­tion de la troupe en 1993. Les per­for­mances mo­dernes, ath­lé­tiques et hy­per­dy­na­miques de TAO, cé­lé­brant l’art an­cien des tam­bours ja­po­nais, ont fas­ci­né le pu­blic dans le monde en­tier. En com­bi­nant des per­cus­sions très phy­siques et à grand dé­ploie­ment avec des cos­tumes contem­po­rains, une cho­ré­gra­phie ri­gou­reu­se­ment pré­cise et des sup­ports visuels in­no­va­teurs, les ar­tistes de créent un spec­tacle dy­na­mique et in­ou­bliable. Les cho­ré­gra­phies no­va­trices, de­man­dant une grande en­du­rance phy­sique, et les cos­tumes épous­tou­flants vous ébloui­ront. Avec des cen­taines de spec­tacles pré­sen­tés à gui­chets fer­més, qui dé­bu­te­ra à Mon­tréal une im­por­tante tour­née nord-amé­ri­caine de six mois, est sans contre­dit une créa­tion à voir. Some Hope For The Bas­tards est avant tout une ex­cla­ma­tion de l’ar­tiste. Elle a re­te­nu son at­ten­tion et il l’a choi­sie comme titre de tra­vail. Fré­dé­rick Gra­vel est tra­vaillé par le doute, aus­si bien sur la por­tée de son propre tra­vail, que sur le rôle de l’art comme vec­teur de chan­ge­ment. «Nous vi­vons dans un ordre du monde que l’on pour­rait dé­tes­ter vu tout ce qui s’y passe, alors on cherche quelque chose de po­si­tif qui, à dé­faut de chan­ger le monde, nous donne en­core de l’es­poir», nous confie-t-il au té­lé­phone.

Ac­cla­mé lors de sa pré­sen­ta­tion au FTA de cette an­née, «Some Hope For the Bas­tards» se re­trou­ve­ra sur les planches de l’Usine C fin no­vembre. Fré­dé­rick Gra­vel se consi­dère comme un cho­ré­graphe à part cher­chant à être au plus près de ce qu’il res­sent et de ce que res­sentent les dan­seurs dans une créa­tion col­lec­tive plu­tôt que de se ré­fé­rer ou de s’ins­pi­rer de ce qui se fait ou de ce qu’il a dé­jà fait. Un cho­ré­graphe so­li­taire dans la dé­marche mais qui sait ras­sem­bler au­tour de lui les dan­seuses et les dan­seurs.

Et ce po­si­tif, il le cherche avec ses dan­seurs sur scène quand il tra­vaille avec eux à mettre en lu­mière une ap­proche dif­fé­rente aus­si bien dans la ges­tuelle et dans le mou­ve­ment que dans l’ex­pres­sion des émo­tions, quelque chose qui nous ra­mène à l’hu­main à la re­cherche de l’unique pul­sion qui nous per­met de nous te­nir de­bout, la pul­sion de vie. Neuf dan­seuses et dan­seurs se donnent à cette quête, tan­tôt seuls, tan­tôt en groupe, cher­chant ain­si de la lu­mière, par les fa­meuses brèches par les­quelles elle peut en­trer pour pa­ra­phra­ser Leo­nard Co­hen. Fré­dé­rick Gra­vel sou­haite que chaque danseur soit to­ta­le­ment pré­sent sur scène dans ses forces comme dans ses fai­blesses, pour re­trou­ver l’ex­pres­sion brute du corps, même si to­ta­le­ment maî­tri­sé. Ni gram­maire cho­ré­gra­phique, ni étude de genre, mais une en­trée dans l’uni­vers d’ex­trême sen­si­bi­li­té du maître d’oeuvre, sen­si­bi­li­té à fleur de peau par­ta­gée par les in­ter­prètes qui se donnent par un en­ga­ge­ment to­tal le temps d’une re­pré­sen­ta­tion.

Élec­tron libre de la scène cho­ré­gra­phique contem­po­raine mont­réa­laise, Fré­dé­rick Gra­vel, si l’on sait re­gar­der, nous dé­voile un pay­sage in­té­rieur, de doutes, de peur, de joie, de ma­laises et de dé­sir, qui est en fait ce­lui de chaque spec­ta­teur. Puis­qu’au­jourd’hui nous sommes tous des bâ­tards face à un pas­sé qui s’ef­fi­loche et un ave­nir pour le moins in­cer­tain.

YANNICK LECLERC TAO : DRUM HEART, les 31 janvier et 1er fé­vrier à la Théâtre Mai­son­neuve de la Place des Arts. Billets et infos : www.pla­ce­de­sarts.com DANIEL BOULLÉ

SOME HOPE FOR THE BAS­TARDS. Cho­ré­gra­phie de Fré­dé­rick Gra­vel en col­la­bo­ra­tion avec les dan­seurs. 29 et 30 no­vembre 2017 à l’ Usine C usine-c.com

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