Fai­sons de Mon­tréal une vé­ri­table ville cy­cliste

Dans la nou­velle Po­li­tique de mo­bi­li­té du­rable du gou­ver­ne­ment du Qué­bec, le chauf­feur est roi. Et il le res­te­ra. Aux mu­ni­ci­pa­li­tés de ré­agir.

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Le prin­temps der­nier, Qué­bec a an­non­cé sa Po­li­tique de mo­bi­li­té du­rable – 2030. Il était temps. Mal­heu­reu­se­ment, le ré­sul­tat est dé­ce­vant. Quelques idées sont in­té­res­santes, mais une fois de plus, on voit la mo­bi­li­té, même du­rable, comme du trans­port mo­to­ri­sé d’abord et avant tout.

La preuve: dans ce do­cu­ment, on fait ré­fé­rence aux vé­hi­cules mo­to­ri­sés à 60 re­prises, com­pa­ra­ti­ve­ment à 4 pour les vé­los. Le gou­ver­ne­ment a pro­mis d’in­ves­tir quelque 125 mil­lions de dol­lars sur 5 ans – sur un bud­get to­tal de près de 10 mil­liards – dans l’amé­lio­ra­tion du ré­seau cy­clable.

EN UN MOT

Le pro­blème tient en un mot: amé­lio­ra­tion. En 2018, de­vant la crois­sance sou­te­nue du vé­lo comme mode de trans­port, on doit faire mieux que ça.

En fait, tout mi­lite en fa­veur d’un trans­port plus actif afin de di­mi­nuer les im­pacts du trans­port mo­to­ri­sé sur les chan­ge­ments cli­ma­tiques, de ré­duire le bruit ain­si que les risques d’ac­ci­dents mor­tels. Les coûts liés au trans­port mo­to­ri­sé pour la société ne sont pas à né­gli­ger non plus : pro­blèmes res­pi­ra­toires et im­pacts sur la santé des ci­toyens qui ne bougent pas as­sez, en­tre­tien des routes qui se dé­gradent plus ra­pi­de­ment, consé­quences éco­no­miques et géo­po­li­tiques de notre dé­pen­dance au pé­trole, ef­fets de l’éta­le­ment ur­bain, et j’en passe.

J’in­siste : les consé­quences du trans­port mo­to­ri­sé sur la société, l’économie et l’en­vi­ron­ne­ment ne sont plus ac­cep­tables. Il m’ar­rive de rê­ver de mu­ni­ci­pa­li­tés conçues par et pour les cy­clistes.

Dans ces villes, les pistes cy­clables bi­di­rec­tion­nelles d’un cô­té de la rue n’exis­te­raient pas. Les pistes cy­clables se­raient de chaque cô­té de la rue. Pour évi­ter l’em­por­tié­rage, il se­rait in­ter­dit aux voi­tures de s’y ga­rer.

J’irais même plus loin. Je crée­rais des au­to­routes pour vé­los, avec deux ou trois voies dans chaque di­rec­tion, comme une au­to­route pour les au­to­mo­biles.

Comme il existe des sta­tion­ne­ments in­ci­ta­tifs près des sor­ties d’au­to­routes pour les per­sonnes qui sou­haitent en­trer dans Mon­tréal à bord d’un au­to­bus ou d’un train, une ville pour cy­clistes com­por­te­rait aus­si de grands sta­tion­ne­ments (sé­cu­ri­taires) pour vé­los. On en voit d’ailleurs à Co­pen­hague.

De la même fa­çon, il ne se­rait pas per­mis de construire un nou­vel édi­fice sans pré­voir des places de sta­tion­ne­ment pour vé­los et des ves­tiaires pour se dou­cher et se chan­ger, comme c’est le cas à Seat­tle. Dans cette ville, les en­tre­prises offrent même des in­ci­ta­tifs fi­nan­ciers très gé­né­reux aux em­ployés et aux clients qui uti­lisent le trans­port actif.

Dans ma ville pour vé­los, il n’y au­rait pas d’ar­rêt au bas d’une côte. Les feux de cir­cu­la­tion et la si­gna­li­sa­tion se­raient conçus pour prio­ri­ser ceux qui des­cendent. La ligne d’ar­rêt pour les voi­tures se­rait re­cu­lée de plu­sieurs mètres. L’es­pace ain­si dé­ga­gé se­rait ré­ser­vé aux cy­clistes, qui pour­raient oc­cu­per la lar­geur com­plète de la voie et au­raient un feu prio­ri­taire. Ce­la leur per­met­trait de tour­ner à gauche ou de poursuivre leur route sans avoir à se battre pour cet es­pace avec les vé­hi­cules.

DES VÉ­LOS HAUTE VI­TESSE

Les avan­cées tech­no­lo­giques des der­nières an­nées changent les pra­tiques: les vé­los élec­triques ne sont pas près de dis­pa­raître. Éva­luons donc l’au­to­ri­sa­tion de li­mites de vi­tesse plus éle­vées que la li­mite ac­tuelle de 30 km/h.

J’éva­lue­rais éga­le­ment les meilleurs moyens de leur don­ner ac­cès au ré­seau de ma­nière pratique et sé­cu­ri­taire à l’an­née, y com­pris l’hi­ver. Toutes ces bornes qu’on ins­talle pour les voi­tures élec­triques de­vraient être mu­nies d’un char­geur pour ces vé­los.

Ma der­nière me­sure est la plus im­por­tante : re­voyons la for­ma­tion des ur­ba­nistes, des in­gé­nieurs, des po­li­ti­ciens et de tous les dé­ci­deurs qui ont une in­fluence sur nos routes. Idem pour l’ob­ten­tion du per­mis de conduire, une dé­marche com­plè­te­ment désuète.

Le rap­port de force entre un vé­hi­cule et un vé­lo est dis­pro­por­tion­né, alors ajus­tons en consé­quence les pé­na­li­tés du Code de la sé­cu­ri­té rou­tière.

Bon, ad­met­tons-le, je rêve. Si toutes les routes avaient été ini­tia­le­ment pen­sées pour les cy­clistes, ima­gi­nez-vous ce que les au­to­mo­bi­listes, les chauf­feurs de taxi et autres conduc­teurs de vé­hi­cules lourds ré­cla­me­raient? Des voies ra­pides aux coûts as­tro­no­miques, le re­trait de pistes cy­clables, da­van­tage de sta­tion­ne­ments, des normes en­vi­ron­ne­men­tales moins sé­vères…

Les choses se­raient vrai­ment dif­fé­rentes si les villes étaient conçues pour les cy­clistes. Compte te­nu des en­jeux, est-ce réa­liste de prio­ri­ser le trans­port mo­to­ri­sé du­rant 20 ans en­core ?

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