Le mythe du Qué­bec vert re­vi­si­té

La des­truc­tion des éco­sys­tèmes et le dés­équi­libre cli­ma­tique sont-ils in­évi­tables?

Géo Plein Air - - Sommaire -

Il y a un peu plus de dix ans, j’ai pu­blié mon pre­mier livre, Arrêtons de pis­ser dans de l’eau

em­bou­teillée. Dans cet ouvrage, je dé­non­çais nos pra­tiques com­mer­ciales in­co­hé­rentes. Est-il nor­mal d’avoir dans nos mai­sons des ré­fri­gé­ra­teurs qui consomment de l’éner­gie pour faire du froid, alors qu’on chauffe parce qu’il fait trop froid de­hors ?

Grâce à l’éco­con­cep­tion, des cher­cheurs ont pour­tant dé­ve­lop­pé des tech­niques qui per­mettent de ré­duire la consom­ma­tion à presque rien, sim­ple­ment en ins­tal­lant un échan­geur de cha­leur qui uti­lise le froid dé­jà dis­po­nible à l’ex­té­rieur, l’hi­ver.

RIEN DE BON

Il y a dix ans, nous vi­vions un mo­ment im­por­tant de prise de conscience mon­diale des consé­quences de notre mo­dèle de développement sur l’en­vi­ron­ne­ment. Nous ve­nions de si­gner le pro­to­cole de Kyo­to (en 2005), qui en­ga­geait le Ca­na­da à ré­duire, dès 2012, ses émis­sions de gaz à ef­fet de serre (GES) de 6 % par rap­port au taux de 1990. Le gou­ver­ne­ment du Qué­bec adop­tait en grande pompe sa Loi sur le développement

du­rable, et le mi­nistre de l’En­vi­ron­ne­ment de­ve­nait le mi­nistre du Développement du­rable. Les en­tre­prises aus­si s’y met­taient mas­si­ve­ment, en pu­bliant dé­sor­mais des rap­ports de res­pon­sa­bi­li­té so­ciale et en se confor­mant à un nombre crois­sant de cer­ti­fi­ca­tions éco­lo­giques.

Que s’est-il pas­sé de­puis ? Rien de bon. En ce qui concerne le pro­to­cole de Kyo­to, le ré­sul­tat a été ca­tas­tro­phique pour le Ca­na­da. Nos émis­sions ont bon­di de plus de 18% entre 1990 et 2012. Plus ré­cem­ment, au dé­but de 2018, une étude dif­fu­sée lar­ge­ment dans les mé­dias mon­trait qu’au cours de cette même pé­riode, le nombre de dé­pla­ce­ments en voi­ture dans la grande ré­gion de Mon­tréal a lui aus­si aug­men­té.

En pre­nant connais­sance de ces ré­sul­tats, j’ai fixé le vide pen­dant de nom­breuses mi­nutes. Après toutes ces an­nées, après au­tant d’ef­forts dé­ployés à chan­ger les pra­tiques, à sen­si­bi­li­ser les dirigeants, les po­li­ti­ciens et les ci­toyens, nous n’avons rien ga­gné. Com­ment ex­pli­quer pa­reil échec? Com­ment ac­cep­ter, de­vant l’ur­gence d’agir, que mal­gré tout l’ar­gent in­ves­ti, mal­gré les nom­breuses po­li­tiques, qu’il n’y ait même pas un tout pe­tit signe de pro­grès ?

Ce constat mé­rite une ques­tion: si tout ce que nous avons fait col­lec­ti­ve­ment, des en­tentes in­ter­na­tio­nales aux po­li­tiques lo­cales en pas­sant par les pro­grammes, les sub­ven­tions et les en­tentes, si rien de tout ce­la n’a per­mis de chan­ger quoi que ce soit, que de­vrons-nous faire pour réus­sir ?

EN MODE SO­LU­TIONS

Pour­tant, les so­lu­tions existent. Elles exis­taient dé­jà il y a dix ans. Éco­no­mie cir­cu­laire, ré­duc­tion à la source, éner­gies re­nou­ve­lables, ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique, bâ­ti­ments verts, den­si­fi­ca­tion, etc. La ques­tion est plu­tôt de sa­voir com­ment opé­rer une vé­ri­table tran­si­tion vers ces meilleures pra­tiques ?

À l’époque, un autre livre a paru en même temps que le mien. Ce­lui de Fran­çois Car­di­nal, au­jourd’hui édi­to­ria­liste en chef à La Presse. Son ouvrage est in­ti­tu­lé Le mythe du Qué­bec vert.

Entre le mo­ment où il avait com­men­cé à l’écrire et le mo­ment de le pu­blier, les choses avaient beau­coup évo­lué. Plu­sieurs en­vi­ron­ne­men­ta­listes di­saient que s’il avait at­ten­du une autre an­née avant de le sor­tir, les plus ré­centes don­nées sur les in­di­ca­teurs en­vi­ron­ne­men­taux pu­bliées dans son livre ne lui au­raient pro­ba­ble­ment pas per­mis de ti­rer une conclu­sion aus­si frap­pante que son titre le lais­sait en­tendre.

Mal­heu­reu­se­ment, ils avaient tort. Une dé­cen­nie plus tard, je crois que son titre est tou­jours d’ac­tua­li­té : le Qué­bec vert est un mythe.

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