Na­tu­rel­le­ment amou­reux

Grand air et grand amour vont sou­vent de pair. Coup d’oeil sur la pra­tique du plein air des amou­reux qué­bé­cois.

Géo Plein Air - - Sommaire - par Maxime Bi­lo­deau

Quand grand air et grand amour vont de pair.

O ubliez la ren­contre for­tuite au camp de base de l’Eve­rest ou l’amour au pre­mier re­gard sur une voie d’es­ca­lade co­tée 5.9. Ma­rie-Chan­tal Bu­teau et Ri­chard Four­nier, deux amou­reux du plein air, se sont trou­vés de la ma­nière la plus ba­nale du monde: sur le site qué­bé­cois de ren­contre nd pour cé­li­ba­taires Ré­seau Con­tact. C’était il y a 16 ans. « À l’époque, c’était moins la jungle qu’au­jourd’hui!» pré­cise Ma­rie-Chan­tal, main­te­nant dans la fin de la qua­ran­taine, comme son conjoint.

Les deux pro­fes­sion­nels de la com­mu­ni­ca­tion ont eu en­vie de faire plus ample connais­sance. Leur pre­mière ren­contre a lieu lors d’une soi­rée de tan­go ar­gen­tin. C’est le coup de foudre, entre deux me­sures. « Ç’a été une soi­rée su­perbe pen­dant la­quelle nous avons dis­cu­té d’une foule de choses, mais sur­tout de notre pas­sion com-

LES AC­TI­VI­TÉS LES PLUS PRA­TI­QUÉES 63 % la ran­don­née pé­destre 62 % le vé­lo 38 % la ra­quette Source : Chaire de tou­risme Tran­sat

mune pour la na­ture », se sou­vient Ri­chard. Peu après, le nou­veau couple troque ses chaus­sures de danse contre ses bottes de ran­don­née. Di­rec­tion les bois, où on peut en­core les croi­ser de nos jours.

Au fil des an­nées, les in­sé­pa­rables plei­nai­ristes ont en­ri­chi leur feuille de route: deux mois de cam­ping sous la tente en Ita­lie, ex­cur­sions au fjord du Sa­gue­nay, vi­rées in­nom­brables à la Val­lée Bras-du-Nord, dont une fois sous des pluies tor­ren­tielles qui ont du­ré plu­sieurs jours… Pen­sez à une aven­ture et ils l’ont pro­ba­ble­ment dé­jà réa­li­sée main dans la main (c’est une image, bien sûr). «Le plein air est pour nous une oc­ca­sion de se re­trou­ver seuls, de vivre des mo­ments de grâce loin de nos vies de fou », ex­pliquent-ils.

C’est aus­si une ma­nière de sor­tir de leur zone de confort, comme lors de cette ran­don­née de plu­sieurs heures dans les Py­ré­nées fran­çaises qui les a me­nés à un re­fuge per­ché à 3000 m d’al­ti­tude. « Nous étions par­tis mal équi­pés, ber­nés par les pan­neaux de si­gna­li­sa­tion des sen­tiers qui an­non­çaient une ran­don­née fa­cile d’en­vi­ron quatre heures. Fi­na­le­ment, elle était pas mal ex­trême et nous a pris le double du temps... », ra­conte Ri­chard. « Une chance que t’étais là. Si­non, j’au­rais tour­né les ta­lons et re­des­cen­du ! » avoue Ma­rie-Chan­tal. Ils en sont fi­na­le­ment quittes pour une bonne frousse et une rude le­çon: le ba­li­sage en France est, di­sons, dif­fé­rent de ce­lui en vi­gueur au Qué­bec !

GROS PLAN SUR LES COUPS DE FOUDRE EN NA­TURE

Les lacs, les fo­rêts et les mon­tagnes du Qué­bec re­gorgent de couples comme ce­lui de Ma­rieC­han­tal et Ri­chard. En fait, se­lon des chiffres de 2017 four­nis à Géo Plein Air par la Chaire de tou­risme Tran­sat de l’École des sciences de la ges­tion de l’UQAM, c’est sou­vent ac­com­pa­gné de sa tendre moi­tié qu’on joue de­hors dans la pro­vince. Sur un échan­tillon de 1976 Qué­bé­cois âgés de 18 ans et plus son­dés par la Chaire, en­vi­ron le tiers (31,9 %) rap­porte avoir pra­ti­qué une ou plu­sieurs ac­ti­vi­tés de plein air en couple au moins une fois ré­cem­ment. C’est au­tant qu’en fa­mille (31,5 %). Et plus qu’entre amis (21,6 %) ou seul (13,3 %) !

