PAR ICI MA SOR­TIE par De­nis-Da­niel Boul­lé

Fugues - - Sommaire - DE­NIS-DA­NIEL BOUL­LÉ de­nis­da­niel­ster@gmail.com

La cam­pagne élec­to­rale ne vous a pas fait vrai­ment rê­ver? Pour celles et ceux qui rêvent d’un pro­jet de so­cié­té, d’un fu­tur qui ras­semble une po­pu­la­tion, un peuple, un pays, nous de­vrons at­tendre. Entre sau­pou­drage de pro­messes pour que les Qué­bé­cois.es moyen.ne.s ait un peu plus d’ar­gent dans leur por­te­feuille se­lon le pre­mier mi­nistre sor­tant Phi­lippe Couillard et le chef de la Coa­li­tion Ave­nir Qué­bec (CAQ), et des ré­ponses à la pièce se­lon le pu­blic ren­con­tré, l’édu­ca­tion, la san­té, rien ne nous ga­ran­tit que l’on se ré­veille­ra plein d’es­poir le 1er oc­tobre pas­sé.

Ra­re­ment une cam­pagne n’au­ra vu au­tant de can­di­dat.es ou­ver­te­ment LGBTQ et ce­ci tout par­ti confon­du, 27 en tout. La palme re­vient à Qué­bec So­li­daire avec 12 can­di­dat.es. Et plus, puisque des per­sonnes trans se sont pré­sen­tées. On pense bien en­ten­du à Mi­chelle Blanc dans Mer­cier pour le PQ ou à Ca­ro­line Trot­tierGas­con dans Vi­mont pour QS. Si tous les par­tis ont leur can­di­dat arc-en-ciel, c’est qu’in­dé­pen­dam­ment du genre ou de l’orien­ta­tion sexuelle, il n’y a pas une vi­sion po­li­tique, éco­no­mique et so­ciale par­ta­gée par nos com­mu­nau­tés. On le voit bien dans Sainte-Ma­rie-Saint-Jacques où se trouve le Village. Pour dé­lo­ger la dé­pu­tée sor­tante, Ma­non Mas­sé, le PQ pré­sente une femme non-bi­naire, Jen­ni­fer Drouin, et l’on a tas­sé du cô­té du PLQ la can­di­date pres­sen­tie, An­na Klis­ko pour la rem­pla­cer par un can­di­dat bien connu dans le com­mu­nau­taire LGBTQ, l’avo­cat Louis Char­ron. Une bonne stra­té­gie? Le 1er oc­tobre nous le di­ra. Il faut te­nir compte que la ma­jo­ri­té des LGBTQ ne vivent pas dans ou au­tour du Village.Il est vrai qu’il n’y a ja­mais eu d’études me­nées pour connaître l’orien­ta­tion po­li­tique des per­sonnes LGBTQ. Et le fait que QS pré­sente une ma­jo­ri­té de can­di­dat.es arc-en-ciel ne peut être un in­di­ca­teur des in­ten­tions de vote de nos com­mu­nau­tés. Pré­sent.es dans tous les par­tis, on peut y voir une com­mu­nau­té hé­té­ro­gène quant aux en­jeux so­ciaux et éco­no­miques ac­tuels. D’au­tant que les grands dos­siers au­tour de la re­con­nais­sance so­ciale et lé­gale de l’orien­ta­tion sexuelle et de l’iden­ti­té de genre sont en voie de rè­gle­ment ou font par­tie des pro­chains chantiers et ce quelque soit le pro­chain gou­ver­ne­ment élu. Une bonne chose en fait qui prouve que con­trai­re­ment aux dis­cours de cer­tain.es chro­ni­queur.es, les per­sonnes LGBTQ ne sont pas in­té­res­sées qu’aux su­jets qui les concernent en tant que mi­no­ri­té. Comme le reste de la po­pu­la­tion, ses centres d’in­té­rêts sont beau­coup plus larges, et plus di­ver­si­fiées. Elles tra­vaillent, elles sont des fa­milles, elles sont jeunes, elles sont des aî­nées; fonc­tion­naires ou ayant leur propre en­tre­prise, elles ont des be­soins en san­té, en édu­ca­tion, et ont aus­si des in­quié­tudes éco­lo­giques. Au­cune dif­fé­rence. D’au­tant plus que les grands par­tis en lice nous aiment. Il est à peu près sûr que le plan na­tio­nal de lutte contre