On a tous be­soin d’un coach

Géo Plein Air - - Sommaire -

«Tu vois, dé­jà, pour mon­sieur et ma­dame Tout-le-monde, ça, c’est in­dé­chif­frable, lui dis-je en dé­si­gnant son écran.

– Il y a des choses à res­pec­ter sur le plan bio­lo­gique, phy­sio­lo­gique aus­si. Le coach est là pour ça. Et pour la mo­ti­va­tion. – Oui, je com­prends. Parle-moi plu­tôt de toi.» Pour la pre­mière fois en plus de trois ans, j’en­tends mon en­traî­neur s’ou­vrir sur sa vie. Il me ra­conte com­ment tout a dé­bu­té pour lui, à 14 ans. Dans son pe­tit coin de pays du Bas-SaintLaurent, un spor­tif n’avait alors d’autre choix que de pra­ti­quer l’un de ces quatre sports : le ho­ckey, le ba­se­ball, le badminton et la course à pied. En ce qui le concerne, son ta­lent pour les deux pre­miers était in­exis­tant, et les sports de ra­quette l’en­nuyaient au plus haut point. Il pour­suit en m’ex­pli­quant que son pro­fes­seur d’édu­ca­tion phy­sique de l’époque, Paul-Émile La­france, était aus­si le coach de course du club d’athlétisme – et il l’est tou­jours après 50 ans d’en­sei­gne­ment.

« Il ado­rait ça. Il a en­traî­né ses cinq en­fants. Et même quand ses en­fants ont ar­rê­té, il a conti­nué de le faire avec d’autres jeunes. – Di­rais-tu qu’il a été un men­tor pour toi ? – Oui. Ce que j’ai ai­mé et re­te­nu de Paul-Émile, c’est que l’im­por­tant était de pro­gres­ser, peu im­porte que tu fi­nisses 1er ou 10e. J’ai vou­lu faire comme lui.»

Do­rys a lui aus­si en­sei­gné l’édu­ca­tion phy­sique, puis s’est mis à en­traî­ner des cou­reurs en di­let­tante, jus­qu’à ce que l’un d’eux lui de­mande un vrai pro­gramme. Ce fut le dé­but de son aven­ture de coach. Une des choses qu’il a ap­prises au fil des ans, c’est que les obs­tacles, en en­traî­ne­ment, sont in­évi­tables. «Au­tre­ment, c’est trop fa­cile. Tout le monde fait des er­reurs. Moi, je suis là pour t’en évi­ter une couple. Tu sais, ça prend dif­fé­rentes ba­lises. On n’est ja­mais bon juge de soi-même. Il y a des se­maines où on a l’im­pres­sion qu’on en fait trop, puis, la se­maine sui­vante, pas as­sez. Avec un point de vue ex­té­rieur, c’est autre chose.»

Su­jet, verbe, complément, pause. Su­jet, verbe, complément, pause. Do­rys parle comme il court. Lui qui en­traîne plus de 600 ath­lètes aux quatre coins du globe, de Sa­gue­nay à Sin­ga­pour, pré­cise tout de même: «Je ne vois pas tous ces gens-là. Cer­tains ont juste be­soin de mo­ti­va­tion. »

« Quel est le conseil le plus fon­da­men­tal que tu pour­rais don­ner ?

– Ou­bliez le chro­no. Avoir un coach, c’est pen­ser à la fa­çon d’at­teindre son ob­jec­tif. Avec un bon en­traî­ne­ment, un plan de match, une bonne pré­pa­ra­tion men­tale, le chro­no va suivre. Si tu penses juste à réa­li­ser ton chro­no tout le temps, ça se peut que tu n’y ar­rives pas.

– Au fond, avoir un coach, c’est ap­prendre à cou­rir moins vite ?

– C’est comme n’im­porte quoi, c’est le pro­ces­sus qui t’amène à réus­sir. Le pro­blème, ce n’est pas que les gens ne courent pas as­sez, mais ils courent trop vite. Même aux en­traî­ne­ments. On est édu­qués à pen­ser que plus on en fait, meilleur on est. Ce n’est pas ça, la course ; c’est un sport d’aé­ro­bie.

– La course se­rait-elle un re­flet de ce que sont les gens dans la vie? – Pas tou­jours, mais ça ar­rive sou­vent. – Fi­na­le­ment, tu n’es pas juste un en­traî­neur, tu es un fin psy­cho­logue.

– Tout est im­por­tant : les plans phy­sio­lo­gique, psy­cho­lo­gique, tech­nique. Je peux prê­cher pour ma job en disant qu’on a presque tous be­soin d’un coach, mais au-de­là de ça, j’y crois. Cou­rir, c’est très fa­cile et très dif­fi­cile en même temps. »

Sur ces sages pa­roles, Do­rys ferme son or­di­na­teur por­table. Il est temps d’aller cou­rir...

Il m’en coûte sept dol­lars par se­maine pour pro­fi­ter de l’avan­tage in­dé­niable d’avoir un pro­fes­sion­nel qui suit ma progression. Mais hor­mis le temps et l’ar­gent in­ves­tis, peu im­porte les ob­jec­tifs, les mo­ti­va­tions et les as­pi­ra­tions de cha­cun, rien ne se­ra ja­mais aus­si ins­pi­rant que de voir son coach se le­ver avec en­train, après toutes ces an­nées, pour aller cou­rir lui aus­si.

Ça, ça n’a pas de prix.

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