FES­TI­VAL IN­TER­NA­TIO­NAL DE LIT­TÉ­RA­TURE

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Le 29 sep­tembre pro­chain, à la 5e salle de la PDA, dans le cadre du 24e fes­ti­val in­ter­na­tio­nal de lit­té­ra­ture, se­ra pré­sen­tée la pièce HomoSapienne, adap­ta­tion du ro­man de Ni­viaq Kor­ne­lius­sen, dé­crite par The New Yor­ker comme la «nou­velle étoile du Nord». HomoSapienne ra­conte la vie de cinq jeunes dans la ville de Nuuk, ca­pi­tale du Groen­land. On y aborde no­tam­ment le les­bia­nisme, la trans­sexua­li­té, les ta­bous, l’ex­clu­sion, les pré­ju­gés, comme les peurs y étant as­so­ciées. En­tre­vue avec le met­teur en scène Éric Jean, sur une oeuvre coup de coeur.

Qu’est-ce qui vous a sé­duit à la lec­ture de l’oeuvre au point de vou­loir l’adap­ter pour la scène?

J’ai eu un vé­ri­table coup de foudre pour l’écri­ture de Ni­viaq, très sin­gu­lière, au­then­tique, ori­gi­nale et contem­po­raine. Ces cinq per­son­nages, d’une grande hu­ma­ni­té, sont beaux avec tous leurs tra­vers et ques­tion­ne­ments. Je me suis dit: pour­quoi ne pas es­sayer de leur don­ner vie sur scène, par la voix des co­mé­diens. La langue est très mu­si­cale et l’en­tendre sur une scène, c’est ce qui m’a don­né en­vie de l’adap­ter.

Le ro­man est com­po­sé de cinq cha­pitres, tous ins­pi­rés d’une chan­son rock. Vous avez dé­jà dit «ai­mer les oeuvres hy­brides». Est-ce que la mise en lec­ture of­fri­ra un mé­tis­sage?

Ab­so­lu­ment. Je suis friand de cette idée de mé­lan­ger les dif­fé­rentes bulles ar­tis­tiques. Je l’ai fait beau­coup avec la danse, la chan­son, la lit­té­ra­ture et là, c’est l’oc­ca­sion de vrai­ment créer un ob­jet d’art in­té­res­sant. Je pars de la lit­té­ra­ture, qui de­vient un ob­jet théâ­tral, car in­car­né sur scène avec des ac­teurs. Les chan­sons sont tel­le­ment im­por­tantes dans le ro­man, ce sont les points d’an­crage des per­son­nages, alors il fal­lait que le spec­ta­teur ait ac­cès aux chan­sons.

Vous n'en êtes pas à votre pre­mière adap­ta­tion, on se rap­pel­le­raTes­ta­mentde Vi­ckie Gen­dreau. Pour HomoSapienne, pre­mier livre d’une jeune écri­vaine inuite, quels furent les dé­fis de por­ter cette oeuvre lit­té­raire à la scène?

On a tou­jours en­vie de don­ner un souffle à la pièce, sans dé­na­tu­rer le ro­man (qui ne manque pas de souffle en soit). Que le spec­ta­teur ait le même res­sen­ti qu’à la lec­ture. En même temps, au théâtre, on a be­soin d’ac­tion sur scène. La pa­role peut être une ac­tion, mais on a des corps sur une scène, alors le per­son­nage doit exis­ter dans le corps de l’ac­teur, s’adres­ser aux autres.

Dans HomoSapienne, la thé­ma­tique ho­mo­sexuelle est très pré­sente. Dans la lit­té­ra­ture comme au théâtre est-ce, se­lon vous, en­core trop peu abor­dé?

Je trouve que la thé­ma­tique en lien avec l’orien­ta­tion sexuelle et la dé­fi­ni­tion d’un être hu­main par sa sexua­li­té est de ces su­jets qu’on a en­core à creu­ser. Il y a en­core du che­min à faire. Je di­rais que le ro­man parle beau­coup de l’ac­cep­ta­tion et de l’éman­ci­pa­tion à tra­vers la sexua­li­té. Ni­viaq l’aborde d’une fa­çon très di­recte et ça me plait beau­coup, car on peut avoir cette ten­dance au théâtre à être très fron­tal, sou­vent plus qu’en lit­té­ra­ture.

