Du ski jus­qu’à plus soif

Sur la plus longue piste de ski pour dé­bu­tants en France, on prend la me­sure d’un pay­sage al­pin unique.

Géo Plein Air - - Sommaire - par Pierre Sor­ma­ny

Val Cenis, le pa­ra­dis ou­blié des Alpes

Nous sommes at­ta­blés à la pe­tite ter­rasse du Re­lais du col du mont Cenis, à plus de 2080 m d’al­ti­tude, dans les Alpes sa­voyardes. L’été, le mo­deste éta­blis­se­ment ac­cueille les ran­don­neurs et les tou­ristes qui pré­fèrent em­prun­ter les la­cets des routes de mon­tagne et pro­fi­ter des pay­sages al­pins plu­tôt que de s’en­gouf­frer dans le tun­nel rou­tier du Fré­jus, entre Mo­dane, en France, et la val­lée de Bar­don­nèche, en Ita­lie. Mais l’hi­ver, la route du col ferme et de­vient la plus longue piste de ski de ni­veau dé­bu­tant en France: bap­ti­sée L’Es­car­got, avec à peine 650 m de dé­ni­ve­lé, elle s’étire sur près de 10 km.

De­vant nous, l’au­ber­giste porte fiè­re­ment son cos­tume sa­voyard. Elle ne ta­rit pas d’anec­dotes sa­vou­reuses sur ce col qui a sou­vent mar­qué l’his­toire. C’est par ici, dit-on, qu’Han­ni­bal et ses élé­phants, ve­nus du nord de l’Afrique, ont tra­ver­sé les Alpes pour at­ta­quer l’Ita­lie en 213 av. J.-C. C’est aus­si par ce col que Char­le­magne a me­né ses troupes guer­royer contre les Lom­bards en 773. Les ar­mées de Na­po­léon l’ont aus­si fran­chi à trois re­prises, lors de la conquête du Pié­mont. « Les rois, les papes, les em­pe­reurs, tous sont pas­sés par ici», ra­conte l’au­ber­giste qui nous livre les pe­tits se­crets de toutes ces têtes cou­ron­nées. « Vous êtes ici au centre du monde: à 730 km de Pa­ris, et à 730 km de Rome. »

Pen­dant des siècles, la tra­ver­sée re­pré­sen­tait un dé­fi. Des guides, ap­pe­lés alors « mar­rons » (d’un vieux mot pro­ven­çal), dé­mon­taient les voi­tures et trans­por­taient les voya­geurs sur des chaises à por­teurs en été, ou sur une « ra­masse », un cha­riot sur pa­tins qui dé­va­lait les pentes à vi­tesse ver­ti­gi­neuse, l’hi­ver. Puis vint la route as­phal­tée, et le train à cré­maillère, inau­gu­ré

en 1871. « C’est aus­si sur les la­cets de cette route al­pine que s’est te­nue la pre­mière course au­to­mo­bile de l’his­toire, en 1902», rap­pelle notre hô­tesse.

UNE STA­TION PEU CONNUE

Pour at­teindre cette agréable au­berge rustique, nous avons nous aus­si em­prun­té La Ra­masse, un des té­lé­sièges de cette sta­tion de ski qui fê­tait, en 2017, son 50e an­ni­ver­saire, et qui avait in­vi­té à cette oc­ca­sion les membres du Ski Club in­ter­na­tio­nal des jour­na­listes.

Ados­sé à la fron­tière nd entre la France et l’Ita­lie, le do­maine skiable prin­ci­pal re­lie dé­sor­mais trois vil­lages, soit Ter­mi­gnon, Lans­le­bourg et Lans­le­vil­lard, ré­par­tis sur une di­zaine de ki­lo­mètres, entre 1300 et 1460 m d’al­ti­tude. Le té­lé­siège le plus éle­vé, la Met, amène les skieurs jus­qu’à un bel­vé­dère per­ché à 2800 m, of­frant une vue im­pres­sion­nante sur le bar­rage et le lac du mont Cenis ain­si que les som­mets des Alpes ita­liennes plus au sud.

À vol d’oi­seau, nous ne sommes alors qu’à une qua­ran­taine de ki­lo­mètres de Ses­trières, la sta­tion ita­lienne qui a ac­cueilli les épreuves de ski lors des Jeux olym­piques d’hi­ver de Tu­rin, en 2006. Et à moins de 20 km au sud du vaste do­maine Tignes – Val d’Isère, la sta­tion la plus connue (et la plus acha­lan­dée) des Alpes sa­voyardes, où se sont aus­si te­nues les épreuves mas­cu­lines de ski aux Olym­piques d’Al­bert­ville, en 1992. In­utile de pré­ci­ser que Val Cenis est moins connue que ses illustres voi­sines, ce qui pré­sente un avan­tage sur le plan de l’acha­lan­dage. Ici, les longues at­tentes sont rares. Et le prix des for­faits est plus abor­dable.

Un bel­vé­dère of­frant une vue im­pres­sion­nante sur le bar­rage et le lac du mont Cenis

Res­to de mon­tagne dans le sec­teur Ter­mi­gnon Re­fuge à mi-mon­tagne

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