«In­gé­rence» po­li­tique, se­lon l’op­po­si­tion

Guide de Montréal-Nord - - LA UNE - LAU­RENCE HOUDE-ROY

Les voix s’élèvent et dé­noncent une « ap­pa­rence d’in­gé­rence » du maire de Mon­tréal dans les ac­ti­vi­tés du Ser­vice de po­lice de la Ville de Mon­tréal (SPVM), no­tam­ment dans la fou­lée des ma­ni­fes­ta­tions qui ont eu lieu en avril à Mon­tréal-Nord.

L’op­po­si­tion of­fi­cielle à la Ville de Mon­tréal va de­man­der au gou­ver­ne­ment du Qué­bec qu’un com­mis­saire in­dé­pen­dant soit nom­mé pour faire la lu­mière sur les re­la­tions entre la po­lice de Mon­tréal et le bu­reau du maire, a an­non­cé Pro­jet Mon­tréal mer­cre­di.

«La sé­pa­ra­tion des pou­voirs est un prin­cipe sa­cré. On a suf­fi­sam­ment d’in­dices qui nous laissent croire que cette sé­pa­ra­tion des pou­voirs a été mise à mal», a in­di­qué le chef de Pro­jet Mon­tréal, Luc Fer­ran­dez, mer­cre­di en fin de jour­née.

Il a rap­pe­lé les ré­centes ma­ni­fes­ta­tions à Mon­tréal-Nord. «Les po­li­ciers semblent in­di­quer que leur com­por­te­ment au­rait été in­fluen­cé par des pré­oc­cu­pa­tions po­li­tiques du maire et qu’il y avait eu une dé­ci­sion de ne pas in­ter­ve­nir au­près des gangs de rue lors d’une ma­ni­fes­ta­tion qui avait tour­né au vi­naigre», a sou­li­gné M. Fer­ran­dez. Il ajoute que la te­nue d’une élec­tion par­tielle au même mo­ment pour la mai­rie de Mon­tréal-Nord pour être en cause.

Concer­nant les chan­ge­ments dans le mo­dule des com­mu­ni­ca­tions du SPVM an­non­cés la se­maine der­nière, Pro­jet Mon­tréal se de­mande «pour­quoi est-ce le di­rec­teur de la Ville qui a ap­prou­vé cette struc­ture».

Mer­cre­di, une lettre de la Fra­ter­ni­té des po­li­ciers de Mon­tréal en­voyée à ses membres a cir­cu­lé sur les ré­seaux so­ciaux dans la­quelle on men­tionne que «le [SPVM] pro­cède ac­tuel­le­ment par le biais des en­quêtes in­ternes à une opé­ra­tion que les jour­na­listes qua­li­fient de Chasse aux sor­cières». Les hauts di­ri­geants ten­te­raient ain­si de connaître les po­li­ciers qui donnent de l’in­for­ma­tion aux jour­na­listes. Le syn­di­cat sou­tient qu’il y a une «pré­sence de plus en plus évi­dente du maire Co­derre dans les af­faires po­li­cières» et in­vite les po­li­ciers à «re­fu­ser toute de­mande de pas­ser au po­ly­graphe».

Pro­jet Mon­tréal sou­haite qu’un com­mis­saire in­dé­pen­dant pro­cède à des en­tre­vues au­près des po­li­ciers «pour voir si vrai­ment le maire de Mon­tréal est in­ter­ve­nu per­son­nel­le­ment au­près de la di­rec­tion de la po­lice de Mon­tréal pour in­fluen­cer la conduite des opé­ra­tions po­li­cières». «Un maire qui dit à la po­lice quoi faire dans le cadre d’une élec­tion par­tielle c’est quelque chose qu’on n’au­rait pas vu à Mon­tréal de­puis des dé­cen­nies, de­puis Du­ples­sis en fait», a fait part Luc Fer­ran­dez.