Par­mi la dis­tri­bu­tion fi­gure So­leil Lau­nière, d’Hé­ri­tage au­toch­tone. Vu le su­jet trai­té (et on se rap­pel­le­ra les contro­verses liées à la dis­tri­bu­tion de SLAV et Ka­na­ta) était-ce im­por­tant pour vous d’avoir une per­sonne d’ori­gine au­toch­tone?

Bien avant ce qui est ar­ri­vé avec ces pièces, nous tra­vail­lions dé­jà sur HomoSapienne et pour moi c’était im­por­tant de­puis le dé­but. Ce que j’aime dans le ro­man de Ni­viaq - elle est groen­lan­daise, donc inuit - c’est qu’il parle de cinq jeunes au Groen­land, mais a un ca­rac­tère uni­ver­sel. C’est pour ça qu’il connait au­tant de suc­cès et fut tra­duit en sept langues. Ça dé­passe l’ori­gine. Bien sûr, il y a des en­jeux liés aux Pre­mières Na­tions, mais ce n’est pas que ça, c’est beau­coup plus large. Pour la dis­tri­bu­tion, on m’avait par­lé de So­leil. Je cher­chais une co­mé­dienne pro­fes­sion­nelle qui pou­vait aus­si chan­ter. J’ai eu un coup de coeur. Je ne ca­che­rai pas que j’ai cher­ché à in­té­grer plus d’ac­teurs d’ori­gine au­toch­tone, mais je n’ai pas trou­vé ce que je vou­lais, au ni­veau du ca­rac­tère des per­son­nages. Je suis al­lé vers des gens comme Jade-Ma­riu­ka Robitaille (Qué­bé­coise-Rou­maine), ou en­core Étienne Lou (Qué­bé­cois-Chi­nois), car pour moi ça ap­por­tait quelque chose de plus. Ce­la dit, par la mu­sique, j’ai dé­ci­dé d’in­clure la chan­teuse d’ori­gine au­toch­tone Ki­ki Har­per, qui in­ter­pré­te­ra les chan­sons de la pièce. Sans ou­blier l’écri­vaine-poète Ma­rie-An­drée Gill avec qui j’ai adap­té de la pièce.

D’ailleurs, l’ac­teur Étienne Lou est un an­cien par­ti­ci­pant au stage Ho­ri­zonsDi­ver­si­té, de l'École na­tio­nale de théâtre du Ca­na­da, où vous en­sei­gnez. Aus­si, vous avez été di­rec­teur ar­tis­tique du Théâtre de Quat’Sous, où à votre ini­tia­tive, en col­la­bo­ra­tion avec l’or­ga­nisme Di­ver­si­té ar­tis­tique Mon­tréal, le Théâtre ac­cueille de­puis 2014 les Au­di­tions de la di­ver­si­té afin de faire connaître les co­mé­diens qué­bé­cois is­sus de l’im­mi­gra­tion. Pour re­ve­nir sur le su­jet chaud de cet été, quel est votre point de vue sur l’in­clu­sion des di­ver­si­tés au théâtre?

J’ai trou­vé que c’était un dé­bat es­sen­tiel. Sans être pré­ten­tieux, ça fait long­temps que je tra­vaille avec des gens qui viennent d’un peu par­tout et je suis al­lé faire des mises en scène au Mexique alors que je ne par­lais pas es­pa­gnol. Ç’a tou­jours été na­tu­rel pour moi, de­puis que je fais de la mise en scène (1999). C’est un plus, qui en­ri­chit les pro­duc­tions et me fait dé­cou­vrir autre chose. Par contre, il ne faut pas que ce soit for­cé, pour ré­pondre à des quo­tas ou ob­te­nir des sub­ven­tions. Il ne faut pas le faire de ma­nière hy­po­crite, mais être nour­ri d’un in­té­rêt réel. 6 JU­LIE VAILLAN­COURT

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