L’ARC POUR VIEILLIR SANS ÊTRE ISO­LÉ

Fugues - - Sommaire - AN­DRÉ C. PASSIOUR

Si vous avez par­ti­ci­pé à des ac­ti­vi­tés de Fier­té Montréal, vous ne pou­viez pas les man­quer. Ils re­ce­vaient les gens avec un grand sou­rire à leur kiosque de la Jour­née com­mu­nau­taire, tan­dis qu’ils étaient tout un groupe à par­ti­ci­per au dé­fi­lé, aux cô­tés de la Fon­da­tion Émer­gence. Ce n’est pas parce qu’on a at­teint un cer­tain âge, qu’on n’est pas dy­na­mique! Oui, les hommes gais re­trai­tés sont bien éner­giques! Des ran­don­nées pé­destres aux tours en vé­lo, des brunchs aux 5 à 7, à la pé­tanque, entre autres, les gens de l’ARC ne se croisent pas les bras. Plus que ja­mais, l’As­so­cia­tion des re­trai­tés de la com­mu­nau­té (ARC) dé­sire bri­ser l’iso­le­ment des hommes gais re­trai­tés qui, au­tre­ment, pour­raient souf­fir d’iso­le­ment.

Si l’on peut dé­fi­ler aujourd’hui au centre-ville et si on a des droits à pré­sent, c’est parce que les aî­nés LGBT ont com­bat­tu du­rant des an­nées pour l’ob­ten­tion de ces droits et li­ber­tés. Ils ont réa­li­sés un tra­vail de pion­niers. En par­lant de pion­niers, ceux qui nous ont pré­cé­dés sont main­te­nant membres de l’ARC. En 2001, à l’ap­pel de Re­naud Pa­ré – qui de­vien­dra le pre­mier pré­sident du groupe –, une ving­taine d’hommes gais de 50 ans et plus créait l’ARC. Dix-sept ans plus tard, l’ARC re­groupe un peu plus de 250 membres, des hommes de 40 à 90 ans, puis­qu’il y a des conjoints par­fois plus jeunes. «L’ARC est de­ve­nu le plus grand or­ga­nisme qué­bé­cois of­frant des ac­ti­vi­tés sociales dé­diées aux hommes aî­nés gais du Qué­bec», ex­plique Ri­chard Des­jar­dins, le pré­sident de l’ARC. trai­tés. le «La gou­ver­ne­ment mis­sion La com­mu­nau­té pre­mière le fasse de gaie l’ARC pour s’est elle. est tou­jours de Donc, bri­ser l’ARC prise l’iso­le­ment a en été charge créée des pour et hommes n’at­tend ras­sem­bler pas gais que ces re­hommes. […] Il y a énor­mé­ment d’hommes qui ont été ma­riés, à l’époque, il ne faut pas l’ou­blier, l’ho­mo­sexua­li­té était très ca­chée. Donc, il faut ai­der ces hommes à vivre leur ho­mo­sexua­li­té et que ce soit le plus ac­cueillant pos­sible pour eux et qu’ils se re­trouvent avec d’autres re­trai­tés au­tour d’ac­ti­vi­tés in­té­res­santes», pour­suit Ri­chard Des­jar­dins. «Plu­sieurs hommes ont été en couple du­rant 30 ou 40 ans et, avec la mort de leur conjoint, ils se re­trouvent seuls et iso­lés. On es­saie alors de leur of­frir des ac­ti­vi­tés afin qu’ils puissent se re­cons­ti­tuer un réseau so­cial d’amis avec qui échan­ger.» Par­mi les LGBT de 50 ans et plus, 39% ont déjà sé­rieu­se­ment pen­sé à s’en­le­ver la vie, 31% connais­saient des symp­tômes de dé­pres­sion, et en­fin 53% vi­vaient en état d’iso­le­ment. Ce sont les chiffres de la Fon­da­tion Émer­gence avec la­quelle col­la­bore l’ARC dans le cadre de son pro­gramme «Pour que vieillir soit gai». Avec de telles sta­tis­tiques, il sem­ble­rait bien que vieillir ne soit pas si gai que ça fi­na­le­ment… «Ce n’est que lors­qu’on voit de tels chiffres qu’on réa­lise l’im­por­tance d’un or­ga­nisme comme l’ARC. […] Au sou­per com­mu­nau­taire men­suel, on voit plus ou moins 35 per­sonnes et le brunch, à chaque di­manche, at­tire entre 70 et 75 per­sonnes à la Station des Sports. C’est une fa­çon de bri­ser l’iso­le­ment. Il y a un es­prit d’en­traide très fort à l’ARC», in­dique M. Des­jar­dins qui a oeu­vré 25 ans au sein de la Mai­son d’Hé­relle pour per­sonnes sé­ro­po­si­tives. On ai­me­rait, ce­pen­dant, réa­li­ser un son­dage pour connaître vé­ri­ta­ble­ment les be­soins des gens et les ac­ti­vi­tés qu’ils ai­me­raient voir or­ga­ni­ser. Deux fois par mois, se tien­net les ren­contres du «Groupe entre nous». C’est une for­mule in­for­melle de groupe. On y dis­cute d’un thème, d’un su­jet, mais par­fois ça dé­borde. Cer­tains de ces hommes ont vé­cu des si­tua­tions dif­fi­ciles dans leurs vies, ils se confient alors. «Il y a des gens qui ont des bles­sures in­té­rieures pro­fondes qui rendent im­pos­sible cer­taines ré­con­ci­lia­tions. Il faut donc res­ter ou­verts et conci­liants. Ce­la met un baume sur leur coeur et sur leurs souf­frances», ré­vèle Ri­chard Des­jar­dins qui anime lui-même ce groupe. On n’a pas en­core éta­bli de pro­fil so­cio-éco­no­mique de l’as­so­cia­tion, «la clien­tèle va de gens sous le seuil de la pau­vre­té à ceux qui n’ont que très peu de contraintes fi­nan­cières. C’est as­sez va­rié», in­dique le pré­sident de l’ARC, Ri­chard Des­jar­dins. Or­ga­nisme dé­mo­cra­tique, l’ARC de­mande ain­si aux gens de s’im­pli­quer bé­né­vo­le­ment. «Mais nous sommes à une croi­sée des che­mins. Avec plus de 250 per­sonnes, on ne peut tout faire bé­né­vo­le­ment et on au­ra be­soin de sub­ven­tions, d’un bud­get, pour or­ga­ni­ser des ac­ti­vi­tés, par exemple, pour ceux qui sont en perte d’au­to­no­mie et pour une plus grande di­ver­si­fi­ca­tion des ac­ti­vi­tés», es­time Ri­chard Des­jar­dins. «Un des bé­né­fices se­con­daires, mais ma­jeurs de l’ARC, c’est qu’on y ren­contre beau­coup de monde, dont plu­sieurs sont des ha­bi­tués du Vil­lage. Quel­qu’un a be­soin de ja­ser. Il sait qu’il n’a qu’a faire un tour dans le Vil­lage pour y ren­con­trer quatre ou cinq membres de l’as­so­cia­tion pour dis­cu­ter . C’est là qu’on constate com­ment c’est im­por­tant pour cer­tains hommes de bri­ser leur iso­le­ment…», de conclure Ri­chard Des­jar­dins.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.