Tou­jours se­lon ce coup de sonde, l’ac­ti­vi­té la plus po­pu­laire chez les couples est la ran­don­née pé­destre – 63 % l’ont pra­ti­quée ré­cem­ment, ex

ae­quo avec le vé­lo (62 %). La ra­quette (38 %) et les ac­ti­vi­tés nau­tiques, comme le ca­not d’eau calme (25 %) et le kayak ré­créa­tif (20 %), viennent tout de suite après. Il faut no­ter que toutes les ac­ti­vi­tés étaient ré­per­to­riées, même la spé­léo­lo­gie. Dans le ré­seau de la Sé­paq, on voit d’ailleurs des amou­reux dans toutes les ac­ti­vi­tés of­fertes. « C’est dif­fi­cile de mettre le doigt sur l’ac­ti­vi­té de couple par ex­cel­lence. En fait, nous ren­con­trons des couples un peu par­tout », ad­met Si­mon Boi­vin, res­pon­sable des re­la­tions avec les mé­dias à la Sé­paq.

Il ar­rive tou­te­fois que cer­tains pro­duits of­ferts, sans être des­ti­nés ex­clu­si­ve­ment aux couples, gagnent la fa­veur de ces der­niers. C’est le cas des cha­lets EXP. (pour «ex­pé­rience»), des mi­ni­cha­lets qu’on re­trouve dans six parcs na­tio­naux de la Sé­paq, dont ceux du MontOr­ford, des Monts-Va­lin et de la Jac­quesCar­tier. S’ils im­pres­sionnent par leur ar­chi­tec­ture ré­so­lu­ment mo­derne et leurs grandes baies vi­trées qui font en­trer l’ex­té­rieur à l’in­té­rieur, ces cubes en bois confor­tables offrent tou­te­fois une chose que tous les tour­te­reaux re­cherchent : de l’in­ti­mi­té. «De­puis leur inau­gu­ra­tion, en 2013, nous consta­tons une bonne de­mande de la part d’amou­reux pour les EXP. Nous nous y at­ten­dions, mais pas à ce point», af­firme-t-il.

APRÈS LES EN­FANTS

L’âge des couples est aus­si une va­riable qui en dit long sur leurs in­té­rêts et sur la ma­nière dont on s’adresse à eux. Dans l’étude me­née par la Chaire de tou­risme Tran­sat, 42 % des couples son­dés sont âgés de 55 ans et plus. Ce pour­cen­tage est de moins de 30% chez les 18 à 34 ans et les 35 à 54 ans. Et vlan dans les dents des pré­ju­gés vou­lant que le plein air à deux soit

sur­tout une af­faire de jeunes couples frin­gants ! Comme pour de nom­breux autres pro­jets de vie, jouer de­hors en se re­gar­dant dans le blanc des yeux se fait plu­tôt une fois que les en­fants ont été édu­qués. On note d’ailleurs que les pa­rents dans 41 % des fa­milles in­ter­ro­gées par la Chaire de tou­risme Tran­sat sont âgés de 35 à 54 ans, contre 18 % chez les 55 ans et plus.

Ariane Ar­pin-De­lorme, fon­da­trice de l’agence de voyages Es­prit d’aven­ture, le constate d’ailleurs au­près de sa clien­tèle. «La ma­jo­ri­té est consti­tuée de couples dans la qua­ran­taine ou la cin­quan­taine qui ont fi­ni d’éle­ver leur fa­mille. Ils cognent à notre porte afin que nous leur or­ga­ni­sions des aven­tures sur me­sure, comme une as­cen­sion du Ki­li­mand­ja­ro ou une vi­rée à vé­lo en Ar­gen­tine», ex­plique celle qui est éga­le­ment co­au­teure du livre Le voyage pour les filles qui ont peur de tout (Mi­chel La­fon). Leur mo­ti­va­tion ? « Sou­vent, ils veulent prendre du temps pour eux et créer une banque de sou­ve­nirs com­muns en de­hors du quo­ti­dien », ré­sume-t-elle.

On le sait, plier sa tente seul sous la pluie est une ex­pé­rience fran­che­ment dé­pri­mante, mais le faire en bonne com­pa­gnie peut sou­dai­ne­ment de­ve­nir une source d’anec­dotes tru­cu­lentes.

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