Surf cerf-vo­lant : le vent du bon cô­té

Et si la clé du bon­heur ré­si­dait dans un simple cerf-vo­lant?

Géo Plein Air - - Sommaire - par Maxime Bi­lo­deau

Et si la clé du bon­heur ré­si­dait dans un simple cerf-vo­lant ?

Paul McKen­zie et Éole, le dieu grec des vents, sont de grands amis. Le fon­da­teur de la com­pa­gnie sher­broo­koise Ar­kel l’a tu­toyé aux quatre coins de la pla­nète lors de ses in­nom­brables voyages à vé­lo. De face, de dos, de cô­té, à écor­ner les boeufs, il en connaît les moindres sou­bre­sauts. Du moins, c’est ce qu’il croyait jus­qu’en 2015. «Au cours d’un pé­riple au cap Hat­te­ras, en Ca­ro­line du Nord, des amis s’étaient mis en tête de m’ini­tier au ki­te­surf [planche aé­ro­trac­tée sur l’eau ou surf cerf-vo­lant]», ra­conte l’homme de 60 ans.

Après quelques jours d’es­sais et d’er­reurs ponc­tués de quelques dé­barques spec­ta­cu­laires, il par­vient à maî­tri­ser l’art sub­til de fi­ler dans le vent tout en glis­sant sur l’eau. Et là, c’est le coup de foudre. « J’ai été en­va­hi par une dé­charge d’adré­na­line. Ra­re­ment m’étais-je sen­ti aus­si libre », se sou­vient-il. De­puis, Paul ne manque plus une oc­ca­sion de s’ac­cro­cher à un cerf-vo­lant géant, puis de par­tir à la dé­cou­verte de grands es­paces. Dès que la brise souffle à en­vi­ron 20 km/h, on peut no­tam­ment le voir à l’oeuvre sur le lac Mem­phré­ma­gog, sa « cour ar­rière » pen­dant la belle sai­son.

Au Qué­bec, ils sont nom­breux comme Paul McKen­zie à dan­ser avec le vent – au­cun chiffre exact ne cir­cule tou­te­fois, faute de fé­dé­ra­tion pro­vin­ciale struc­tu­rée. Avec leurs voiles (ou ailes, dans le jar­gon) mul­ti­co­lores, on les aper­çoit aus­si bien aux Îles-de-la-Ma­de­leine, la mecque du surf cerf-vo­lant dans la pro­vince, qu’à L’Is­leaux-Coudres, dans Char­le­voix. Près des grands centres, le lac des Deux Mon­tagnes et la baie de Beau­port sont aus­si deux en­droits fort cou­rus. Mais, dans les faits, seule une grande plage est né­ces­saire pour s’élan­cer sur un cours d’eau. Et du vent, il va sans dire.

PORTES D’EN­TRÉE

Ra­me­ner le kite à sa seule com­po­sante nautique est, en toute fran­chise, bien ré­duc­teur. Avec une bonne maî­trise du cerf-vo­lant, la neige, la glace et la terre ferme, avec un bug­gy à cerf-vo­lant ou une planche tout-ter­rain, sont au­tant de ter­rains de jeu qu’on peut fou­ler. « Moi-même, je me suis ini­tié au sport avec une voile du fa­bri­cant qué­bé­cois Pa­ras­ki­flex il y a 15 ans. En­core au­jourd’hui, le ski cerf-vo­lant, ou snow­kite, est de loin la ma­nière la plus fa­cile de faire ses pre­miers pas», sou­tient Ri­chard «Wax» Beau­lieu, pro­prié­taire de l’école Wax Ki­te­surf, à Trois-Ri­vières. Se­lon cet an­cien vé­li­plan­chiste, on peut, semble-t-il, maî­tri­ser l’ac­ti­vi­té en une heure, peu im­porte son ca­libre de dé­part.

Tout un contraste com­pa­ra­ti­ve­ment aux dé­buts du sport, dans les an­nées 1980. Les voiles, alors de proches des­cen­dantes de celles uti­li­sées en pa­ra­pente, étaient dif­fi­ciles à maî­tri­ser et peu per­for­mantes. Nor­mand McGuire, un pas­sion­né de kite de Mon­tréal qui s’y est mis au tour­nant des an­nées 2000, peut en té­moi­gner. «Je me suis pro­cu­ré tout le ma­té­riel né­ces­saire après avoir es­sayé l’ac­ti­vi­té sur le bord du Pa­ci­fique, en Ore­gon. Mes pre­miers pas sur la glace ont été ca­tas­tro­phiques : j’ai ef­fec­tué un long vol pla­né au cours du­quel j’ai prié de ne pas mou­rir!» lance l’ex-ins­truc­teur. En tout, il lui au­ra fal­lu deux ans d’ap­pren­tis­sage au­to­di­dacte avant de fi­ler sur l’eau...

