Al­ler voir ailleurs si on y est

Géo Plein Air - - Sommaire -

J’écris cette der­nière chronique alors que je suis in­con­for­ta­ble­ment as­sis sur le siège 26C d’un cou­cou d’Air Ca­na­da Rouge en route vers la Flo­ride. C’est que mon su­jet, pour l’édi­tion d’été du ma­ga­zine, était la course au­tour du monde. L’idée m’est ve­nue en re­gar­dant pour la mil­lième fois le film For­rest Gump, qui cé­lé­bre­ra d’ailleurs l’an pro­chain son quart de siècle. Comme le temps passe vite.

Cer­tains se sou­vien­dront peut-être de ce mo­ment épique où For­rest, joué par Tom Hanks, dé­cide de se lever du porche où il est as­sis et de cou­rir à tra­vers les ÉtatsU­nis, de l’Ala­ba­ma à la Ca­li­for­nie, puis au Maine, puis de re­tour vers la côte Ouest, tout ce­la pen­dant 3 ans, 2 mois, 14 jours et 16 heures, jus­qu’à ce qu’il s’ar­rête parce qu’il n’en a plus en­vie. C’est à ce mo­ment pré­cis que j’ai for­mu­lé le souhait de par­cou­rir moi aus­si le monde à la course.

PAR­TIR

Cette idée de cou­rir ailleurs que dans mon quar­tier, ma ville et mon pays me pour­suit de­puis long­temps. Il y a plu­sieurs an­nées, j’ai même sou­mis le pro­jet d’une sé­rie té­lé dans la­quelle on sui­vrait les pas d’un cou­reur dans de mul­tiples ma­ra­thons au­tour du globe, une idée mal­heu­reu­se­ment trop oné­reuse pour le mar­ché de la té­lé­vi­sion qué­bé­coise.

Mais l’idée a conti­nué son pe­tit bon­homme de che­min, dans mon coeur et dans ma tête, et s’est ren­for­cée au fil des événements de course à pied du Qué­bec. J’ai par­cou­ru les Lau­ren­tides, la Mau­ri­cie, les Can­tons-de-l’Est, le Bas-du-Fleuve, la Gas­pé­sie même, et je peux af­fir­mer sans équi­voque qu’il n’y a rien comme cou­rir ailleurs pour voir si on y est. Ce n’est pas de la fuite. J’ap­pelle plu­tôt ça re­gar­der de­vant. Pré­ci­sé­ment 42,2 km de­vant.

Je rêve de pou­voir par­ti­ci­per à des événements spor­tifs dans de nom­breux pays, qu’il s’agisse de course à pied, de cyclisme ou autre. J’ai lit­té­ra­le­ment beau­coup de che­min à faire avant de pou­voir me tar­guer d’avoir vu le monde au pas de course puisque le de­mi-ma­ra­thon de Phi­la­del­phie est pré­sen­te­ment la seule course of­fi­cielle à mon actif. Par contre, j’ai eu la chance de cou­rir pour le plai­sir à Ve­nise et à Rome ain­si qu’en Ca­li­for­nie. Je me consi­dère quand même un peu chan­ceux.

POUR­QUOI?

Les per­sonnes qui s’en­traînent beau­coup le savent : le manque de mo­ti­va­tion, ce que j’ap­pelle l’écoeu­ran­tite ai­guë, at­tend la plu­part des cou­reurs dans le dé­tour. Cou­rir dans de nou­veaux décors peut s’avé­rer sal­va­teur pour ce­lui ou celle qui ne voit plus le bout et qui n’a qu’une seule en­vie: ac­cro­cher ses souliers de course pour se mettre au pe­tit point. Re­mar­quez, je n’ai rien contre la bro­de­rie, mais ses bien­faits sur la santé phy­sique res­tent en­core à prou­ver.

Le pas de course est la plus belle fa­çon de dé­cou­vrir le monde qui vous en­toure, y com­pris ce­lui que vous connais­sez dé­jà. Juste as­sez ra­pide pour fran­chir de longues dis­tances, et juste as­sez lent pour se per­mettre de lever le nez au vent, de hu­mer les par­fums am­biants, d’ob­ser­ver la faune et la flore, de dé­cou­vrir l’ar­chi­tec­ture et d’en­tendre de nou­veaux sons. Cou­rir dans de nou­veaux en­droits, c’est se culti­ver en fai­sant du bien à son corps.

AU­TOUR DU MONDE

Je lis en ce mo­ment le ré­cit Cou­rir jus­qu’au

bout du monde, de Patrick Char­le­bois, pre­mier Qué­bé­cois à avoir cou­ru les cinq ma­ra­thons ma­jeurs (New York, Bos­ton, Ber­lin, Londres et Chi­ca­go) sous la barre des trois heures, en plus d’avoir été le pre­mier Ca­na­dien ins­crit au World Ma­ra­thon Challenge, une com­pé­ti­tion com­plè­te­ment folle qui consiste à réa­li­ser sept ma­ra­thons sur sept conti­nents en sept jours: An­tarc­tique, Pun­ta Are­nas (Chi­li), Mia­mi, Ma­drid, Mar­ra­kech, Du­baï, puis Syd­ney (Aus­tra­lie).

Comme si ce n’était pas as­sez, au mo­ment où vous te­nez ce ma­ga­zine entre vos mains, l’homme de 48 ans au­ra tra­ver­sé le Ca­na­da, de la Nou­velle-Écosse à la Co­lom­bie-Bri­tan­nique, un pé­riple de 422 km com­po­sé de 10 ma­ra­thons dans 10 pro­vinces en 10 jours. Pour réa­li­ser cet ex­ploit, Patrick s’est en­traî­né en cou­rant plus de 200 km par se­maine! Un pe­tit lun­di, comme on dit dans le mi­lieu...

Je n’ai ni la forme ni les am­bi­tions de Patrick Char­le­bois, mais la lec­ture de son livre s’est avé­rée un bon coup de pied au der­rière pour me convaincre de par­ti­ci­per au ma­ra­thon de Bos­ton en avril 2019. C’est une sa­crée belle course pour don­ner le coup d’en­voi à ce rêve que je ché­ris.

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