À MI-CHE­MIN DE L’IN­CLU­SION AU DÉ­PAR­TE­MENT DE SEXOLOGIE DE L’UQAM

Fugues - - Sommaire - SA­MUEL LA­RO­CHELLE

Pres­sé par d’in­nom­brables étu­diants mé­con­tents, le dé­par­te­ment de sexologie de l’UQAM a pro­fi­té de la révision des pro­grammes pour fa­vo­ri­ser l’in­clu­sion des di­ver­si­tés sexuelles, iden­ti­taires et re­la­tion­nelles dans la ma­tière étu­diée au bac­ca­lau­réat. Si le nou­veau pro­gramme, tes­té l’an­née der­nière, sou­lage quan­ti­té d’étu­diants, il est loin de suf­fire pour d’autres.

Se­lon et pas­sés le Col­lec­tif en sexologie, des mi­no­ri­tés plu­sieurs rous­pé­teuses, pro­fes­seurs com­po­sés abor­daient d’étu­diants la sexua­li­té ac­tuels en se li­mi­tant aux per­sonnes hé­té­ro­sexuelles, cis­genres et non-in­ter­sexes. «On men­tion­nait de temps en temps l’exis­tence des per­sonnes LGBTQ, mais presque par de­voir, ré­vèle un membre du col­lec­tif. Lorsque nous es­sayions de sou­le­ver des in­for­ma­tions per­ti­nentes aux réa­li­tés LGBTQ, pour ne pas dire de re­mettre en ques­tion des af­fir­ma­tions hé­té­ro­sexistes, nous avions sou­vent l’im­pres­sion que col­lègues et pro­fes­seur(e)s voyaient ça comme une dis­trac­tion. Il n’y avait presque au­cune re­con­nais­sance du fait que nous al­lions as­su­ré­ment in­ter­ve­nir au­près de per­sonnes LGBTQ et qu’il était né­ces­saire de sa­voir le faire de fa­çon per­ti­nente et non-op­pres­sive.»

La di­rec­trice des pro­grammes de pre­mier cycle au dé­par­te­ment de sexologie, Joanne Otis, parle des pro­blèmes sou­le­vés sans dé­tour. «Les ré­cri­mi­na­tions des étu­diants ont tou­jours été lé­gi­times à mes yeux. Elles col­laient aux pro­blèmes iden­ti­fiés dans les cours et chez les pro­fes­seurs qui fai­saient par­tie de la vieille garde. Quand je suis ar­ri­vée dans l’équipe en 1991, je res­sen­tais moi-même ce qui était dit: le dé­par­te­ment était ho­mo­phobe.» À l’image de plu­sieurs col­lègues en­ga­gés de­puis, elle a orien­té de nom­breux tra­vaux de re­cherches sur les en­jeux LGBTQ+. «Les re­cherches de la moi­tié de mes col­lègues touchent aux en­jeux de di­ver­si­té. Le per­son­nel a chan­gé. Plu­sieurs per­sonnes chez nous ap­par­tiennent elles-mêmes à la com­mu­nau­té.» Elle pré­cise que même si les étu­diants n’avaient pas fait de pres­sion, le pro­gramme du bac­ca­lau­réat au­rait été re­vu. «Tous les dix ans, nous sommes te­nus d’éva­luer nos pro­grammes, en con­sul­tant des ex­perts, nos étu­diants et des pro­fes­sion­nels sur le mar­ché du tra­vail. Le rap­port d’éva­lua­tion a lui aus­si sou­li­gné l’im­por­tance d’être à la fine pointe de cer­taines thé­ma­tiques émer­gentes et des en­jeux re­la­tifs aux di­ver­si­tés.»

Ain­si, tous les cours ju­gés en­core per­ti­nents ont été re­vus de A à Z, en vue de l’an­née sco­laire 2017-2018. «Nous avons im­po­sé dans les des­crip­teurs de cours - que les en­sei­gnants n’ont pas le choix de suivre - d’avoir un re­gard sen­sible aux di­ver­si­tés. C’est de­ve­nu une pré­oc­cu­pa­tion trans­ver­sale.» Les cours de théo­rie cri­tique abordent de­puis l’an­née der­nière des concepts comme l’hé­té­ro­nor­ma­ti­vi­té, la cis-nor­ma­ti­vi­té, le ra­cisme sexuel et la mo­no- nor­ma­ti­vi­té nor­ma­ti­vi­té. pour com­prendre «On étu­die que l’op­pres­sion les mo­dèles n’est sys­té­miques pas pu­re­ment in­di­vi­dua­li­sée, mais so­cia­li­sée», af­firme Jes­si­ca Lee Mit­chell, qui a fait par­tie de la pre­mière co­horte d’étu­diants qui ont dé­cou­vert le nou­veau pro­gramme. Elle ajoute que lors du cours Mo­dèle de san­té sexuelle, des char­gés de cours ont pris l’ini­tia­tive d’in­vi­ter un in­ter­ve­nant au­près de jeunes per­sonnes trans pour mieux com­prendre leurs réa­li­tés, leurs droits, leurs dé­fis et les dif­fé­rentes pro­cé­dures. D’autres cours ont vul­ga­ri­sé cer­taines no­tions en­do­cri­no­lo­giques fon­da­men­tales. «On dé­cou­vrait non seule­ment ce que créent les chro­mo­somes XX et XY, mais aus­si tout ce qu’il y a entre les deux, et à quel point c’est cou­rant. Les per­sonnes in­ter­sexes et non-bi­naires ne sont pas des dé­for­ma­tions. C’est la cis-nor­ma­ti­vi­té qui est un construit so­cial.»

