L’im­por­tance d’al­ler jouer de­hors

Les en­fants jouent moins qu’avant à l’ex­té­rieur, et c’est un pro­blème.

Géo Plein Air - - Sommaire -

Ça fait mal ! » Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai dit ça à ma mère du­rant l’hi­ver. Je de­vais avoir neuf ou dix ans. Dans ma cour ar­rière, il y avait une pa­ti­noire. Cette année-là, j’avais re­çu en ca­deau des pa­tins et un bâ­ton de ho­ckey. Chaque soir, après l’école, j’al­lais pa­ti­ner. Quand ma mère m’ap­pe­lait pour le sou­per, ça fai­sait dé­jà plu­sieurs heures que je jouais. In­va­ria­ble­ment, en ren­trant dans la mai­son, je pleu­rais. Je pleu­rais parce que ça fai­sait mal d’avoir les doigts et les pieds qui dé­gèlent.

L’hi­ver der­nier, mon fils a dé­cou­vert à son tour cette sen­sa­tion désa­gréable. À son âge (neuf ans), ça m’ar­ri­vait pra­ti­que­ment tous les jours. Lui ? C’était la première fois. J’au­rais ai­mé croire que c’est parce que les gants et les bottes sont plus chauds de nos jours. Mais la réa­li­té, c’est que les en­fants jouent moins qu’avant à l’ex­té­rieur. Ils sortent moins sou­vent. Et, quand ils sortent, ils jouent moins long­temps aus­si.

C’est vrai à la mai­son, et c’est éga­le­ment vrai à l’école.

L’hi­ver, les en­fants ne sortent plus s’il fait trop froid. L’été, c’est quand il fait trop chaud. Avec le vent et l’hu­mi­di­té, c’est ren­du qu’il fait sou­vent trop froid ou trop chaud. Ils ne sortent pas non plus quand il pleut. Bref, avec le cli­mat qu’on a au Québec, ça fait beau­coup de jour­nées à res­ter cloî­trés à l’in­té­rieur.

PLUS DE RÉCRÉATION

Ma­rie-Hé­lène Gui­mont, conseillère pé­da­go­gique en édu­ca­tion phy­sique et à la santé à la Com­mis­sion sco­laire de Mon­tréal, et Ma­ry­lène Gou­dreault, conseillère en pro­mo­tion de la santé à la Di­rec­tion ré­gio­nale de santé pu­blique de Mon­tréal, ont pu­blié le guide Pour réus­sir à l’école, mieux vaut ne pas man­quer la récréation.

Les au­teures re­com­mandent d’éla­bo­rer des po­li­tiques dans les­quelles la récréation fe­rait par­tie in­té­grante du cur­ri­cu­lum de l’en­sei­gne­ment pré­sco­laire et pri­maire. Les preuves sont là pour dire que sor­tir per­met d’ap­prendre. Les conseillères pré­sentent le cas d’une école au Texas où le temps de récréation est pas­sé de 20 à 60 mi­nutes par jour. Ré­sul­tat? «En dé­pit du fait qu’ils étaient ner­veux à l’idée de prendre du re­tard sur leur pro­gramme sco­laire, les en­sei­gnants se sont plu­tôt ren­du compte que ces ré­créa­tions avaient per­mis, au contraire, de prendre de l’avance sur ce­lui-ci. »

Non seule­ment les en­fants n’ont pas as­sez de temps de récréation pour jouer, c’est ren­du que lors­qu’ils sont en récréation, ils passent leur temps dans les cor­ri­dors as­sis par terre à lire. Pas de blague ! C’est ain­si que ça se passe à l’école de mon fils.

ET LE PLEIN AIR ?

Quel rôle doit jouer l’école dans l’ap­pren­tis­sage du plein air? L’école de­vrait être l’en­droit par ex­cel­lence pour don­ner des cours de plein air 101, non? Je ne dis pas qu’il faille ajou­ter des heures de for­ma­tion au pro­gramme dé­jà sur­char­gé des élèves. Mais l’école doit fa­vo­ri­ser la pra­tique du plein air en lais­sant les en­fants jouer de­hors. Même quand il fait froid. Même quand il pleut.

Avant de me dire que j’exa­gère, lais­sez-moi vous par­ler de Louise, une édu­ca­trice qui s’oc­cupe des plus pe­tits (4-5 ans). Quand je passe de­vant l’école pour me rendre à mon bu­reau à pied, son groupe d’en­fants est sou­vent le seul à être de­hors. Ils jouent au bal­lon. Ils jouent à la tague. Ils courent. Ils rient.

Pour­quoi son groupe est de­hors et pas les autres ? Louise aime le plein air. Par consé­quent, elle croit que les en­fants doivent sor­tir, même quand il ne fait pas beau. D’ailleurs, elle aver­tit les pa­rents au dé­but de l’année : « Met­tez-leur un im­per­méable et des bottes de pluie, nous al­lons quand même de­hors ! »

DES CUBES DE PLEIN AIR!

Lec­teurs de Géo Plein Air, il faut en faire plus. Nous avons un rôle à jouer. Exi­geons que nos en­fants puissent jouer de­hors le plus sou­vent pos­sible. Exi­geons que les écoles donnent des cours de plein air. Pas aux en­fants. À leur per­son­nel ! Aux cubes d’éner­gie de Pierre La­voie, ajou­tons des cubes de plein air ! L’un ne va pas sans l’autre.

Quand on dé­ve­loppe une culture du plein air au sein d’une école, ça se trans­pose dans d’autres sphères d’ac­ti­vi­tés. Pour fi­nan­cer ses ac­ti­vi­tés, l’école des en­fants de notre ré­dac­teur en chef, Alain McKen­na, a rem­pla­cé la vente de cho­co­lat par une course en sen­tier. Les par­ti­ci­pants peuvent mar­cher ou cou­rir sur des dis­tances qui per­mettent de le faire seul ou en fa­mille, tout en s’ini­tiant à une ac­ti­vi­té de plein air de plus en plus po­pu­laire. Et ça marche! (Dé­so­lé, le jeu de mots était trop fa­cile…)

J’in­siste sur cette re­com­man­da­tion de Ma­rieHé­lène Gui­mont et de Ma­ry­lène Gou­dreault : les ré­créa­tions à l’école doivent se dé­rou­ler au grand air. « Peu im­porte la saison, jouer de­hors en­ri­chit les en­fants de mille ex­pé­riences en les met­tant en contact avec la na­ture », af­firment-elles.

Alors, al­lez jouer de­hors !

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.