De­nis Co­derre sou­tient quant à lui qu’il s’agit d’une «game syn­di­cale» dans la fou­lée des moyens de pres­sion des po­li­ciers. «Je ne boi­rai pas de leur kool aid. Je ne tom­be­rai pas dans la théo­rie du com­plot » , a- t- il ré­pon­du aux jour­na­listes. Il rap­pelle que tous les par­tis ont choi­si le nou­veau di­rec­teur du SPVM, et «il fait un ex­cellent tra­vail, dit-il. Son rôle est de s’as­su­rer que la struc­ture fonc­tionne et il peut ré­or­ga­ni­ser», dit le maire.

Lors­qu’on lui de­mande s’il est vrai qu’à l’in­té­rieur du SPVM on tente de sa­voir qui sont les po­li­ciers qui parlent aux jour­na­listes, il ré­pond: «Avez-vous des preuves de ça? Parce qu’il y a un mé­mo du syn­di­cat ce se­rait vrai? C’est une game syn­di­cale. La réa­li­té c’est que les opé­ra­tions po­li­cières et la struc­ture ap­par­tiennent au lea­der­ship du chef de po­lice et il fait un ex­cellent tra­vail.»

Pour Luc Fer­ran­dez, les né­go­cia­tions syn­di­cales ne se­raient pas la rai­son. «Quand les em­ployés se mettent à par­ler, c’est gé­né­ra­le­ment pas à leur pro­fit per­son­nelle, c’est à la dé­fense de l’ins­ti­tu­tion. Quand c’est le code d’éthique, que eux res­pectent, qui est ba­foué, c’est là qu’ils se mettent à par­ler», es­time-t-il.

En en­tre­vue à la ra­dio de Ra­dio- Ca­na­da, mer­cre­di en fin de jour­née, le chef de po­lice Phi­lippe Pi­chet, a re­con­nu qu’il y avait des en­quêtes in­ternes au­près de cer­tains po­li­ciers. «Quand il y a des man­que­ments, il faut en­quê­ter. Lors­qu’un po­li­cier est em­bau­ché par le SPVM, il fait un ser­ment d’al­lé­geance et de dis­cré­tion. Trans­mettre toute in­for­ma­tion qu’on a dans le cadre de notre tra­vail, c’est un man­que­ment», a-t-il jus­ti­fié.

À sa­voir si des po­li­ciers doivent se sou­mettre au test du po­ly­graphe, M.Pi­chet men­tionne sim­ple­ment qu’il y a «dif­fé­rentes tech­niques d’en­quête uti­li­sées».

«Je n’ai pas be­soin de la de­mande de quel­qu’un pour faire ce que j’ai à faire. J’ai une in­dé­pen­dance au ni­veau des opé­ra­tions po­li­cières. C’est mon di­rec­teur ad­joint qui monte les opé­ra­tions et me les fait ap­prou­ver», a r épon­du M.Pi­chet ques­tion­né sur la pos­si­bi­li­té que le maire ait fait des com­mandes po­li­tiques. Le di­rec­teur du SPVM sou­tient qu’il a tou­te­fois une red­di­tion de compte à faire au­près du di­rec­teur de la Ville «au ni­veau de la fa­çon dont [il] dé­pense le bud­get».

«Qu’on prenne n’im­porte quelle dé­ci­sion, on ne sor­ti­ra pas ga­gnant. Cer­tains di­ront qu’on a agi trop vite, d’autres trop len­te­ment», in­siste M.Pi­chet.

« La sé­pa­ra­tion des pou­voirs est un prin­cipe sa­cré. On a suf­fi­sam­ment d’in­dices qui nous laissent croire que cette sé­pa­ra­tion des pou­voirs a été mise à mal.» Luc Fer­ran­dez

«Je ne boi­rai pas de leur kool aid. Je ne tom­be­rai pas dans la théo­rie du com­plot» De­nis Co­derre

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.