Ce n’est pas tout. Le dé­par­te­ment a mis sur pied le co­mi­té de Di­ver­si­té des genres re­la­tio­nels et sexuels, com­po­sé d’en­sei­gnant(e)s et d’étu­diant(e)s, dont la mis­sion est de s’as­su­rer que les pro­fes­seurs soient ou­tillés pour abor­der ces ques­tions. «Au-de­là de la révision des cours, on es­saie d’of­frir le plus de for­ma­tions pos­sible aux pro­fes­seurs. On veut aus­si que les étu­diants puissent li­vrer des tra­vaux avec un lan­gage neutre ou in­clu­sif sans pé­na­li­té pour le fran­çais», ex­plique Mme Otis. Sans ou­blier le ques­tion­naire d’éva­lua­tion de l’en­sei­gne­ment au­quel ont été ajou­tés des énon­cés sur l’en­sei­gne­ment in­clu­sif et la capacité des pro­fes­seurs à te­nir compte des en­jeux liés à la di­ver­si­té, tant dans la ma­tière que dans la dy­na­mique de groupe.

À ce su­jet, bien du che­min reste à faire, se­lon l’étu­diante. «Cer­tains profs sont de la vieille école. Ils re­fusent qu’on uti­lise la ré­dac­tion neutre. Ils sont ha­bi­tués aux pa­ra­digmes hé­té­ro­nor­ma­tifs ou pa­tho­lo­gi­sants.» Elle a aus­si été té­moin d’ho­mo­pho­bie et de trans­pho­bie en classe. «Après qu’une per­sonne trans ait ex­pli­qué pour­quoi cer­tains mots sont vrai­ment in­sul­tants, une col­lègue a le­vé la main pour faire un com­men­taire su­per trans­phobe.» Joanne Otis est au cou­rant de la pro­blé­ma­tique. «Cer­tains étu­diants dé­barquent en pre­mière an­née, alors qu’ils n’ont été ex­po­sés à presque rien. Cer­tains n’ont ja­mais ren­con­tré de per­sonnes trans ou n’ont ja­mais en­ten­du par­ler de non-binarité. Il y a des com­men­taires dis­gra­cieux qui se disent en classe. Ça prend trois ans pour dé­cons­truire tout ça.» Une po­li­tique pour­tant a été mise en place pour ba­li­ser le cli­mat pé­da­go­gique. «Quand on parle de ques­tions de genre et que des étu­diants roulent des yeux, c’est in­ac­cep­table, dit Mme Otis. Ça prend beau­coup de vi­gi­lance de la part de l’en­sei­gnant pour re­le­ver ça. Ça va ve­nir tran­quille­ment.»

Le co­mi­té de la di­ver­si­té veut d’ailleurs lan­cer cette an­née une plate-forme afin de re­cueillir les mi­cro-agres­sions, com­men­taires, gestes ou at­ti­tudes qui portent pré­ju­dices. «Si on est té­moin ou vic­time, on peut dé­non­cer l’évé­ne­ment de fa­çon ano­nyme, à moins de vou­loir re­ce­voir de l’aide, en iden­ti­fiant le cours et les per­sonnes im­pli­quées, ex­plique la di­rec­trice. Le co­mi­té a comme rôle pas im­po­ser de don­ner les suite for­ma­tions à ça et aux de four­nir pro­fes­seurs, de l’aide.» au nom Mme de Otis la li­ber­té sait qu’elle aca­dé­mique, ne peut mais elle garde es­poir. «On a en­core beau­coup de tra­vail à faire pour qu’on sente notre dé­par­te­ment sé­cu­ri­taire et in­clu­sif, mais on est sur la bonne voie. in­ac­cep­table J’es­père qu’on de pour­ra ne pas créer s’oc­cu­per une vague de la di­ver­si­té qui fe­ra en et de sorte ne que pas ça ré­agir.» de­vienne

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.