l’ho­mo­pho­bie mis en place par le gou­ver­ne­ment sor­tant conti­nue­ra. Au mieux, il se­ra bo­ni­fié mais sans grand chan­ge­ment. Ce que l’on peut sou­hai­ter alors du pro­chain gou­ver­ne­ment, c’est une plus grande im­pli­ca­tion des autres mi­nis­tères dans la lutte contre l’ho­mo­pho­bie et la trans­pho­bie. Le plan en place dépend du mi­nis­tère de la jus­tice mais se­rait dans les textes in­ter­mi­nis­té­riels. Des sources ont confir­mé qu’au cours des cinq pre­mières an­nées de l’exis­tence de ce pro­gramme, des mi­nis­tères comme ceux de la san­té, de l’édu­ca­tion, entre autres, ne se sont pas trop ma­ni­fes­tés. Le se­cré­ta­riat aux aî­né.es a été plus un peu plus ac­tif, à l’ini­tia­tive de la mi­nistre en poste à l’époque, Mar­gue­rite Blais. Reste aus­si une de­mande ré­ité­rée de­puis plus de 20 ans, c’est un meilleur fi­nan­ce­ment des or­ga­nismes com­mu­nau­taires, pas seule­ment en aide fi­nan­cière, mais une aide lo­gis­tique pour les plus pe­tits or­ga­nismes qui peinent à ac­com­plir leur mis­sion. Le bé­né­vo­lat a ses li­mites. En­fin, tous les pro­grammes de sen­si­bi­li­sa­tion et d’in­for­ma­tion pour lut­ter contre l’ho­mo­pho­bie et la trans­pho­bie sont tour­nés vers la po­pu­la­tion en gé­né­ral, en mi­lieu de tra­vail, en édu­ca­tion, en­vers les pro­fes­sion­nels de la san­té et des ser­vices so­ciaux, il se­rait bon aus­si que de tels pro­grammes soient pro­po­sés en di­rec­tion de nos com­mu­nau­tés. Les ma­ni­fes­ta­tions trans­phobes, sé­ro­phobes, les­bo­phobes, sexistes et ra­cistes pro­viennent aus­si de nos com­mu­nau­tés et dé­montrent que l’in­to­lé­rance et le re­jet ne sont pas l’apa­nage des cis­genres hé­té­ro­sexuels. Même si nos sou­haits ne sont pas des ur­gences ou des prio­ri­tés dans les pro­grammes des grands par­tis, il fau­dra tou­te­fois res­ter vi­gi­lant et ne pas s’em­pê­cher de rap­pe­ler nos élu.es au pou­voir de ne pas s’en­dor­mir face aux en­jeux LGBTQ. Quels sont les par­tis les plus ou­verts aux ques­tions LGBTQ? Qué­bec so­li­daire, qui a tou­jours sou­te­nu les mi­no­ri­tés sexuelles? Le Par­ti qué­bé­cois, qui a été l’ar­ti­san de l’union ci­vile pour les conjoints de même sexe en 2002? Le Par­ti li­bé­ral du Qué­bec qui, après de grandes consul­ta­tions avec les or­ga­nismes, a mis en place le Plan de lutte contre l’ho­mo­pho­bie et la trans­pho­bie? La CAQ? Si le par­ti de­vait for­mer le pro­chain gou­ver­ne­ment, il de­vrait faire ses preuves dans ce do­maine. Con­trai­re­ment aux autres par­tis, au­cun can­di­dat de la CAQ n’a en charge les dos­siers LGBTQ, mais il se­rait sur­pre­nant (j’ose es­pé­rer) en cas de vic­toire que la Coa­li­tion ne s’en­ligne pas sur la ten­dance ac­tuelle, de faire un peu plus at­ten­tion à nous. Et peut-être aus­si, de­man­der au pro­chain gou­ver­ne­ment élu de faire de la sen­si­bi­li­sa­tion et de l’in­for­ma­tion au­près de la chro­ni­queuse du Jour­nal­deMon­tréal, Lise Ra­va­ry, qui en­core ré­cem­ment dans une chro­nique sur la Fé­dé­ra­tion des femmes du Qué­bec qui n’a émis au­cun com­mu­ni­qué de presse pour rendre hom­mage à Lise Payette, en a pro­fi­té pour éta­ler sa trans­pho­bie chro­nique.

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