Heu­reu­se­ment, l’évo­lu­tion in­in­ter­rom­pue de l’équi­pe­ment dans les der­nières an­nées a beau­coup fa­ci­li­té la vie des dé­bu­tants. Même chose en ce qui a trait à la sé­cu­ri­té; dé­sor­mais, il est pos­sible de dé­so­li­da­ri­ser le cerf-vo­lant du har­nais en moins de temps qu’il ne faut pour le

dire grâce à un dé­clen­cheur ra­pide. Une avan­cée tech­no­lo­gique certes ras­su­rante lors d’une perte de contrôle, mais qui ne change rien au ca­rac­tère dan­ge­reux du sport. « Il faut gar­der en tête qu’on joue avec une ma­tière ca­pri­cieuse. La prise de risque doit être cal­cu­lée. Si­non, on peut ra­pi­de­ment se re­trou­ver à la dé­rive au large», met en garde Nor­mand McGuire.

MA­NIAQUES DU VENT

Suivre des cours d’ini­tia­tion au surf cerf-vo­lant s’avère donc es­sen­tiel. D’une du­rée d’une jour­née, ceux-ci sont gé­né­ra­le­ment of­ferts là où les adeptes du sport se ras­semblent pour le pra­ti­quer – par­tout où il y a une masse d’ama­teurs, on trouve gé­né­ra­le­ment une école de for­ma­tion. Ri­chard «Wax» Beau­lieu, qui a en­sei­gné à des mil­liers de per­sonnes, re­com­mande quant à lui de se ren­sei­gner sur les cer­ti­fi­ca­tions dé­te­nues par les for­ma­teurs. «Je me base sur le pro­gramme de l’In­ter­na­tio­nal Ki­te­boar­ding Or­ga­ni­za­tion (IKO), de la­quelle j’ai re­çu mon ac­cré­di­ta­tion. L’im­por­tant est de s’as­su­rer qu’on in­siste sur les no­tions de sé­cu­ri­té, pas juste sur celles re­la­tives à la pratique», dit-il.

Une fois au­to­nome, le néo­phyte doit en­suite s’at­ta­quer au dif­fi­cile exer­cice de lec­ture des vents. Une tâche qui re­lève au­tant de l’art que de la science. « Di­sons que le site Wind­gu­ru fait par­tie de mes fa­vo­ris... et que j’y vais plu­sieurs fois par jour ! avoue Wax. Avec les an­nées, je suis de­ve­nu un ex­pert du sens du vent, de même que de sa vé­lo­ci­té », ren­ché­rit-il. Afin de mieux com­prendre le com­por­te­ment du vent sur un site don­né, rien ne vaut ce­pen­dant une ja­sette avec la faune lo­cale d’adeptes, sou­ligne pour sa part Nor­mand McGuire. Quoi qu’il en soit, ap­prê­tez-vous à connaître in­ti­me­ment chaque dra­peau et chaque che­mi­née à proxi­mi­té; ce sont sou­vent eux qui parlent le plus.

En bon cy­cliste, Paul McKen­zie n’a ja­mais eu de dif­fi­cul­té en cette ma­tière. Les ca­prices d’Éole, il les connaît comme sur le bout de ses doigts. « La seule dif­fé­rence, c’est qu’en kite, le vent est un par­te­naire plu­tôt qu’un ad­ver­saire», nuance-t-il. Dé­chi­ré entre ses deux pas­sions, le Sher­broo­kois a fi­na­le­ment dé­ci­dé de les com­bi­ner. Ain­si, il a pris cet hi­ver la route des îles Turques-et-Caïques (ap­pe­lées aus­si îles Tur­quoises) pour rou­ler et sur­fer. Puis il pas­se­ra le mois d’août aux Îles-de­la-Ma­de­leine, tou­jours avec les mêmes ob­jec­tifs. Et après? «Je songe au Bré­sil», glisse-t-il à pro­pos de son nou­veau mode de vie dans le vent.

Heu­reu­se­ment, l’évo­lu­tion in­in­ter­rom­pue de l’équi­pe­ment dans les der­nières an­nées a beau­coup fa­ci­li­té la vie des dé­bu­tants. Même chose en ce qui a trait à la sé­cu­ri­té ; dé­sor­mais, il est pos­sible de dé­so­li­da­ri­ser le cerf-vo­lant du har­nais en moins de temps qu’il ne faut pour le dire grâce à un dé­clen­cheur ra­pide.

Surf cerf-vo­lant aux Îles-de-la-Ma­de­leine, aux abords du parc de Gros-Cap, à l’Étang-du-Nord

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